Groupe Vivarte : les naufragés de la fringue

Charlie Hebdo – 01/02/2017 – Jacques Littauer – 
Peu de personnes connaissent le nom du groupe Vivarte, et pourtant, c’est un empire du vêtement et de la chaussure. Mais, éreinté par la concurrence, et de mauvais choix stratégiques, plombé par une dette colossale, il est aujourd’hui sacrifié par ses actionnaires, qui recherchent des gains à court terme. Au péril de milliers d’emplois.
ech19816109_1Qui ne connaît pas La halle aux chaussures, André, Minellli, Caroll, Kookaï, Naf-Naf, Pataugas ? Aujourd’hui, ces marques sont en péril, menacées par les difficultés que connaît leur maison mère, le groupe Vivarte. Le groupe avait pourtant connu une réussite éclatante depuis l’ouverture de son premier magasin de chaussures à Nancy en 1896, pour atteindre 4 500 points de vente et 17 000 salariés. Mais il a subi la toujours terrible loi de la, concurrence, avec, d’une part, les stars du prêt-a-porter jetable que sont le suédois H&M et l’espagnol Zara, et, de l’autre, des marques à très bas prix comme Kiabi, Primark ou Chaussea. Enfin, le groupe ne s’est pas montré fortiche dans l’utilisation d’Internet pour développer ses ventes en ligne.
Résultat : le chiffre d’affaires du groupe s’est effondré, tombant de 3,1 milliards en 2012 à 2,2 en 2016. Les mauvaises nouvelles se sont alors succédé pour les employés : suppression de de 1 300 postes à la Halle aux vêtements, mise en vente de Kokaï et de Chevignon, toujours dans l’attente d’un repreneur, fermeture d’une centaine de magasins La Halle aux chaussures, de 55 magasins André, etc.C’est donc 1 850 emplois qui avaient été perdus en 2015. En janvier 2017, lors d’un comité central d’entreprise, le groupe décide de se séparer de la marque de Chaussures André, tout comme de Naf-Naf, de supprimer 700 emplois à La Halle aux chaussures, pour un total de pertes d’emplois qui dépasse les 1 500.
2441287617Mais si Vivarte n’a pas su faire face à le concurrence, c’est parce que le groupe est écrasé par une dette colossale – 1,3 milliards d’euros – qui l’empêche d’investir. Les syndicats ont ainsi calculé que, au cours des dernières années, 1,9 milliard d’euros ont été captés par le remboursement de la dette, tandis que seulement 1,2 milliard d’euros étaient consacrés aux investissements. La faute à une opération de leveraged buy-out, ou LBO, c’est-à-dire au rachat de l’entreprise par endettement en faisant supporter plus de 2 milliards de dette aux comptes du groupe. Or les quatre fonds américains actionnaires veulent à présent vendre un maximum de magasins au plus vite afin de se rembourser. Ils ont ainsi débarqué le PDG précédent, Stéphane Maquaire, en octobre dernier, après seulement cinq mois à la tête du groupe, pour le remplacer par Patrick Puy, qui a un joli pédigrée de sabreur d’effectifs : 4 000 emplois en moins chez Moulinex, 400 suppressions d’emplois chez le fabricant de vaisselle Arc International, ect. Dans une vidéo postée par la CFTC de Vivarte, on voit Patrick Puy y expliquer que le manager de crise doit « être une espèce de mule » qui « accepte de faire des chose spas normales, pas morales, pas justes« , sans même « penser au développement de l’entreprise« . Ambiance…
Et pourtant, on ne peut pas dire que l’État n’a rien fait. Selon les syndicats, Vivarte aurait perçu 14 millions d’euros au titre du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) et 30 millions au moyen des allégements de charges sociales sur les bas salaires. La preuve que tous ces mécanismes de baisse de charges sans aucun contrepartie demandée aux entreprises (encore moins aux intouchables actionnaires…) ne fonctionnent pas. L’État pourrait faire plus, en exerçant une pression sur les banques pour qu’elles prêtent au groupe, ou même en prenant directement une participation. Mais, bizarrement, il ne semble pas bouger pour l’instant. Est-ce parce que 80 % des salariés sont des femmes, relativement peu qualifiées, et employées à temps partiel pour deux tiers d’entre elles ?
Grève à La Halle
En tout cas, leur sort mobilise moins que celui de leurs 400 collègues masculins ouvriers qualifiés d’Alsthom, pour lesquels François hollande et Manuel Valls avaient immédiatement commandé pour 700 millions de trains inutiles. Ainsi, l’État pourrait venir au secours des syndicats, qui ont d’ores et déjà formulé des propositions précises (rénovation des magasins, fermeture des magasins les moins rentables, investissements massifs dans le e-commerce), et ainsi aide ces milliers de femmes à bas salaires que les politiques économiques ont trop tendance à oublier.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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