Le Vendéen Bruneau Retailleau, chouan des Sirènes

Le Canard Enchaîné – 08/02/2017 – Anne-sophie Mercier –
Le Vendéen passé de Philippe de Villiers à Fillon a des ambitions et serait fort dépité si son candidat venait à abandonner.  
Oh le gros malin. accommodant comme pas deux, gros bosseur et faiseur de deal dans le huit clos du Sénat à Paris. Mais acerbe en dehors, surtout si un micro vient à passer par là. Bref, le patron des sénateurs LR est un finaud, bon connaisseur des dossiers, toujours prêt à discuter le bout de gras avec les socialistes à paris, du moment que ça reste discret.
img_0568En public, dans les instances de son parti et dans les réunions en Vendée, il n’a pas de mots assez durs contre la gauche et la « police de la pensée« , une expression dont il raffole. Il se pique d’une certaine créativité sémantique et se plaît aussi à ironiser, dans les défilés de la Manif pour tous, sur la « République des désirs« , ce régime qui permet aux homosexuels d’accéder au mariage et, pour certains, à l’adoption. A la tribune, il cogne fort, prend son temps pour que la salle goûte la saveur de ses propos. « Il se la raconte bien, Retailleau, avec son éloquence de sous-préfecture« , s’amuse un sénateur de son camp. Depuis deux semaines, le voilà qui se déchaîne et défend Fillon contre le « système« , la « manipulation« , « un acharnement malsain« , « un coup d’État institutionnel« , « une prise d’otage » ! Il va d’une radio à l’autre, d’une chaîne d’info à une émission de débats. Il défend, certes, « une vision de la France« , « un projet« , mais, bien sûr, il ne perd pas non plus de vue sa propre carrière.
Maître de manège
Car Retailleau se voit ministre, une fois Fillon élu. Il a l’avantage d’être un bon pro : 77 % des voix en Vendée pou Fillon à la primaire de la droite. Tu vois, François, y a pas que Larcher qui sait travailler. Çà mérite une bonne petite gâche, non ? Car être patron des sénateurs LR et président de la région Pays de la Loire ne lui suffit plus. Un homme organisé et qui sait déléguer peut parfaitement avoir des responsabilités nationales et gérer une région de plus de 3 millions d’habitants, où est le problème ? Donc il veut plus. Regarder la France droit dans les yeux, poser, souriant, sur le perron de l’Élysée en bonne place avec un gros ministère, du lourd, du régalien et un intitulé qui en jette, s’il vous plaît. Plus question de s’approcher du pouvoir : cette fois, il sera le pouvoir. Et il a l »‘intention d’en profiter longtemps ce cavalier, amateur de course à pied, qui chipote son poisson vapeur quand d’autres prennent trois heures pour digérer leurs rognons.
Huit ans qu’il ronge son frein. En 2009, Fillon alors Premier ministre, souhaite en faire un secrétaire d’État au numérique. Mais son patron d’alors, Philippe de Villiers, n’apprécie pas les velléités d’émancipation du « Petit Bruno », qui a fait toute sa carrière dans les instances du Puy du Fou où il est entré à 17 ans. cavalier à titre bénévole, le minot s’implique dans les affaires de « Vicomte » et devient metteur en scène, puis directeur de la radio Alouette et de l’école nantaise SiencesCom. En 1997, il devient conseiller général par la grâce de son mentor.
… au temps des mécaniciens
Mais en 2009, Bruno piaffe, Bruno s’y voit trop, alors Villiers montre les dents, appelle Sarkozy pour le forcer à reculer. Tu ne peux pas me faire ça, le nommer ministre, dis clairement que tu veux me pousser dehors, dis que tu veux la guerre, Nicolas. Villiers a tiré sur la laisse et Retailleau est rentré au bercail : reste à, ta place, tu veux ? Mais quand Villiers tombe malade et se retrouve empêtré dans une sombre affaire familiale mettant en cause ses deux fils, Bruno attaque, avance se pions dans l’ombre. Son heure est venue : en Vendée, le Vicomte agace, avec ses trip fréquentes absences et ses outrances. Retailleau le débarque du conseil général et prend sa place en 2010. Depuis, le Vicomte remâche  son amertume dans sa gentilhommière, sa tasse de verveine à la mai, une couverture à carreaux posés sur les genoux : « Le temps des visionnaires est révolu, voici le temps des mécaniciens. » Parfois il lâche : « Cet homme n’a pas de bilan. » Comme si c’était le sujet. 
Ce que Retailleau veut, c’est que Fillon tienne. « Accroche-toi,tu es légitime, ce n’est pas une manœuvre d’appareil qui va t’abattre« , a -t-il expliqué à son champion, la semaine dernière. Or, il s’en moque de tout ça, Retailleau. Ce qu’il veut, c’est être bien en évidence sur la photo, sur le perron de l’Élysée, en mai. C’est pourtant simple.
Mayor of Bordeaux and right-wing primary elections candidate Alain Juppe Former French President Nicolas Sarkozy head of Les Republicains right wing party group at the French Senate Bruno Retailleau and Former Prime Minister Francois Fillon are seen on a stage during Les republicains LR summer camp in La Baule Escoublac Western France on september 05 2015./SALOM-GOMIS_141339/Credit:SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA/1509061441Credit:SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA/

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