La France entre rigueur et austérité : la dette ou la vie

Siné Mensuel N° 61 – février 2017 –
Présidentielle 2017 – La dette
Le remboursement de la dette est aujourd’hui présenté par tous les gouvernements comme une nécessité indiscutable. L’histoire enseigne pourtant que ce n’est pas le cas. Dans l’Antiquité, en Mésopotamie ou en Égypte, des annulations généralisées de dette avaient régulièrement lieu, notamment afin de rétablir les paysans exploités dans leur droit de propriété. Après la Seconde Guerre mondiale, l’annulation des dettes, pour l’Allemagne comme pour la France, a été un des facteurs qui ont permis le développement économique et les Trente Glorieuses. Aujourd’hui encore, de nombreux exemples le montrent : refuser de payer la dette peut payer : Espagne et en Islande où l’on n’hésite pas à jeter les banquiers en prison, en passant par l’Équateur qui a dit non au FMI.
Ils nous le rabâchent depuis des années, : les Français vivraient au-dessus de leurs moyens… la faute aux fonctionnaires ou aux banques qui cachent notre argent dans les paradis fiscaux ?
« La France vit au-dessus de ses moyens« , « en nous endettant, nous sacrifions les générations futures« , « pour réduire la dette, il faut diminuer les dépenses sociales« , etc. Cette idéologie qui semble frappée au coin du bon sens culmine avec la célèbre formule du candidat Fillon qui déclarait en 2007 être « à la tête d’un État qui est en situation de faillite« . La suite montra que non. Car si les mots ont un sens, la faillite de l’État français aurait dû entraîner sa disparition. Or, dix ans plus tard, le même Fillon est candidat à la présidence. La France a donc survécu à sa prétendue faillite et Fillon nous prend pour des billes.
dessin-cartoon-plafond-dette-5La force de ce discours est qu’il assimile l’État à une famille. On ne peut en vouloir aux ménages d’ignorer le fonctionnement des finances publiques. Mais de la part de politiques dont c’est le métier, ce discours constitue une véritable tromperie. Car à la différence des ménages, l’État peut décider à la fois du montant de ses dépenses mais aussi de celui de ses recettes.
Commençons par les dépenses. celles-ci n’ont pas explosé; elles avaient diminué entre 1993 et 2008 avant de rebondir légèrement avec la crise financière. Depuis le milieu des années 1980, la part des dépenses de l’État dans le PIB a baissé de 2 points (environ 40 milliards aujourd’hui). Ce n’est pas de ce côté là que viennent le déficit et l’accroissement de la dette. Et ce n’est pas non plus en sabrant dans les dépenses sociales que la dette pourra être résorbée. Car si les dépenses sociales représentent bien le premier poste des dépenses publiques (un peu plus de 45 %), la part des administrations de Sécurité sociale dans la dette publique ne dépasse ps 10 %. L’amalgame entre dette publique et dépenses sociales n’est qu’un mauvais alibi pour imposer une austérité ciblée sur les besoins sociaux.
ob_008e4f_dessin-banquesCôté recettes, les baisses d’impôts et les cadeaux fiscaux aux entreprises et aux ménages les plus riches se sont multipliés depuis une quinzaine d’années, avec des pertes de recettes fiscales pour l’État évaluées à plus de 100 milliards d’euros, un diagnostic confirmé par plusieurs rapports parlementaires. Bref, la hausse de la dette est le produit d’une politique délibérée d’assèchement des recettes fiscales qui est clairement une politique de classe. En réalisant un tiers de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, les banques contribuent aussi largement à l’assèchement des recettes fiscales et à la hausse du stock de dettes. 
S’y ajoute un effet « boule de neige » qui correspond au versement des intérêts sur la dette acquise et qui explique depuis trente ans, environ la moitié de l’accroissement de la dette. Certes, les taux d’intérêt ont très fortement baissé sec dernières années, mais ils ne s’appliquent qu’aux nouveaux emprunts et des taux plus élevés continuent de courir sur des emprunts plus ancien : la charge de la dette reste lourde.
KAP - DetteLe collectif pour un audit citoyen de la dette publique lancé en 2011 avec l’appui de plus d’une centaine de Comités d’audit citoyens (CAC) a étayé ce diagnostic de façon très détaillée. Il en ressort deux conclusions majeures. Premièrement, si l’État n’avait pas réduit ses recettes et choyé les marchés financiers, la ratio dette publique sur PIB aurait été en 2012 de 43 % au lieu de 90 % ». Deuxièmement, environ 60 % de la dette publique (en 2012) provenaient des cadeaux fiscaux et des taux ‘intérêt excessifs. Une large majorité de la dette publique française peut donc être considérée comme illégitime. reste à organiser le rapport de forces pour répudier cette dette.
Depuis plusieurs décennies, les gouvernements ont tondu la laine sur le dos des salariés. c’était la rigueur. Maintenant, avec les politiques d’austérité et d’obligation de la dette on veut leur faire la peau. La dette ou la vie ? A vous de choisir.

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