France -Afrique : La nationalité française sera accordée plus facilement aux tirailleurs sénégalais

François Hollande s’est engagé à assouplir les conditions d’octroi de la nationalité française à ces soldats qui ont combattu dans les rangs de l’armée.
Le Monde.fr avec AFP  22.12.2016
Aïssata Seck, maire adjointe (PS) de Bondy, chargée des anciens combattants, a reçu mardi 20 décembre, un courrier du président de la République. « J’ai demandé au ministre de l’intérieur de s’assurer que les dossiers de naturalisation des tirailleurs sénégalais qui en font la demande soient examinés avec rapidité et bienveillance », écrit François Hollande. Cette petite-fille de tirailleur ressent alors une « grande fierté ».

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Yoro Diao 88 ans  au foyer Adoma de Bondy

Yoro Diao 88 ans au foyer Adoma de Bondy

Aussitôt, elle appelle la trentaine de tirailleurs qui vivent dans sa commune, dont leur doyen, Yoro Diao, 88 ans. Cet ancien combattant des guerres d’Indochine et d’Algérie se déplace le soir-même au domicile de l’élue pour lire le document de ses propres yeux. « Il était très content, même si cette reconnaissance arrive un peu tard », précise Aïssata Seck.
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Depuis son entrée à la mairie de Bondy, en 2014, elle avait fait de leur naturalisation un combat. « Je n’en pouvais plus qu’on demande à ces hommes âgés une multitude de pièces d’état civil impossibles à obtenir dans leur pays d’origine (actes de naissance des parents ou grands-parents) », explique-t-elle. Lassée d’essuyer des refus, elle lance une pétition sur Change.org. Publié le 10 novembre, le texte rappelle que « lorsque ces tirailleurs sénégalais ont été appelés au combat, personne ne leur a demandé de se soumettre à ces nombreuses tracasseries administratives ».
Mémoire collective nationale
Dès le lendemain, la pétition reçoit le soutien de nombreuses personnalités. Jamel Debbouze, Omar Sy ou encore Arnaud Montebourg la relaient sur Facebook et Twitter. En un mois, elle est signée par plus de 60 000 personnes. Le secrétariat d’Etat aux anciens combattants, le ministère de l’intérieur puis l’Elysée sont mis au courant. C’est à l’occasion de la visite d’Etat en France du président sénégalais, Macky Sall, du 19 au 22 décembre, que François Hollande annonce sa décision, souhaitant que « leur entrée dans la citoyenneté puisse faire l’objet d’une cérémonie particulière ».
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Les tirailleurs sénégalais, terme qui regroupe les soldats recrutés dans les colonies françaises d’alors, en Afrique subsaharienne et à Madagascar, ont été engagés aux côtés de la France dans ses différentes opérations militaires de 1857 à 1960. Au début de la Seconde guerre mondiale, le corps des tirailleurs sénégalais comptait près de 180 000 mobilisés. Plusieurs milliers d’entre eux ont aussi combattu au sein de l’armée française lors des guerres coloniales d’Indochine ou d’Algérie.
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L’Office national des anciens combattants et victimes de guerre doit d’abord recenser les tirailleurs sénégalais vivant en France. Ils seraient moins de mille. Il reste difficile de les dénombrer exactement depuis que leurs pensions ont été « décristallisées » en 2007. Nicolas Sarkozy avait alors décidé de leur donner les mêmes retraites qu’aux anciens combattants français.
Pour l’historienne Armelle Mabon, l’annonce de François Hollande ne permet pas de réintégrer dans la mémoire collective nationale les soldats africains engagés aux côtés de la France dans ses différentes opérations militaires de 1857 à 1960. « Cette demi-mesure permet de ne pas réhabiliter les tirailleurs qui ont été massacrés à Thiaroye », tranche-t-elle. Le 1er décembre 1944, près de Dakar, des gendarmes français renforcés de troupes coloniales avaient tiré sur des dizaines de tirailleurs, anciens prisonniers de guerre récemment rapatriés. Le 12 octobre 2012, François Hollande avait été le premier homme politique français à rappeler officiellement cette tragédie.

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Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault et le ministre de l’intérieur sénégalais Abdoulaye Daouda Diallo au cimetière militaire de Thiaroye le 10 novembre 2016. Crédits : SEYLLOU/AFP
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Compte rendu  – Antoine Flandrin

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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