Elections présidentielles – Ombres russes sur la campagne [Commentaire]

Ouest-France  10/02/2017 par Laurent Marchand
« La question russe se pose de deux manières qu’il faut distinguer clairement. La première est d’ordre géo politique * l’autre question russe est d’un autre ordre à savoir l’interférence de la politique du Kremlin dans la politique française et européenne * Moscou a un candidat, le Front national * Les interférences électorales ne sont donc pas neutres »

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Vladimir Poutine n’est pas judoka pour rien. Il sait que la force pure a des limites, et qu’avec une force moindre, on peut très bien renverser un adversaire plus robuste que soi. À condition, bien sûr, d’identifier son point vulnérable. Et le bon moment pour le toucher.
En matière numérique, la puissance est, sans conteste, du côté des États-Unis. Les géants du Web sont tous américains. Les fameux Gafa : Google, Apple, Facebook, Amazon. Un chiffre donne le tournis. En moins de dix ans, Facebook a collecté 1,8 milliard d’usagers. Un habitant sur quatre de la planète. Sans que personne ne s’insurge contre cette position dominante qui pose pourtant mille problèmes économiques, juridiques et, désormais, politiques à nos sociétés.
Car la gigantesque autoroute que constitue Internet, par la nature virale de la circulation de l’information qu’elle favorise, est devenue le talon d’Achille de nos démocraties libérales. Ce qui n’a pas échappé aux stratèges du numérique à Moscou. Nos calendriers électoraux offrent sur un plateau le moment propice pour polluer le processus démocratique, en transformant l’autoroute en tout-à-l’égout.
On l’a vu aux États-Unis l’an passé. Les services de renseignements américains ont établi le rôle des officines russes dans le piratage de la Convention démocrate et les liens entre WikiLeaks et Moscou. En France, des signaux préoccupants arrivent depuis quelques jours.
Ainsi, le 3 février, dans un entretien au quotidien pro-Kremlin Izvestia, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, affirmait pouvoir fournir à la Russie des informations compromettantes sur Emmanuel Macron. Cette semaine, deux médias de la propagande russe en français, les sites Sputnik et Russia Today (RT), se sont fait l’écho de rumeurs sur la vie sexuelle de ce même candidat. Ce qui va contribuer à renforcer la confusion en France sur la politique à mener vis-à-vis de Moscou.
Autorité et autoritarisme
Pourtant, la question russe se pose de deux manières qu’il faut distinguer très clairement *. La première est d’ordre géopolitique *. Quelle relation souhaitons-nous entretenir avec Moscou, compte tenu des liens historiques entre nos deux pays et des récents événements en Ukraine ?
La politique française est, depuis deux siècles, traversée par des courants contradictoires sur ce point. Légitimement contradictoires. Entre les tenants (souvent gaullistes) d’une ligne visant à entretenir avec Moscou une forme de confiance pour circonscrire les différends, et les tenants (néo-conservateurs) d’une ligne plus atlantique, résolue à contenir la menace russe.
L’autre question russe est d’un autre ordre *. C’est celle que nous décrivions plus haut, à savoir l’interférence du Kremlin dans la politique française et européenne. Moscou a un candidat, le Front national, qui ne cache pas son admiration pour Poutine, se finance auprès d’une banque russe et a même salué l’annexion de la Crimée. Les interférences électorales ne sont donc pas neutres.
Elles bénéficient de la faille numérique et d’un climat : la dé-légitimation de la classe politique. La crise nourrit dans l’opinion un désir de rompre avec l’impuissance, une demande légitime d’autorité, au sens de « faire autorité », pas d’autoritarisme. La différence est de taille, mais elle est occultée par les admirateurs de Poutine qui exaltent son masque d’autorité pour mieux taire le risque autoritaire. La Russie est un grand pays, assurément, mais c’est aussi un anti-modèle pour tout démocrate.
Editorial
Décryptage

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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