Comment Trump embobine la presse

Charlie Hebdo – /08/02/2017 – Jacob Hamburger –
La question tournait en boucle avant son investiture : une fois au pouvoir, Trump allait-il s’abstenir fr tweeter compulsivement ? Enfin, on a la réponse : c’est non.
Ceux qui pensaient que Trump allait délaisser son compte twitter, pour accepter tout d’un coup les normes traditionnelles de sa fonction, étaient les mêmes gens pour qui il était inimaginable qu’il puisse être élu président. Mais hélas, Trump a gagné et, installé à la Maison-Blanche, il écrit encore des tweets incohérents à 3 heures du matin. Le nouveau président se fout de la politique respectable. Mais on continue à se tromper si l’on ne voit dans sa « Twittermania » qu’un question de respectabilité. Car pour Trump, ces tweeets jouent un rôle central dans sa stratégie médiatique net sa guerre contre les journalistes.
Trump n’a jamais hésité à exprimer son hostilité envers la presse. C’est une attitude qui persiste après sa victoire : lors de sa conférence de presse, une semaine avant son investiture, il a insulté méthodiquement chaque reporter lui posant une question. Et aujourd’hui, ses porte-parole transforment les attaques contre la presse en élément banal de la politique américaine, en même temps qu’ils font l’éloge des « faits alternatifs ».
rtx1wkp7-tt-width-604-height-403-crop-0-bgcolor-000000-lazyload-0Pourquoi un tel mépris de la fonction journalistique ? Trump est vaniteux et susceptible. Il considère que toute enquête sur ses activités, toute critique de ses positions est une attaque personnelle. Mais il y a une explication plus profonde de sa haine contre la presse qu’illustre bien un épisode de la campagne. Quand les sondages donnaient Trump perdant contre Hillary Clinton, en réponse, il rêvait de son propre empire médiatique (à l’exemple de ce qu’à fait Berlusconi en Italie).  Son genre Jared Kushner, aujourd’hui conseiller à la Maison-Blanche, envisagait de crée Trump TV, qui aurait vu le jour immédiatement après sa défaite électorale. Trump le candidat détestait la presse parce qu’elle est un outil d’influence sociale qu’il ne contrôlait pas, et donc s’attaquait sans cesse à la légitimité des institutions journalistiques. Trump le président, en revanche, découvre qu’il peut exercer une forme de contrôle sur la presse, sans devoir s’embarrasser des formalités bureaucratique nécessaires pour créer sa propre chaîne de télévision. 
« Twitter war »
Twitter lui permet de choisir, au moins de manipuler, le contenu des informations quotidiennes. Trump compte sur le fait que ses tweets les plus outranciers seront repris systématiquement par tous les médias.  Il a raison. Ils peuvent d’autant moins ignorer ce que le président dit sur les réseaux sociaux que les chaînes d’actualité dirigées par de grandes entreprises cherchent avant tout à capter l’audience la plus large possible, et que la télé-réalité politique de Trump est « divertissante » pour beaucoup de gens. Les programmes d’actualité sont friands de tables rondes où l’on débat de la « Twitter war » que Trump a lancé contre tel ou tel personnage public, et où ses porte-parole sont souvent invités pour le défendre. election-trump-dessin-caricature-selection-une
Quant aux journaux, ils craignent d’être éclipsés par les réseaux sociaux, qui réagissent toujours plus vite que les reporters. Commenter les tweeets de Trump, c’est une manière certaine d’être toujours dans le plus chaud de l’actualité… On trouve par exmeple dans les journaux les plus respectables des enquêtes détaillées sur les personnages que @realDonaldTrump a retweetées. Parfois, les commentaires de Trump sur Twittrer ont une importance légitime en termes géopolitiques ou économiques, et les journalistes ont raison de les traiter comme n’importe qu’elle autre communication d’un chef d’État. Mais quand la presse donne le même poids à ses « réflexions » banales ou à ses disputes superflues sur le réseau social, elle participe à sa propre délégitimation. Celle-là même que Trump cherche à imposer.
Il peut sembler bizarre de voir dans les tweets impulsifs, puérils et mal écrits une stratégie médiatique cohérente. Trump est con, bien sûr, mais il sait ce qu’il fait. Bien qu’aucun d’entre eux ne soit vraiment réfléchi ou prémédité, tous ses messages sur Twitter contribuent à créer une ambiance générale où la vérité est de mois en moins certaine. Ambiance nécessaire à son maintien du pouvoir. En simplifiant les scandales triviaux que le président suscite sur Twitter, la presse donne un caractère exceptionnel à des informations banales et remet du même coup en question sa propre crédibilité pour analyser le fonctionnement du gouvernement. Précisément au moment où le public a le plus besoin des journalistes pour clarifier la situation, ceux-ci se trouvent désarmés. c’est pourquoi ce blitzkrieg que Trump a lancé contre la presse est, à terme, une guerre contre les citoyens.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans International, Politique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.