Faut-il avoir peur des centrales nucléaires flottantes ?

Néoplanète – 5 janvier 2017 – Yolaine de la Bigne –
Des centrales nucléaires flottantes ? Ce n’est pas un scénario de science-fiction mais le projet que met en ce moment en place la Chine dans les eaux les plus disputées du monde.
Ça va se passer en Mer de Chine; des projets de petites centrales nucléaires  destinées à être installées sur des plateformes ou des bateaux pour alimenter en électricité des infrastructures isolées. Les centrales seront civiles, comme des plateformes de forage en haute mer mais aussi militaires car la Chine revendique haut et fort sa présence en Mer de Chine du Sud en construisant des bases sur les îles sur lesquelles elle a jeté son dévolu.
Dans les faits, cela se concrétise comment ?
Selon le Monde, China General Nuclear Power Group (CGN) a annoncé le lancement de la construction de l’ACPR 50S, un réacteur de faible puissance de 200 mégawatts, à titre de comparaison la plupart des centrales françaises affichent 1000 mégawatts. Ce réacteur est conçu pour être fixé sur un bateau ou une plateforme en mer. Son concurrent, China National Nuclear Corporation  prévoit lui,  de faire voguer un bateau-centrale dès 2019 qui embarquera une version dernier-cri d’un réacteur d’une puissance de 100 à 150 MW. La presse nationale chante les louanges de ces « symboles de la puissance du pays ». Rien n’est encore finalisé car les constructeurs doivent d’abord démontrer que leurs centrales sont sûres or les critères de sécurité n’ont pas encore été définis… Pourtant CGN insiste sur la sécurité de ses futurs bateaux-centrales. D’après le concepteur du projet, ils seraient même plus sûrs que les centrales terrestres. Arguments : en cas d’incident l’eau de mer est un très bon moyen de refroidir le cœur du réacteur… de plus ces centrales se situeraient loin de zones habitées. Certes, si l’on tient pour acquis que les océans ne sont pas habités…
Des centrales nucléaires flottantes chinoises pour 2020 (Industrie et technologies -28/01/16)
vue d’artiste de la centrale nucléaire chinoise flottante de CGN
vue d’artiste de la centrale nucléaire chinoise flottante de CNNC
Un navire/centrale russe doit être lancé en octobre 2016
Il ne s’agit pas du premier projet de centrale nucléaire flottante mobile. D’une part, les sous-marins nucléaires embarquent déjà des réacteurs nucléaires en mer, mais ceux-ci ne servent qu’à la propulsion et à l’alimentation électrique du sous-marin. D’autre part, la Russie est déjà en engagée dans la construction de sa propre centrale nucléaire flottante, dont le lancement est officiellement prévu pour octobre 2016 dans les régions Nord-Est du pays, qui souffrent d’un manque d’énergie récurrent (Sibérie orientale). Le gouvernement russe cherche surtout à développer ses territoires arctiques, censés contenir d’immenses réserves inexploitées de ressources naturelles, dont des réserves de pétrole. Il cherche donc à optimiser l’approvisionnement électrique des principales villes et différents sites miniers de ces régions reculées, exclusivement alimentées par des générateurs diesel, très coûteux et polluants.
Le navire/centrale Akademic Lomonosov sera ainsi équipé de deux réacteurs KLT-40 de propulsion navale et pourra ainsi fournir jusqu’à 70 MW d’électricité et 300 MW de chaleur, soit une puissance suffisante pour répondre aux besoins d’environ 200.000 habitants. Il offre aussi la possibilité d’être employé comme usine de dessalement produisant 240.000 mètres cubes d’eau douce par jour.
Le navire/centrale russe servira notamment à approvisionner en électricité et chaleur des plateformes pétrolières russes.
Aux États-Unis : des centrales nucléaires flottantes au large
Enfin, ces centrales nucléaires embarquées dans des bateaux sont à bien différencier des centrales nucléaires flottantes développées aux États-Unis, placées au large de la même manière qu’une plateforme pétrolière, mais non pas sur un navire mobile. La France a également planché pendant de nombreuses années sur une technologie de réacteur en mer, cette fois-ci placé au niveau des fonds marins : le projet Flex Blue, porté par DCNS, qui tarde à se concrétiser.

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