Cynisme, reniement, populisme : avec le Penelope Gate, Fillon s’est mué en Sarkozy

L’obs LePLUS  09-02-2017 Par Thierry de Cabarrus Chroniqueur politique
LE PLUS. François Fillon a changé de stratégie, après les premiers échanges de son avocat avec le parquet financier. Abandonnant son image de probité candide, il a repris la méthode Sarkozy pour contre-attaquer : il dénonce désormais les médias qui le harcèlent, met en cause la justice, parle au peuple contre les élites. Le point de vue de notre chroniqueur Thierry de Cabarrus.
Tous ceux qui ne croient plus en la politique auraient de quoi ricaner devant cette mue à la fois grossière et cynique que François Fillon a opérée, sous les yeux des caméras et donc des Français, ces jours derniers.
fillon-la-france-propreimagesLe « Monsieur Propre » de la droite – celui qui, durant les primaires, avait remis à sa place l’ancien président en balançant une petite phrase empoisonnée en référence à de Gaulle – a accepté finalement d’apparaître, contraint et forcé par l’ampleur mortifère du scandale du #PenelopeGate, comme une sorte de « Sarkozy bis ».
De son ancien rival, il a récupéré cette manière musclée de reprendre la main. Il s’est présenté en victime des médias et de la justice, opposant le peuple contre les élites, revêtant une nouvelle fois son costume de candidat anti-système, susceptible de l’emporter en mai 2017.
Stopper la machine à détruire
En réalité, François Fillon a compris le week-end dernier qu’il serait vite politiquement mort s’il ne réagissait pas rapidement. Il a compris que les médias n’allaient pas le lâcher et qu’une dangereuse émulation parmi les journalistes d’investigation était en train de fleurir sur son terrain, détruisant systématiquement l’image de candidat « clean » qu’il s’était forgée.
Dans « Le Canard Enchaîné » et Mediapart, mais aussi dans « L’Obs », « Le Parisien », « Le JDD », « Le Monde », de nouvelles révélations sortaient tous les jours sans qu’il trouve la bonne stratégie de communication pour les contrer.
À force de laisser ses nombreux porte-paroles s’exprimer maladroitement dans les radios et les télévisions, il a perdu 15 jours. Pire, la machine à informer et, de son point de vue, la machine à détruire son image a gagné en vitesse et en efficacité au point qu’aujourd’hui, François Fillon est littéralement passé au scanner, et ce, quotidiennement.
Rien que ces dernières 24 heures par exemple, le feuilleton du scandale s’est enrichi de quelques nouveaux épisodes gênants : les deux indemnités de licenciement de Penelope, l’affaire des Falcon qui a ressurgi à la faveur de l’exhumation d’un décret de 2011, sans oublier la polémique avec Axa.
Il conteste le parquet national financier
François Fillon a compris aussi que la justice non plus n’allait pas le lâcher et qu’il risquait très gros s’il continuait sur le même ton qu’au tout début de l’affaire, quand il s’était rendu sur le plateau de TF1.
Ce soir-là, il avait clairement expliqué qu’il cesserait d’être candidat à la présidentielle si la justice le mettait en examen, demeurant sur cette ligne qui lui avait permis de faire la différence, face à ses rivaux Juppé et Sarkozy.
Seulement, vendredi soir, tout a changé. L’avocat de François Fillon, Antonin Lévy, a rencontré Eliane Houlette, la procureure du parquet national financier qui enquête sur les emplois présumés fictifs de Penelope Fillon et deux de ses enfants. Selon Laurent Valdiguié, journaliste au « JDD », la magistrate a indiqué son intention « d’aller vite » sans pour autant donner de calendrier… Tandis que le camp Fillon redoute que le dossier finisse par faire l’objet d’une instruction.
De quoi expliquer le brutal changement de stratégie de communication de François Fillon : la mise en doute de la compétence du PNF annoncée dès la conférence de presse et le courrier indigné de l’avocat devant la parution d’extraits d’audition de ses clients dans « Le Monde ».
Doublé par Macron dans les sondages
François Fillon a également compris que s’il ne reprenait pas la main très vite, s’il ne dénonçait pas sans plus attendre un complot médiatico-judiciaro-politique, il devrait abandonner tout espoir d’être présent dans la course à l’Élysée.
Avec ces dossiers qui s’empilent et ses atermoiements, François Fillon a abîmé l’image de probité qui était la sienne. Mais il a aussi révélé un certain goût pour l’argent qu’on ne lui soupçonnait pas, au fur et à mesure que les journalistes fouillaient son bas de laine et celui de sa famille. Il fallait stopper au plus vite cette incessante mise à nu et ces questionnements de plus en plus insidieux.
Dans ces conditions, François Fillon ne pouvait que décrocher dans les sondages et l’on a vu peu à peu Emmanuel Macron faire jeu égal avec lui, puis carrément le dépasser. Dans les dernières enquêtes d’opinion, l’ancien Premier ministre était carrément sorti de la présidentielle dès le premier tour.
Pire, à l’intérieur même de son camp, des voix commençaient à s’élever pour évoquer ouvertement la nécessité d’un plan « B », tandis que les noms de François Baroin ou d’Alain Juppé étaient prononcés.
Là encore, François Fillon a pris tout le monde de court, démontrant, le temps d’un week-end de crise, qu’aucun candidat de substitution n’aurait sa propre légitimité et que cette doublure non préparée conduirait inévitablement à l’élimination de la droite.
La conférence de presse, face à environ 200 journalistes, a achevé de démontrer que l’ancien Premier ministre était un vrai chef et qu’il n’y avait plus à discuter.
C’est la méthode Sarkozy
François Fillon est parvenu, tout seul et contre tous, à se légitimer à nouveau, tant à l’intérieur de son camp que vis à vis des Français, en employant ce qu’on pourrait appeler la méthode Sarkozy.
Il a su, depuis le début de cette semaine, retrouver un positionnement cohérent et cessé d’avoir une attitude mortifère, même si, c’est le moins que l’on puisse dire, la posture morale a laissé la place à un cynisme et une victimisation sans précédent chez lui.
Un véritable tour de force que Nicolas Sarkozy n’aurait pas renié, tant la méthode utilisée ressemble à celle de l’ancien président.
Comme lui, il a décidé de s’adresser directement aux Français et par dessus les élites. En convoquant les journalistes et en les accusant frontalement de vouloir l’éliminer, par exemple, en s’en prenant violemment à Mediapart, il a désigné la presse (qui ne fait que son travail d’information) comme bouc émissaire, usant en cela d’un scandaleux populisme.
Une « pensée émue » pour Sarkozy
Comme lui, enfin, il a décidé d’utiliser ses propres moyens médiatiques, par-dessus les médias classiques : il a fait distribuer 4 millions de tracts pour dire « stop à la chasse à l’homme » et publié une « lettre aux Français » dans la presse quotidienne régionale.
Enfin, et ce n’est pas le moindre des changements dans la spectaculaire mue de François Fillon, ce dernier a adressé une « pensée émue » à Nicolas Sarkozy qui, hasard du calendrier, s’est trouvé renvoyé devant le tribunal correctionnel dans le cadre du scandale Bygmalion.
Cette « pensée émue » ne manquera pas d’interpeller tous ceux qui ont de la mémoire et qui n’ont pas oublié l’ancienne stratégie du candidat Fillon. Lui, le chantre de la probité et de l’honnêteté qui en appelait aux mânes du général de Gaulle pour dénoncer les ennuis judiciaires de Nicolas Sarkozy, a carrément abandonné ses grands principes au nom du seul principe de réalité.
Le cynisme, le reniement des valeurs, le populisme affiché du candidat « anti-système », c’est le prix à payer par François Fillon pour rester dans la course à la présidentielle.
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Édité par Henri Rouillierfran_ois_fillon
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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