Présidentielle – La lettre de campagne de Laurent Joffrin du 13 février

 Laurent Joffrin du 13 février
Fillon : la messe est dite ?
Dimanche matin, en la paroisse de Saint-Gilles à la Réunion, François Fillon a communié. Comme on ne saurait accomplir ce rite sans avoir au préalable confessé ses péchés, il serait logique qu’à un moment ou à un autre, le candidat LR ait avoué ses turpitudes réelles ou supposées dans le creux d’une oreille bienveillante et ecclésiastique. Un prêtre, quelque part, connaît donc la vérité sur l’affaire Fillon. Dommage qu’il soit tenu par le secret de la confession…
Qu’il ait ou non respecté la règle romaine, François Fillon a reçu, bien involontairement, une leçon de morale chrétienne pendant la lecture de l’Evangile. Le père Russel Torpos a lu ce passage de Saint-Mathieu, édifiant en diable : «Accorde-toi vite avec ton adversaire pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge et qu’on ne te jette en prison. Amen je te le dis, tu ne t’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.» Puis celui-ci : «Si tu commets une faute, même si tu n’en as pas conscience, tu es responsable…» Au huitième rang des fidèles, le candidat n’a pas bronché…
On ne le répétera jamais assez : il a grand tort. Dans le Journal du Dimanche, (avant ou après la messe ?), il annonce que son retrait ouvrirait «une crise de régime» car «cela aboutirait à priver un courant de pensée, qui est majoritaire en France, de candidat crédible». Les autres leaders de la droite apprécieront : aucun d’eux, selon Fillon n’est «crédible».
Encore l’Evangile : il s’agit d’un péché d’orgueil. Car la «crise de régime», en fait, est déjà là. On sait que les juges, au vu des éléments rassemblés, ne peuvent pas classer le dossier sans suites. Ils ouvriront une information judiciaire, ce qui pourrait déboucher sur une mise en examen en pleine fin de campagne (c’est peu probable). Ou bien ils gèleront toute décision, ce qui laissera le doute perdurer. Ou enfin ils choisiront de renvoyer le prévenu directement devant le tribunal correctionnel, ce qui sous-entendrait qu’ils ont accumulé des charges crédibles contre le couple Fillon : encore pire.
Le retrait rapide du candidat est la seule solution honorable, dans l’intérêt même de la droite républicaine. Une fois le choc passé, il faudrait bien trouver un champion. Personne ne peut croire qu’aucun chef de file LR n’est en mesure de se porter candidat. Alain Juppé, tout à fait «crédible», pourrait se faire violence. Ou bien laisser la place à un espoir LR. Dans ce domaine, ce n’est pas le vide qui menace la droite mais plutôt le trop-plein. Après tout, les électeurs de droite sont toujours là. S’ils ont un candidat, ils voteront…

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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