Couple Fillon : derrière l’affaire, d’autres dossiers encombrants

Ouest-France – 31/01/2017 – André Thomas –
L'emploi de son épouse n'est que l'une des six controverses qui entourent François Fillon.L’emploi de son épouse n’est que l’une des six controverses qui entourent François Fillon. | Franck Dubray / Ouest-France
Le volet le plus mis en avant des affaires qui pourraient affecter François Fillon est le niveau d’activité réel de son épouse Penelope lorsqu’elle était son assistante parlementaire. Mais des soupçons pèsent sur cinq autres volets bien distincts, constituant autant d’épées de Damoclès.
1. Penelope Fillon deux fois assistante de son mari
L’emploi de Penelope Fillon par son mari en tant qu’assistante parlementaire est au centre de toutes les attentions. Les soupçons ne portent pas sur le fait que le mari ait employé son épouse, puisque c’est légal en France (contrairement aux Parlements européen et allemand). Ce qui est examiné par l’enquête ouverte par le parquet financier, c’est le niveau d’activité réelle de Penelope Fillon pour son mari. Ce, dans deux périodes et deux contextes différents : de 1998 à 2002 alors qu’il était député de la Sarthe. Puis à partir de 2012 pour une durée non précisée par le Canard enchaîné, lorsqu’après la victoire de la gauche, il est redevenu député, mais de Paris cette fois. Si les faits ne sont pas prescrits et si François Fillon devait bénéficier de l’immunité présidentielle, son épouse pourrait, elle, rester exposée à des poursuites pendant le quinquennat pour recel de détournement de fonds publics.
2. Penelope Fillon assistante de Marc Joulaud
Sujet distinct mais soupçons identiques pour la période 2002-2007 au cours de laquelle Penelope Fillon est assistante parlementaire de Marc Joulaud, suppléant de son mari devenu ministre. Les montants en cours sont supérieurs puisque ce député n’ayant pas de lien de parenté avec son assistante, il a pu élever sa rémunération au-delà de la moitié de l’enveloppe globale allouée aux assistants, plafond fixé pour un parent. C’est à cette période qu’elle aurait gagné jusqu’à 7 900 € brut par mois. Là encore, Penelope Fillon peut à tout moment être mise en examen pour recel. Quant à Marc Joulaud, devenu député européen, il bénéficie à ce titre de la même immunité que celle d’un député à l’Assemblée nationale. Si elle était demandée par la justice française, la levée de son immunité serait soumise au vote du Parlement européen. Là encore, les poursuites seraient susceptibles d’intervenir durant le quinquennat. Pour cette collaboration possiblement fictive, la ligne de défense principale adoptée jusqu’à présent par François Fillon serait sans effet : Penelope Fillon n’est pas la femme de Marc Joulaud qui ne pourra pas plaider l’entremêlement des rôles d’épouse et de collaboratrice.
Ces différentes collaborations parlementaires sont supposées, selon le Canard enchaîné, avoir rapporté 500 000 € brut à Penelope Fillon.
3. Penelope Fillon conseillère de Marc de La Charrière
Troisième volet, lui aussi non couvert par une éventuelle immunité présidentielle de François Fillon : la collaboration soupçonnée d’être fictive de Penelope Fillon en tant que « conseillère stratégique informelle » pour la Revue des deux mondes, selon les termes de son propriétaire, le milliardaire Marc Ladreit de La Charrière, ami des Fillon. Au cours des vingt mois de sa collaboration (contestée par le directeur de la revue à l’époque des faits), Penelope Fillon aurait indûment perçu 100 000 € brut, la seule trace de sa collaboration étant deux notes de lecture ne justifiant évidemment pas un tel montant. Là encore des poursuites sont susceptibles d’intervenir contre le dirigeant de la revue pour abus de bien social ainsi que contre Penelope Fillon pour recel.
Ces soupçons ont motivé l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet national financier, dirigé par Eliane Houlette dès le mercredi 25 janvier, quelques heures après la publication du Canard enchaîné. Dans ce cadre, la police a procédé jeudi 26 à une perquisition dans les locaux de la Revue des deux mondes en présence de Marc Ladreit de La Charrière. Puis, elle a entendu, vendredi à Nanterre, Michel Crépu, ancien directeur de la revue et Christine Kelly, auteur d’une biographie de François Fillon. Lundi 30 janvier, c’est Marc Ladreit de La Charrière qui était entendu à son tour en matinée, avant qu’il en soit de même pour le couple Fillon dans l’après-midi.
4. François Fillon consultant
D’autres controverses concernant François Fillon sont apparues par ailleurs. En octobre dernier, le Canard enchaîné, toujours lui, révélait que l’ancien Premier ministre, à peine parti de Matignon en mai 2012, a constitué, début juin, juste avant de redevenir député, une société de consultant – 2F Conseil – qui lui aurait rapporté 600 000,00 € de salaire net entre 2012 et 2015. Créer cette société une fois redevenu député était légalement impossible. Sommé de révéler l’identité de ses clients, François Fillon a jusqu’à présent refusé. A ce jour, aucune procédure judiciaire n’est engagée sur l’activité de 2F Conseil.
5. François Fillon missionne ses enfants pour le Sénat
Dans la foulée de la polémique concernant son épouse, François Fillon en a lui-même provoqué une autre jeudi 26 au soir au JT de 20 h sur TF1 à propos de deux de ses cinq enfants. Il a en effet souhaité faire preuve de transparence en annonçant de lui-même qu’alors qu’il était devenu sénateur de la Sarthe, il avait rémunéré les deux aînés de ses enfants pour des missions. Ceci du fait de « leurs compétences » en tant qu’avocats. Or, il était révélé dès le lendemain que les enfants concernés n’étaient pas encore avocats dans la période concernée. François Fillon a été sénateur de la Sarthe de septembre 2005 à juin 2007. Marie, l’aîné des enfants, n’est devenue avocate qu’en novembre 2007 et Charles, en juin 2011.
Si les prestations rémunérées se révélaient fictives, elles sont susceptibles de poursuites.
6. Des chèques sur le compte de l’assistance parlementaire
Enfin, dimanche 29 janvier, Mediapart et le Journal du dimanche révélaient que François Fillon serait l’un des anciens sénateurs UMP à avoir bénéficié de chèques (à hauteur de 21 000 € dans son cas) provenant de reliquats de crédits d’assistants parlementaires, ayant transité par une association qui intéresse la justice. Six personnes dont quatre sénateurs ou anciens sénateurs sont déjà mises en examen dans cette affaire dans le cadre d’une instruction menée par le pôle financier.
xvm1e56fddc-e493-11e6-a30c-7e0318ea1240Dessin de Ménégol – Le Figaro –
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