La publicité télévisuelle menace nos enfants

20 minutes – 18/10/2015 – Delphine Bancaud –
Les choix alimentaires des enfants sont souvent influencés par la publicité.Les choix alimentaires des enfants sont souvent influencés par la publicité. – PURESTOCK/SIPA
Selon le CSA, les enfants de 4 à 10 ans passent plus de deux heures par jour devant la télévision et 10 % de leur temps de visionnage est consacré à la publicité. De nombreux spots publicitaires concernent des aliments trop sucrés et trop salés, ce qui peut influencer les choix alimentaires des enfants, leur faisant prendre le risque de développer un goût prononcé pour la malbouffe.
L’enfant est un prescripteur d’achats
Un avis partagé par le psychiatre et psychanalyste, Serge Tisseron : « Si un enfant regarde une pub vantant le goût d’une barre chocolatée, il va se précipiter sur ce produit, s’il est dans le placard de la cuisine. Et s’il n’y est pas, comme l’enfant est un prescripteur d’achats auprès de ses parents, il va les convaincre d’acheter cette barre chocolatée. Or, ce grignotage est l’un des facteurs de l’augmentation de l’indice de masse corporelle des enfants dans notre pays », explique-t-il.
De plus, la France est le deuxième pays d’Europe où l’argent de poche est le plus important. Les enfants agissent donc aussi comme des consommateurs, qui achètent les produits apparus comme appétissantes dans la publicité.
Des effets psychologiques sur l’enfant
Mais ce n’est pas tout : la publicité affecte aussi le rapport au réel des enfants. Les marques utilisent souvent des chansons joyeuses, beaucoup de couleurs et des messages faciles à retenir par les enfants. « Or, avant 7 ans, un enfant reçoit un programme publicitaire comme une vraie information », indique Serge Tisseron. Les enfants étant souvent seuls devant le petit écran, ils ne peuvent pas bénéficier de l’esprit critique de leurs parents et se font manipuler par certaines marques. Cette absence de filtre les conduit aussi parfois à adhérer au message de la publicité, dévalorisant les parents. Les messages publicitaires mettent le plus souvent en scène des personnages et des situations qui véhiculent implicitement des « contre-valeurs » nuisant à l’équilibre familial et à la vie en société. « Certains spots font passer les parents pour des attardés et les enfants comme les membres les mieux informés ou les plus à la mode de la famille. Du coup, cela renverse les rôles, ce qui est troublant pour l’enfant », analyse Serge Tisseron.
pub-tele0910L’excès de publicité a aussi un autre effet pervers : il instille aux enfants le virus de la surconsommation : « L’enfant n’ayant pas compris que le produit que la publicité lui vantait n’était pas le meilleur, il a tendance à faire des caprices au supermarché pour se le faire acheter. Et les parents, gênés par cette scène, cèdent souvent », note Serge Tisseron. Avec le risque que leur enfant devienne de plus en plus capricieux. Quand ils ne cèdent pas, les parents ne prennent pas toujours le temps d’expliquer à l’enfant que les qualités du produit en question sont contestables, « l’enfant peut ainsi avoir l’impression d’en être privé de manière arbitraire », ajoute le psychiatre.
Éloge de la force, mépris du faible (Ouest-France – 06/12/2016 – Jacques Muller, ancien sénateur, maire de Wattwiller)
Le modèle à imiter est, en général, celui qui s’impose par la force. Le faible, lui, suscite la condescendance, voire le mépris, plutôt que l’empathie. La réussite y est présentée comme individuelle et non collective. Pire, elle se fait le plus souvent au détriment du groupe. Le petit malin qui trouve le moyen de contourner les règles communes est implicitement présenté comme l’exemple à suivre. A l’inverse, ceux qui les respectent apparaissent comme des « loosers », sans personnalité. dès lors, « être soi-même » exige de se distinguer le masse en ne respectant plus les règles communes.
Si les adolescents sont sujets comme tout un chacun au mimétisme, les jeunes enfants en sont les victimes aggravées dans la mesure où ils ne distinguent guère les messages publicitaires des programmes télévisuels qui leur sont dédiés. Dès lors, il ne faut plus s’étonner que le dialogue, le respect de l’autre, même de l’adulte, le sens du bien commun et l’empathie pour le faible n’aient plus le vent en poupe, alors qu’ils sont les fondements même de la vie en famille et en société.
Des pays ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps en interdisant la publicité commerciale à destination de la jeunesse sur l’ensemble des chaînes de télévision. C’est le cas notamment du Québec, de la Norvège, de la Suède et de l’Islande. D’autres nations, comme le Royaume-Uni, l’Espagne et la Belgique, ne la proscrivent que sur les chaînes publiques. Tel est précisément l’objet d’une proposition de loi qui sera étudiée en seconde lecture au Sénat mercredi 7 décembre.
Il est à souhaiter que les sénateurs adoptent ce texte et répondent ainsi au vœu de 87 % de nos concitoyens (1). Ainsi, notre pays s’inscrirait dans une dynamique internationale qui est encouragée par l’Organisation mondiale de la santé et ardemment réclamée par de nombreuses associations familiales.
(1) Enquête réalisée par l’Ifop le 16 septembre 2016.

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