Élitisme : le peuple doit se ressaisir

Charlie Hebdo – 07/12/2016 – Guillaume Erner –
« Révolution », dit Emmanuel Macron dans l’ouvrage du même nom. Il n’a pas entièrement raison mais presque. Il faut que cela change : la roue de l’histoire est en train de tourner, et c’est celle d’une Bentley.
Le français moyen se dit surpris par le renoncement de François Hollande, et dans cette surprise, tout est dit. Notre président n’avait-il pas maintes fois évoqué sa volonté de faire connaître sa décision en décembre ? Au moins, au temps de Louis XIV, les manants savaient écouter, même lorsque c’était aux portes. Et quand ils pénétraient dans la chambre visiteurs03du roi, ils savaient voir, même si le roi était nu. Il est loin le temps où les pouilleux ne se formalisaient pas des décisions de leurs dirigeants, parce qu’ils se considéraient tout simplement comme habitants du même royaume. Serfs et nobles vivaient côte à côte, les mansardes collées aux châteaux, le lien social était encore solide, en somme le contact n’était pas rompu. Mais aujourd’hui, les pauvres s’éloignent de plus en plus de leurs dirigeants dans un coupable entre-soi. D’où leur difficulté de plus en plus grande à comprendre le monde qui les entoure. Malgré les efforts de BFM, la traduction du langage des grands commis de l’État en bas français, le fossé se creuse entre les gueux et leurs protecteurs.
Les Français nous méritent-ils ? Il est temps de piétiner un tabou : ce peuple est déconnecté de l’élite. Impossible de persévérer dans cet entre-soi populaire, les classes moyennes – et même les « sans-dents » – doivent être à l’écoute de l’élite. Depuis la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne jusqu’à l’élection de Donald Trump, le peuple a acquis une assurance qui confine désormais à l’arrogance. Masse critique, dit-on. C’est bien cela le problème.
le-riche-et-le-pauvreJe m’en voudrais de faire le procès du peuple, mais enfin, certaines vérités doivent être posées. Avec élégance et sans acrimonie, certes, mais sans se cacher sous son foulard Hermès. Si les salaires à quatre chiffres persistent à demeurer dans leurs bistrots, leurs restaurants à thème et les vilains endroits de villégiature – La Grande Motte, pays infesté de djihadistes l’été, stations de très moyenne montagne l’hiver -, la conversation nationale se déroulera sans eux. On ne peut pas toujours demander aux même de faire des efforts. Ce qui est en cause, c’est la cohésion nationale ! faute d’être attentif aux souhaits de l’élite, le petit peuple découvre sur le mode de la surprise l’évolution du pays. Hier, ils ont été surpris par l’obligation faite aux Parisiens d’abandonner leurs vielles voitures. Demain, ils se déclareront étonnés par la disparition de l’ISF si François Fillon entre à l’Élysée.
Ça va craquer 
Il faut que les Français fassent preuve d’un peu de curiosité, qu’ils osent quitter leur zone périurbaine pour oser pousser la porte d’un magasin Vuitton, qu’ils viennent comprendre les conditions de vie et de travail des riches. Bien sûr, les embouteillages sur l’A1, ça existe, mais a-t-on pensé à la manière dont la fermeture des voies sur berges isole l’île Saint-Louis ? un chauffeur met maintenant six minutes de plus pour relier la rue du Faubourg Saint-Honoré au marché Saint-Germain, dix neuf minutes de trajet, presque autant qu’en chaise à porteurs.
La démocratie doit s’émanciper de tous les lobbies, y compris le lobby majoritaire. Faut-il rappeler à cette masse informe à quels errements ont mené les démocraties dites populaires ? Il est temps de remettre l’église au cœur du village, comme ont dit, et les classes supérieures au-dessus de la piétaille. On se souvient fort bien de la mise en garde Bertolt Brecht : « Le gouvernement estime que le peuple a trahi la confiance du régime et devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités. A ce stade, ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ?  » La France d’en haut craque, celle d’en bas doit se ressaisir. L’élite soutient encore la masse, mais pour combien de temps encore ?

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