Vers une nécessaire révolution… démocratique

Association pour une  constituante –  5 février 2017 – par  Pascal Geiger
Électeurs en colère ou au mieux désabusés, classe politique centrée sur ses propres intérêts, notre système politique se meurt. Force est de constater que la République Française n’est plus une république laïque. Ce n’est pas tant la poussée des communautarismes qui sapent, depuis quelques décennies déjà, les fondements de la laïcité, mais bien l’obstination des gouvernements successifs à poser l’économie comme idéal politique.
Le modèle français de démocratie et ses arrangements dévissent, entrainant inexorablement un décrochage citoyen à l’égard du politique. Ce désenchantement du peuple se développe non seulement au gré des consultations électorales (5) – se manifestant par une volatilité récurrente, des votes protestataires, une abstention galopante – mais qui aussi s’exprime durablement au quotidien : émergence de mouvements populaires défiant le pouvoir politique (cf. les Indignés, Nuit Debout, manifestations spontanées des représentants de l’ordre à l’insu de leurs représentants syndicaux et ce à l’encontre des statuts qui les régissent, …).
866164-prodlibe-manif-loi-travail-nuitdeboutLa démocratie se présente, aujourd’hui, comme la promotion de l’économie de marché au nom de la liberté de l’individu et de l’efficacité économique. Une vision déifiée de la destinée de l’Homme, portée par une minorité de personnes qui prétendent déterminer les fondements de leur cité idéale, celle qui impose aux citoyens les règles de vie auxquelles ils devront se soumettre.
Notre régime politique s’est mû, depuis quelques années déjà, en théocratie (gouvernement où le titulaire de la souveraineté est considéré comme divin). Or, la démocratie n’est pas la traduction d’une cité idéale, mais celle d’une cité en harmonie avec ses membres. Elle se construit à partir de l’engagement des citoyens à élaborer les règles qui organisent la cité au regard de la vie qu’ils entendent mener.
Notre système politique agonise. Une révolution démocratique s’impose.
Une démarche politique d’auto-détermination collective qui se pose comme le dernier rempart contre le repli identitaire et l’appel des extrêmes auxquels les décisions économico-politiques poussent les peuples. Il nous faut d’urgence repenser les valeurs et les pratiques de notre système politique, réinventer d’autres mécanismes délégataires.
La mise en place d’un processus constituant reste la seule voie pacifique capable de redonner au peuple son premier bien collectif : celui d’agir en commun. Un processus constituant qui se structure autour de deux étapes principales.
La première étape consiste à libérer les initiatives citoyennes en invitant les citoyens à se réunir et à débattre de sujets qui structurent leur quotidien ou qui engagent leur avenir. Plus largement à débattre de l’intérêt général. Ces discussions, vecteurs même de la démocratie, ont pour but d’élaborer des propositions citoyennes qui seront inscrites dans des cahiers d’exigences et présentées à leurs élus. A ce titre, l’association « Pour une Constituante (1)» peut accompagner les personnes désireuses de s’engager dans une telle démarche.
La démocratie se reconstruit par la base. C’est la condition première pour recréer les liens avec le peuple dont elle émane. L’échelon communal est pertinent pour entamer cette reconstruction. C’est la seconde étape. Elle invite les citoyens à former librement les comités locaux, et se rapprocher des municipalités (cf. les communes citoyennes (2)). Ces « assemblées communales », au même titre que leurs ancêtres révolutionnaires sont ouvertes à tous citoyens et peuvent se charger non seulement des questions locales, mais aussi des questions nationales.
Un Comité Local ainsi créé peut faire l’objet d’une reconnaissance en tant que tel par une délibération qui définit son espace en tant que comité consultatif (3). Citoyens et élus siègent alors en toute égalité les uns et les autres dans les comités locaux. Ce processus a pour but ultime de favoriser l’élection d’une Assemblée Constituante, dont la mission est la rédaction d’un projet de constitution tenant compte des cahiers d’exigences. Ce projet est soumis ensuite par référendum à l’avis du peuple.
Seul mécanisme qui permet de rompre avec les arrangements politiques actuels, l’Assemblée Constituante a pour unique objet de mettre le peuple au centre et au fondement de la vie politique, de lui permettre de définir les modalités d’exercice de sa pleine souveraineté. Mais, prôner la convocation d’une AC n’est malheureusement pas performatif. Les responsables politiques sont attachés à leurs prérogatives comme les berniques sur leur rocher. Ils se méfient d’une trop grande implication des citoyens dans la chose publique.
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C’est pourquoi deux autres démarches complémentaires restent indispensables.
La première est de dénoncer systématiquement les largesses (la corruption ou les abus) prises par certains élus ou dirigeants politiques dans l’exercice de leurs mandats. Il s’agit, par-là, de souligner leur manque d’éthique et par conséquent l’irrespect du vote citoyen par lequel ils ont été élus. Anticor ou Transparency sont, à ce titre, des bonnes organisations relais (4). Enfin, passer d’une démocratie de la délégation à une démocratie de l’action nécessite non seulement un engagement de tous les citoyens mais également une mise en synergie de tous les acteurs, de quelque nature juridique qu’ils soient, qui militent pour une république soucieuse de mettre les citoyens au cœur de la démocratie.
Cette seconde démarche complémentaire, plus ambitieuse, impose un changement de paradigme : celui d’accepter que les visions théoriques des uns ne s’opposent pas aux convictions pragmatiques des autres. Toutes ces approches portent en elles les graines de la révolution démocratique.
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 L’indice de démocratie est créé en 2006 par The Economist Group. Il prétend évaluer le niveau de démocratie de 167 pays dont 166 sont des États souverains et 165 sont membres des Nations Unies. Cette étude a été publiée pour la première fois en 2006 puis actualisée en 2008, 2010, 2011 2012, 2014 et 2015.
Le calcul est basé sur 60 critères regroupés en cinq catégories : le processus électoral et le pluralisme, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique et la culture politique. La notation se fait selon une échelle allant de 0 à 10 et à partir de cette note les pays sont classifiés selon quatre régimes : démocratique, démocratique imparfait, hybride ou autoritaire. Cet indice caractérise 4 différents types de régime : Les démocraties sont les pays qui ont un indice entre 8 et 10 ; Les démocraties imparfaites sont les pays qui ont un indice entre 6 et 8 ; Les régimes hybrides sont les pays qui ont un indice entre 4 et 6 ; Les régimes autoritaires sont les pays qui ont un indice inférieur à 4.
(5) Cf. Le référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen (TCE) rejeté à 55% par les électeurs français et repris, à peine modifié, par le traité de Lisbonne en 2007 et adopté par 96% par les parlementaires français.
Sondage exclusif IFOP pour Atlantico de novembre 2015 : 67% des Français estiment qu’il faudrait que la direction du pays soit confiée à des experts non élus qui réaliseraient les réformes nécessaires mais impopulaires, et 40% seraient favorables à l’arrivée d’un pouvoir politique autoritaire.
(1) http://www.pouruneconstituante.fr/
(2) http://www.communes-citoyennes.fr/
(3) tel que prévu par le Code Général des Collectivités Territoriales dans son article L 2143-2
(4) https://transparency-france.org/, http://www.anticor.org/

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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