Comment les fausses informations prolifèrent sur le Net

Charlie Hebdo – 21/12/2016 – l’Édito de Riss, extrait –
En Allemagne, Angela Merkel a déclaré être inquiète à cause de la prolifération d’informations mensongères qui pullulent sur le Net et qui auraient peut être influencé des millions d’Américains lors de la dernière présidentielle. Accusés de les avoir relayées, Facebook ou Google s’en défendent et ont affirmé qu’ils allaient lutter contre leur propagation. On se demande bien comment.
les_hoax_tro_marran_jimo_02-05-2015_500pLe petit monde du Web a longtemps cru que la liberté absolue régulerait automatiquement les excès du Net, un peu comme dans l’économie libérale où le marché est censé équilibrer les relations entre l’offre et la demande, sans intervention de l’État. Mais rien n’a fonctionné comme prévu. Entre les informations authentiques et les nouvelles bidon, la régulation est impossible. C’est toujours le mensonge qui aura le dessus. Pour une raison simple : il faut beaucoup de temps pour vérifier la réalité d’un fait. Pour exercer son métier, un journaliste doit réserver ses billets d’avion et sa chambre d’hôtel, prendre des rendez-vous, louer une voiture pour se déplacer et constater sur place  de ses propres yeux et de ses propres oreilles que ce qu’on lui avait raconté est bien réel. Les pourvoyeurs d’informations inventées sur Internet n’ont pas ces contraintes, car il n’y a rien à vérifier puisqu’elles n’existent pas. On peut alors fabriquer à l’infini de fausses nouvelles, assis tranquillement devant son ordinateur. A ce petit jeu, les bidonneurs auront toujours dix longueurs d’avance sur les vrais journalistes. Comme une invasion de sauterelles sur un champ de blé, rien ne pourra empêcher les informations mensongères d’être toujours plus nombreuses que les vraies. 
Il est alors tentant de ses tourner vers la loi pour y mettre bon ordre. Mais est-ce bien rassurant de voir le législateur décréter ce qui est vrai et ce qui est faux sur Internet ? La liberté d’expression et l’indépendance de la presse doivent être protégées non seulement de la mainmise des puissances économiques ou autres, mais aussi de celles des pouvoirs publics. 
indexEn réalité, aucune opinion n’est le fruit d’une réflexion mûrie par des arguments objectivement énoncés. Chacun d’entre nous préfère les infos qui confortent ses convictions plutôt que celles qui les remettent en cause. Les régimes politiques hostiles aux démocraties ont su exploiter perfidement ce mécanisme. L’information ne serait qu’une question de point de vue. Lors d’un récent reportage en Allemagne, un ancien citoyen de RDA nous expliquait qu’à l’Est, on leur apprenait à lire le sens caché des informations officielles, surtout quand elles venaient de l’Ouest. Aujourd’hui, c’est partout dans le monde que cette méfiance à l’égard des médias s’est répandue. On suspecte même les informations vérifiées d’être erronées. Plus on est inondé d’informations, plus on est tenté d’en douter. Comme si l’obscurité était plus excitante que la clarté. Les choses cachées deviennent mystérieuses et enflamment les esprits bien plus que les questions élucidées.
Notre époque semble écartelée par ces mêmes contradictions : plus on est informé, plus on a besoin du frisson de l’ignorance. L’information idéale peut sembler frustrante, mais quand on a découvert une vérité, que demander de plus…
Le site HoaxBuster :
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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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