En Grèce, l’austérité n’en finit plus d’asphyxier l’économie

Tant que la question de la dette ne sera pas résolue, le pays aura de grandes difficultés à redémarrer.

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manifestation contre l’austérité
LE MONDE ECONOMIE | 13.02.2017  | Par Marina Rafenberg (Athènes, intérim)
« J’ai réalisé en 2016 mon pire chiffre d’affaires depuis trente ans. Chaque mois, je paie 520 euros de loyer, 200 euros pour l’électricité et l’eau, une centaine d’euros pour les charges… à l’arrivée je ne réalise aucun bénéfice. Si 2017 est aussi catastrophique, je devrai mettre la clé sous la porte », raconte Katerina Grapsa, qui tient un magasin de décoration au centre d’Athènes. L’an dernier, son chiffre d’affaires a chuté de 15 %, après un plongeon de 20 % en 2015. « Les Grecs ne consomment plus. Ils se contentent de survivre et n’achètent rien qui leur paraît superflu », commente Katerina.
Après le passage de la TVA de 19 % à 24 %, la revalorisation de l’impôt foncier, l’augmentation des cotisations sociales, la baisse des retraites, le Parlement grec a voté de nouvelles hausses de taxes sur l’essence et le tabac en janvier et créé un impôt sur la téléphonie, qui s’ajoute à la TVA. « Ils ne savent plus quoi inventer pour nous pomper nos économies ! soupire la quinquagénaire. Je ne vois pas de lumière au bout du tunnel : chaque année, nous avons droit à de nouveaux impôts. »
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D’après le registre commercial grec, sur les neuf premiers mois de 2016, 21 654 entreprises ont été créées mais 24 330 ont tiré le rideau. D’autres entrepreneurs choisissent de s’expatrier en Bulgarie. « Les salaires ont tellement baissé en Grèce que ce n’est pas pour trouver une main-d’œuvre moins chère que je vais délocaliser, mais pour des questions de fiscalité », soutient Nikolaos Giannopoulos, le créateur de My Vitaminbar, une société fabriquant des réfrigérateurs et des bars à jus de fruits qui emploie une douzaine de personnes à Athènes.
Pourtant, la situation économique s’est légèrement améliorée ces derniers mois. Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,8 % entre juillet et septembre 2016 par rapport au trimestre précédent. Le taux de chômage, même s’il reste très élevé, est passé de 24,5 % en novembre 2015 à 23 % un an après. Et si, pour l’ensemble de l’année 2016, la Commission européenne s’attend à une contraction de l’économie limitée à 0,3 % – les chiffres seront connus mardi 14 février –, elle table sur une croissance de 2,7 % en 2017 puis de 3,1 % en 2018.
« Un quart du PIB détruit »
Comment expliquer ces relatifs progrès en 2016 ? « La baisse des prix de l’énergie a soutenu le pouvoir d’achat des ménages. Les exportations et le tourisme ont bénéficié de la dépréciation de l’euro et du contexte sécuritaire dégradé au Maghreb », note Jésus Castillo, économiste chez Natixis, spécialiste de l’Europe du Sud, avant de relativiser : « En huit ans, un quart du PIB de la Grèce a déjà été détruit. »
Surtout, ces statistiques ne sont pas synonymes d’amélioration du quotidien pour les Grecs. « Dans le troisième plan d’aide à la Grèce, signé le 13 juillet 2015 entre le gouvernement d’Alexis Tsipras et les créanciers, l’accent a été mis sur la hausse de l’imposition. Le PIB va augmenter en 2017 grâce aux investissements publics financés par les fonds européens de cohésion et en partie grâce aux exportations. Mais les revenus des Grecs vont continuer de diminuer en raison de cette fiscalité accrue », estime Panagiotis Petrakis, professeur d’économie à l’université d’Athènes.
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Dimitris Papadopoulos, 68 ans, retraité du BTP, a déjà perdu 30 % de sa pension depuis 2010. « Avec ma retraite de 840 euros, je dois payer l’impôt foncier, les factures, aider mon fils qui est au chômage… Déjà, j’économise sur le chauffage et je ne prends plus ma voiture. Si le gouvernement décide à nouveau de réduire les retraites, je ne sais pas comment je m’en sortirai, explique-t-il, inquiet. Et encore, je ne suis pas le plus malheureux, j’ai des amis qui se sont vu confisquer leur maison, incapables de rembourser le prêt de la banque. »
Jusqu’à récemment, les retraités ne touchant qu’une petite pension bénéficiaient de l’allocation EKAS, une aide mensuelle de l’Etat d’environ 200 euros. Mais en mai, le gouvernement a voté en faveur d’une loi qui entend suspendre progressivement ce dispositif d’ici à 2019. Egalement adoptée en mai, la réforme des retraites prévoit de retarder l’âge du départ à la retraite à 67 ans, d’appliquer une forte décote pour les personnes s’arrêtant avant et d’augmenter les cotisations pour les professions libérales, les indépendants et les autoentrepreneurs.
« Obsédé par les remboursements »
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Marina Rafenberg (Athènes, intérim)

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Note :  images de cette grande pauvreté

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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