International – Donald Trump, fossoyeur de la « Chine unique » ?

Le Monde 05/12/2016
Donald Trump a-t-il franchi le Rubicon – ou, en l’occurrence, le Yangzi Jiang ? En évoquant publiquement sa conversation téléphonique avec la présidente de Taïwan Tsai Ing-wen, le président américain élu a en tout cas ouvert une brèche dans la relation, déjà empreinte de défiance, avec la Chine, et ce avant même de prendre possession du bureau Ovale.

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L’échange téléphonique entre Donald Trump et la présidente Tsai Ing-wen n’était qu’un « appel de courtoisie », selon Mike Pence. STAFF / AFP
Les autorités de Pékin, de fait, considèrent que Taïwan, où s’était réfugié le Kouomintang de Tchang Kaï-chek après la victoire de Mao Zedong en 1949, fait toujours partie intégrante de son territoire. Elles s’attachent donc à tuer dans l’œuf toute velléité indépendantiste.
Pour The New York Times, la démarche de Donald Trump n’est pas anodine, en ce qu’elle rompt avec la ligne fixée (et tenue) depuis des décennies. « Jamais, depuis la rencontre entre Richard Nixon et Mao, en 1972 – à l’issue de laquelle fut publié le communiqué de Shanghaï clarifiant le statut de Taïwan –, un dirigeant américain n’avait bouleversé à ce point le statu quo sur cette question », observe le quotidien américain.
L’événement est d’autant plus remarquable que Washington et Taipei n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1979, lorsque Jimmy Carter a reconnu le principe d’« une seule Chine », rappelle Politico, qui qualifie Trump « d’éléphant dans un magasin de porcelaine » (l’éléphant est le symbole du Parti républicain, auquel il appartient).
Comme l’explique USA Today, son choix d’officialiser cet échange, qu’il a défendu dimanche sur son compte Twitter, est une preuve supplémentaire que le caractère primesautier, et pour le moins anticonformiste, qui l’a mené jusqu’à la Maison Blanche va continuer à le guider lorsqu’il en deviendra officiellement le locataire, le 20 janvier.
Au sein du Grand Old Party, certains se sont néanmoins félicités de cette prise de contact – également saluée par la très conservatrice chaîne Fox News. C’est notamment le cas du sénateur de l’Arkansas Tom Cotton et du sénateur du Texas Ted Cruz, pour qui il est préférable de discuter avec Mme Tsai qu’avec le Cubain Raul Castro ou l’Iranien Hassan Rohani. Voice of America
Alors que le quotidien chinois Global Times n’a pas manqué de s’émouvoir, avec une surprenante retenue, de la transgression de Donald Trump, imputée à son inexpérience, le chroniqueur Cary Huang, lui, a appelé dans The South China Morning Post Pékin et Taipei à s’initier à ce qui leur a toujours fait défaut : l’art du compromis.

A propos kozett

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