Transport maritime : la mer c’est dégueulasse, les bateaux pissent dedans

Siné Mensuel – février 2017 – Maxime Carsel –
Oui, l’automobile pollue et il faut lutter contre le tout voiture. Mais pourquoi les politiques ne s’attaquent-ils pas aussi au plus gros pollueur, le transport maritime ?
La vague de pollution en provenance des mines de charbon allemandes qui nous a plombé notre mois de décembre est encore dans tous les esprits et dans les poumons. Si vous croyez y avoir échappé en vous réfugient près de la mer, c’est raté. Le trafic maritime, loin des regards et grand oublié des débats environnementaux, génère une pollution astronomique. Car 90 % des choses produites par les humains transitent via 60 000 navires à travers les mers du globe. pourtant, ce moyen de transport se tient hors de conventions internationales sur l’environnement. 
Commençons par les chiffres. Ils donnent le tournis. Le poids transporté dans les mers et les océans chaque année était de 2,5 milliards de tonnes en 1970. En 2010, il a grimpé à 8,4 milliards de tonnes, soit près de 15 millions d’Airbus A380. Même s’il y a un lien avec l’explosion démographique, cette augmentation dépasse largement les estimations. L’un des plus grands navires, le MSC Diana, sous pavillon libérien, mesure  400 mètres de long, l’équivalent de 4 terrains de foot. A lui seul il est capable de porter 800 millions de bananes, le tout déchargé en 24 heures.
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Toutes ces machines flottantes ne fonctionneraient pas sans le fioul lourd. La fameux, l’impitoyable que l’on voit se répandre dans la mer ou sur le sable lors de marées noires. Depuis soixante ans, ce fioul a contribué à l’essor des cargos géants et à la croissance exponentielle du commerce international. Les plus gros en brûlent entre 130 et 300 tonnes par jour. Résidu issu d’une double distillation à forte température, il contient un taux de soufre 3 000 supérieur à l’essence des automobiles. Ce SO2 affecte les système respiratoire, le fonctionnement des poumons et provoque des irritations oculaires. Les bateaux de croisière utilisent le même fioul. A quai, ils laissent les moteurs allumés pour maintenir les services d’usage pour les touristes, si bien qu’ils polluent en une nuit l’équivalent d’un million de voitures. Selon l’ONG Transport and Environment, 60 000 morts en Europe sont imputables à cette pollution maritime pour un coût de 58 milliards d’euros. Des mesures simples permettraient de la réduire de 80 à 90 %, comme se brancher à quai, mais cela demande des investissements trop lourds à supporter par les ports. Autre solution : installer des filtres à particules comme sur les pots d’échappement. Vous avez bien lu, les bateaux ne possèdent aucun système de filtration ! 
L’organisation international maritime a mis en place le programme Marpol pour contrôler dans certaines zones la teneur en soufre des bateaux. Ainsi dans la mer du Nord, les contrôlent existent, mais il faudra attendre 2025 pour la Méditerranée.
La COP21 part en fumée
Mais ce n’est pas tout : ce fioul n’est pas taxé, grâce aux pavillons de complaisance des bateaux, domiciliés la plupart du temps dans les paradis fiscaux. Et comme si on n’en avait pas assez, le commerce maritime passe à travers les conventions internationales comme la COP21. « Les quatre lignes qui concernaient le transport maritime ont sauté peu avant l’accord final L’Organisation maritime internationale n’accepte pas que d’autres décident pour elle et à promis de gérer elle-même ces problèmes de pollution« , nous confie Antidia Citore, responsable lobbying et campagne à l’ONG européenne de protection des océans, Surfrider.
Et ce n’est pas près de s’arrêter. En vingt ans, l’Ifremer estime que le trafic maritime est monté en flèche de 300 % dans l’océan Indien. Dans l’Atlantique Nord, le Pacifique et la Méditerranée, c’est entre 100 et 200 % d’augmentation.

Outre les collisions fréquentes, le bruit des hélices est aussi une source de problèmes récurrents pour la faune aquatique. Cette pollution sonore qui se situe dans les basses fréquences est la même que celle des baleines. Les chercheurs ont réussi à déceler chez elles un stress chronique. Or, avec l’explosion de l’activité humaine, le bruit de fond global ne cesse d’augmenter d’année en année. Pour la petite histoire, ce stress chez les mammifères marins a pu être décelé le 11 septembre 20o1 lors que les bateaux du monde entier se sont quasiment tous arrêtés. Les scientifiques ont noté une baisse de 6 décibels du bruit de fond global et un comportement différent des baleines.
En attendant, la fonte des glaces de l’Arctique ouvre de nouvelles routes.Les tour-opérateurs de croisières et le trafic maritime se frottent les mains. En août dernier, la première croisière du genre a démarré à Anchorage pour rejoindre New York. Des touristes admirant la destruction d’un écosystème sur un monstre flottant qui a concouru à cette même destruction. C’est le serpent qui se mord la queue, mais avec un plaisir cynique.
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