En Paca, Estrosi protège les chasseurs ripoux

Siné Mensuel N° 61 – février 2017 – Blandine Flipo –
Après avoir stoppé toute aide de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur aux associations de protection de l’environnement, son président Christian Estrosi a décidé de filer cette subvention aux chasseurs. Qu’importe le profil de certains responsables de fédération, déjà condamnés pour corruption.
C’est ce qui s’appelle choisir ses amis (enfin… ses électeurs). Le 5 janvier, le président de la région Paca Christian Estrosi a décidé d’accorder 2,5 millions de subventions à la Fédération régionale des chasseurs. Et ce, après avoir coupé les vivres aux associations de protection de l’environnement, ces repaires d’écolos-bobos… Après tout, pas de quoi s’étonner : Estrosi ne fait que suivre l’exemple de Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et de Xavier Bertrand, celui des Hauts-de-France. Bertrand a même été jusqu’à donné la présidence de la commission environnement aux chasseurs, alors ! Mais ce qui est remarquable dans la décision de M. Estrosi, c’est que sa généreuse subvention échoit a une structure régionale dont est membre la Fédération départementale des Bouches-du-Rhône, Fédé dont les instances dirigeantes sont tenues par des chasseurs notoirement condamnés pour crime contre l’environnement… Et que d’aucuns soupçonnent d’être toujours aux manettes, malgré leurs condamnations. Le cabinet d’Estrosi se contente de répondre que son interlocuteur uniques est la Fédération régionale, « exemplaire à notre connaissance ».
70891971_pJoseph Condé, dit « Jo Condé » était devenu président de la Fédération des chasseurs des Bouches-du-Rhône, il y a une dizaine d’années. Selon plusieurs témoins, il y imposait menaces et intimidations. Charles Pecoraro, secrétaire du comité de défense des chasseurs (CDC13) raconte : « Du jour au lendemain, on nous a interdit de nous rendre en conseil d’administration pour voter. On s’en est plaint à la préfecture, parce que c’est illégal. Il ne s’est rien passé. » Charles Pecoraro n’est pas content et il le fait savoir. Mal lui en prend. « Le 12 juin 2012, j’ai été agressé à trois heures de l’après-midi. J’ai reçu des coups de marteau sur la tête. J’ai reconnu le gars, et lors de la confrontation, il a reconnu avoir agi sur ordre de Jo Condé ! » Un autre membre de CDC13 s’inquiète auprès de la préfecture des bilans comptables aux « allures louches » de la fédé. Résultat : « J’ai déposé un quinzaine de plaintes pour vol et dégradations depuis dix ans. Sans suite. » Ambiance !
Jo Condé, condamné pour corruption, se voit privé de présidence en 2011. Il devient secrétaire général (!). Sauf que le 23 mai 2013, il dégomme de la fenêtre de la fédération un héron, espèce protégée. Un employé a eu l’outrecuidance de filmer cette jolie scène de braconnage. Et de témoigner contre lui. Le courageux lanceur d’alerte le paiera cher. En sa qualité de syndicaliste, Ludovic Collart ne sera pas viré mais mis en « accident du travail ». Les autres employés râlent. En accident du travail aussi. En même temps, travailler dans un fédé de chasse avec un patron qui tire aux fenêtres des bureaux, ça peut effectivement être dangereux…
tumblr_inline_noww2naqll1s9x8us_500En 2015, Jospeh Condé est condamné définitivement par la cour d’appel d’Aix-en-Provence pour subornation de témoins et destruction d’espèce protégée à six mois ferme, et se voit retirer son permis de chasse.  Jean-Marie Rimez, son président de la fédé et ami est lui condamné pour subornation de témoins. Fin de l’histoire ? Mais non, voyons ! Rimez et Condé sont généreusement nommés présidents d’honneur de la fédé par ses bienveillants administrateurs. La préfecture alertée par un chasseur préférant rester anonyme, a sorti une sorte de communiqué confirmant qu’un condamné ne pouvait être nommé président d’honneur. Et puis ? Et puis rien . Pire : en décembre dernier, la fédé se met en quatre pour virer tous les employés indésirables, y compris le lanceur d’alerte Ludovic Collart… Refus de l’inspection du travail qui découvre avec stupeur que Jo Condé est employé par la fédération, en tant que technicien, depuis juillet 2016. Rimez et Condé ont conservé l’ordinateur, le badge d’accès et les clés de la fédération. Ils sont toujours présidents d’honneur malgré le « communiqué » du préfet.
Charles Pecoraro résume : « tant que l’État ne fera rien, Jo Condé ne lâchera pas la fédération. Pensez donc : les chasseurs ont l’obligation d’en faire partie, et de payer une licence de chasse. Son budget des de 2,5 millions d’euros par an? Après avoir payé les employés et les frais divers, il reste encore un million d’euros. » A cela, il faut ajouter les subventions d’Estrosi qui lui reviendront pour ses missions d’intérêt régional. Et voilà comment de l’argent dédié à de l’éducation de l’environnement va se retrouver dans les mains d’une structure fricotant avec les délinquants condamnés pour braconnage… Quel bel exemple !antichasse

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