Médecine thermale : jetez-vous à l’eau !

Alternative Santé – 17/01/2017 – François Lehn –
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Le thermalisme sort peu à peu de son image de pratique de confort pour gagner, à force d’études scientifiques, ses galons de thérapeutique médicale avec un service médical rendu attesté dans plusieurs secteurs de la santé tels que veineux, neurologiques, psychologiques, articulo-musculaires… Du syndrome métabolique à la fibromyalgie, les lieux de cures thermales proposent désormais des réponses adaptées à de plus en plus de problèmes de santé.
Il aura fallu attendre longtemps avant que cette pratique empirique ne devienne une médecine à part entière : la médecine thermale. Elle s’appuie sur les vertus curatives des eaux de source. Fort heureusement, celles-ci ne sont plus réservées à l’élite fortunée qui, au XIXe siècle, allait « prendre les eaux ». Elle est désormais accessible au plus grand nombre en réponse à de plus en plus d’affections de santé.
Qu’est ce qui fait une « eau thermale » ?
Une eau thermale est le plus souvent une eau minérale chaude. C’est une eau de source, souterraine, naturellement… impure. On s’explique : chaque eau minérale a une composition constante qui lui est particulière. Ses qualités viennent du long parcours souterrain qu’elle a effectué dans les entrailles de la terre, qui la chargent d’éléments particuliers. Elle contient des minéraux, des sels, des gaz, des boues qui lui confèrent des propriétés thérapeutiques spécifiques.

Le jaillissement des eaux minérales peut s’accompagner de l’émission de gaz, souvent en volume considérable. Les gaz thermaux sont eux aussi dotés de propriétés thérapeutiques qui leur sont propres. Ils peuvent donc être utilisés dans le cadre d’une cure thermale en même temps que l’eau minérale. Ce sont principalement des gaz chargés en soufre ou en gaz carbonique, utilisés surtout dans le traitement des maladies chroniques des voies respiratoires, des maladies cardio-artérielles et en phlébologie. On peut trouver aussi du radon, un gaz radioactif qui a des bénéfices pour la santé lorsqu’il est utilisé dans des conditions très strictes.

Plusieurs particularités de ces eaux conjuguées entre elles et des utilisations multiples  (bains, jets, vaporisation, etc.) esquissent une explication probable de leurs effets sur la santé, mais le modèle scientifique (chimique, biochimique, etc.) reste encore à établir. On identifie toutefois deux grands mécanismes d’action. D’abord une action mécanique : au travers d’exercices spécifiques et perfectionnés des curistes dans les thermes, les eaux agissent sur le corps humain en général. Ensuite une action chimique : leurs oligo-éléments passent la barrière cutanée et agissent en profondeur sur les organismes malades en renforçant leurs défenses naturelles.
A chaque eau thermale ses vertus
Les oligo-éléments, minéraux et métaux que l’eau a patiemment arrachés des profondeurs souterraines durant son long parcours avant sa remontée à la surface donnent à chaque eau sa « signature » thérapeutique. En fonction de la présence de tel ou tel élément, l’eau thermale va se doter d’un pouvoir thérapeutique spécifique. On distingue notamment :
– Les eaux sulfurées (marquées par une forte présence d’acide sulfhydrique), qui ont un taux élevé en soufre, ont une action curative sur les muqueuses, lieu de développement des infections chroniques. Elles sont utilisées pour lutter contre les maladies des voies respiratoires (rhinites, otites, asthme, bronchites).
– Les eaux sulfatées calciques ont elles aussi un taux élevé de soufre. En l’occurrence, elles sont indiquées dans les affections du rein et dans certaines maladies métaboliques.
– Les eaux sulfatées mixtes (à la fois calciques et magnésiennes) sont également indiquées pour le traitement des eczémas, des séquelles et cicatrices de brûlure.
– Les eaux chlorurées ont un fort taux de chlorure de sodium. Les cures avec des eaux chlorurées sont dédiées, grâce à leur effet stimulant sur la croissance, au traitement des troubles du développement et de l’énurésie.
– Les eaux bicarbonatées sodiques facilitent le traitement de certaines affections gastro-intestinales et hépatobiliaires. Elles régularisent la motricité du tube digestif, atténuent les spasmes digestifs et ont également une action cicatrisante sur la muqueuse intestinale.
– Les eaux bicarbonatées calciques ont un effet anti-inflammatoire, apaisant et cicatrisant en dermatologie, notamment dans le traitement de l’acné et des brûlures.
– Les eaux à minéralisation spéciale sont riches en cuivre, fer ou arsenic. Les eaux cuivreuses sont indiquées en dermatologie. Les eaux ferreuses sont utilisées dans certains traitements de l’anémie. Les eaux arsenicales le sont dans toutes les allergies. De façon générale, ces eaux renforcent le système immunitaire.
Enfin, certaines eaux minérales hyperthermales (très chaudes) ont un effet particulièrement décontractant et calmant sur les douleurs rhumatismales et sont anti-inflammatoires en gynécologie.
Ces vertus thérapeutiques des eaux thermales commencent aujourd’hui à être bien documentées. Des études ont été publiées dans des revues médicales internationales. Quelques-unes peuvent maintenant aider à se faire une idée plus précise des propriétés médicales avérées. Quelles pathologies peuvent être traitées par la médecine thermale ? Difficile de toutes les répertorier. Voici trois domaines d’application où des études prouvent qu’elles ont fait leurs preuves.
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Dépression, anxiété, insomnies : naviguer en eaux calmes
Le traitement thermal a une action reconnue sur l’anxiété, l’asthénie, les douleurs fonctionnelles et les troubles du sommeil. Il en résulte des indications centrées sur les troubles anxieux, somatoformes, du sommeil, le sevrage thérapeutique aux tranquillisants et hypnotiques. La cure thermale peut également être proposée en prévention des décompensations dépressives, notamment dans le cadre de troubles anxieux prolongés ou dans le cadre de dépressions légères à modérées. Enfin, certaines pathologies courantes telles que le syndrome de fatigue chronique ou les colopathies fonctionnelles sont également de bonnes indications.

Certaines études sont venues étayer la réalité de ces indications thérapeutiques. Arnaud (1979-1981) et Beneytout (1991) rapportent l’efficacité d’une cure thermale sur l’anxiété et la dépression et signalent une amélioration variable de 45% à 58% des symptômes anxieux et dépressifs en fin de cure et une diminution de 35 à 38% de la consommation médicamenteuse. Constant (1995) a lui évalué l’efficacité du thermalisme à six mois sur des sujets dépressifs comparativement à un groupe témoin. Les résultats montrent une baisse de 54% de l’intensité des symptômes, une baisse de la consommation d’antidépresseurs de 14% dans le groupe cure, contre une stabilité et une augmentation de la consommation d’antidépresseurs de 25% dans le groupe témoin.

Plus récemment, l’étude Stop-TAG, sur les troubles anxieux généralisés (TAG), menée à l’échelle nationale sur quatre sites (Bagnères-de-Bigorre, Néris-les-Bains, Saujon, Ussat-les-Bains), a porté sur une durée de huit semaines et sur 237 patients dont le profil moyen prenait un antidépresseur connu, la paroxétine. Les résultats montrent une amélioration globale à la fois sur les symptômes psychiques et somatiques de l’anxiété. De même, les symptômes dépressifs fréquemment rencontrés dans le TAG sont nettement améliorés et surtout stables dans le temps.

Arthrose du genou : marchez sur l’eau
La rhumatologie et les séquelles de traumatismes ostéo-articulaires constituent l’orientation la plus représentée en thermalisme. L’arthrose, dans l’ensemble de ses localisations, représente la principale indication de cure : quelque 250 000 patients chaque année.Le traitement thermal usuel de l’arthrose repose principalement sur des pratiques de balnéation en eau thermale, d’application de boues thermales, de kinésithérapie ou de kinébalnéothérapie, mais également sur des douches ou des applications de vapeurs thermales.

L’étude Thermarthrose est, à ce jour, le plus important essai contrôlé en médecine thermale (462 patients enrôlés). La gonarthrose est la principale infirmité articulaire des membres inférieurs de nature mécanique. L’étude a été réalisée dans trois centres thermaux : Aix-les-Bains, Balaruc, Dax. Le critère de jugement principal était l’obtention d’un état d’amélioration cliniquement importante à six mois. Les résultats de l’étude démontrent le bénéfice net du traitement thermal dans cette indication. Plus globalement, à trois mois, six mois et neuf mois, la cure augmente d’environ 50% le nombre de patients dont la condition s’est améliorée de manière pertinente en termes de douleur et de fonction.

L’effet thérapeutique de la cure thermale chez le gonarthrosique est donc une amélioration significative des douleurs et des capacités fonctionnelles par rapport au traitement non chirurgical. Cette amélioration se maintient, se révélant stable au neuvième mois. Par son efficacité sur le plan clinique prouvée par cette étude et son rapport bénéfice-risque très favorable, la cure thermale représente une amélioration du service médical rendu (SMR) par rapport aux thérapeutiques non chirurgicales habituelles de la gonarthrose.

Insuffisance veineuse : les eaux réparatrices
La maladie veineuse chronique (MVC) est un handicap dont souffrent 3 millions de personnes, hommes ou femmes, en France. La peau peut également être lésée, les lésions cutanées ont tendance à s’aggraver et peuvent aboutir à des ulcères cutanés qui ont de nombreuses conséquences sur la qualité de vie comme sur la santé des personnes. En France, environ 600 000 personnes sont porteuses de lésions de ce type. La pathologie veineuse chronique des membres inférieurs représente touche plus de la moitié de la population française et sa fréquence augmente avec l’âge. On distingue trois grands syndromes :
– Les varices définies par l’augmentation de calibre et de longueur des veines sous-cutanées ;
– Les symptômes veineux, dont le plus fréquent est la sensation de jambes lourdes ou enflées, associées ou non aux varices ;
– Les troubles trophiques veineux, qui résultent de varices sévères ou de séquelles de thromboses veineuses, touchent 4 à 5 % de la population française (principale cause d’ulcères de jambes).
Pour l’étude THERM&VEINES conduite par le service de Médecine vasculaire du CHU de Grenoble, 425 patients curistes ont bénéficié de soins thermaux pendant 18 jours consécutifs. Ces patients étaient porteurs de formes sévères de MVC. L’étude a montré que la cure thermale améliorait, à un an, de manière statistiquement significative, la qualité de vie, les symptômes douloureux ainsi que le score de sévérité de la maladie veineuse (score de Rutherford).
Le traitement thermal est donc une solution d’accompagnement de l’insuffisance veineuse chronique sévère. Ce traitement est bien codifié et normalisé pour sa plus grande part dans les stations phlébologiques françaises. Aux bains en baignoire profonde, d’action anti-œdème, il associe des massages et des soins actifs dont le principal est le couloir de marche qui est une véritable rééducation de la pompe musculaire du mollet, principal moteur du retour veineux.

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Toujours plus d’affections prises en charge
La recherche thermale avance à grands pas et on constate les bienfaits de l’eau sur un nombre croissant de problématiques de santé. Ainsi l’étude MAPT montre-t-elle l’intérêt du thermalisme dans la prévention du déclin cognitif par exemple, l’étude PACTHE ses bienfaits dans la prise en charge post cancer du sein, tandis que l’enquête PRISME met en évidence l’utilité des eaux thermales dans la gestion du syndrome métabolique et de l’obésité. Les conclusions positives de l’étude FIETT encouragent quant à elles de plus en plus de lieux de cures à proposer des programmes sur mesure pour les personnes atteintes de fibromyalgie, une affection aussi sous-évaluée dans son ampleur qu’injustement négligée pendant longtemps par les autorités de santé.
Enfin apparaissent de plus en plus de mini-cures pour proposer des moments de répit, qu’il s’agisse de jeunes mamans ou de personnes souffrant de mal-être au travail, ou du bien-être avec des séjours centrés sur la détente, la diététique, la cosmétique thermale… Bref, aujourd’hui, à chaque personne sa cure adaptée !
Pour se jeter à l’eau
Si vous êtes à présent convaincus, voulez préparer votre cure thermale et ainsi profiter des bienfaits millénaires de l’eau, quelques démarches sont nécessaires, mais dans l’ensemble la procédure de prescription par votre médecin est simple. Vous pourrez retrouver une liste des lieux de cures et leurs spécialités respectives dans l’Officiel du thermalisme 2017, et de plus amples renseignements sur les modalités de prise en charge par votre caisse d’assurance maladie sur le site de l’assurance maladie.

Attention : Les conseils prodigués dans cet article ne vous dispensent pas de consulter un praticien des médecines alternatives. Vous pourrez en trouver un près de chez vous et prendre rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com

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