Alors, notre monnaie Euro ou pas Euro ?

La Décroissance – mars 2017 – Dominique Lachosme –
Euro ou pas Euro ? Encore un des ces maudits sujets sur lesquels tous ne s’accordent pas. Prenons de la hauteur et sortons du fétichisme de la monnaie : il ne suffit pas de payer son pain quotidien avec une monnaie locale ou nationale pour qu’un peuple devienne soudainement souverain.
Comment est fixée la valeur internationale d’une monnaie ? Dans un régime capitaliste, celle-ci dépend de la productivité du travail sur le territoire considéré. Si une heure de travail marchand dans le pays A produit deux fois plus de marchandises qu’une heure de travail dans le pays B, sa monnaie sera grosso modo deux fois plus forte. Pourquoi ? Parce qu’après avoir travaillé une heure (ou s’être approprié la valeur économique produite par autrui s’il n’a rien foutu), un habitant de A pourra acheter deux fois plus de marchandises lorsqu’il se rendra dans le pays B. Pour qu’un territoire dispose d’une même monnaie, il faut donc que la productivité de travail soit à peu près uniforme ou  que des transferts d’argent, via l’impôt en compensent les différences. C’est le cas pour toutes les monnaies nationales issues d’une histoire commune. 
200px-1_euro_pileL’euro pose, lui, un gros problème. Les divergences économiques entre les territoires qui composent la zone monétaire européenne sont considérables et aucun « rattrapage » n’est à attendre dans la crise capitaliste contemporaine. Il n’aurait donc jamais fallu que la Grèce, par exemple, se dote de la même monnaie que l’Allemagne, la France ou la Belgique. D’un point de vue capitalistique, l’économie grecque est en effet bien moins rentable que ces dernières. Non parce que les Grecs seraient des fainéants,  mais parce que leur pays n’a pas connu la même histoire industrielle (en conséquence, milieux naturels et paysannerie étaient beaucoup moins détruits qu’ailleurs…). pourtant, pour des raisons idéologique, la Grèce en entrée dans la zone Euro. Avec comme conséquence une folle croissance de ses dettes publiques et privées puisque les marchandises grecques, trop chères, ne trouvaient pas preneur sur les marchés.  Dans ce contexte, les terribles politiques dites « d’austérité » ont pour seul objectif de faire baisser les salaires grecs de façon à restaurer dans la douleur la compétitivité capitaliste du pays.  ob_820dfc_dessin-chaunu-jpg
Que se serait-il passé si le gouvernement Syriza d’Alexis Tsipras avait suivi les conseil de l’économiste « hétérodoxe » James Galbraith qui le pressait de revenir à une monnaie nationale ? La réponse est extrêmement simple : la même chose en pire ! La valeur de la nouvelle monnaie nationale aurait plongé sur le marché des monnaies (et un contrôle étatique des changes n’y aurait rien changé), révélant violemment la faible compétitivité capitalistique de l’économie grecque par rapport au reste de la zone euro. Les grecs auraient alors connu une inflation formidable; les prix des marchandises importées, certaines vitales (comme les médicaments), auraient grimpé en flèche. Pour vivre, ils auraient alors dû compter sur leurs propres ressources, façon Cuba sous embargo américain. On peut douter que le régime démocratique aurait survécu à une telle « décroissance forcée » qui n’aurait pas été préparée, débattue politiquement. Car cette réalité n’était absolument pas assumée par nombre des partisans du « Grexit », lesquels au contraire expliquaient que la sortie de l’euro relancerait l’économie grâce aux nouvelles marges de manœuvre qu’elle autoriserait ! Grossier mensonge ! 
Souveraine croissance !
Dans des proportions certes bien moindres, il en irait de même pour l’économie française. Ce sont les souverainistes les plus sérieux et honnêtes qui le disent. Deux ans après la sortie de l’Euro, les prix pourraient avoir augmenté de 20 %. Soit grosso modo une chute des revenus dans les mêmes proportions. Figurez-vous que c’est le but de la manœuvre ! Car au-delà des numéros de bateleurs de foire sur la souveraineté de la nation, le « retour de la France » et la mânes du général de Gaulle, ce que cherchent les souverainistes, c’est faire chuter les salaires, le coût du travail pour l’employeur. Alors les prix des marchandises produites en France baisseraient relativement à ceux des marchandises importées. Notre économie retrouverait ainsi de la compétitivité face à ses concurrentes. Comme il est politiquement difficile de baisser effectivement de 20 % les salaires (directs et cotisations sociales), c’est l’inflation qui s’en chargerai. Il ne serait donc pas question de compenser la hausse des prix par une hausse des salaires ou des minima sociaux puisque les bénéfices attendus de l’opération monétaire s’en trouveraient annulés. une fois passé ce très mauvais moment, notre économie connaîtrait une forte croissance économique, des emplois par millions et des investissements par milliards (favorables à la transition énergétique, jurent la main sur le cœur les souverainistes-plus-écologistes-que-moi-tu-meurs) puique, grâce à la restauration des profits, il deviendrait rentable pour les capitalistes d’investir.
escroquerie-crise-economie-banques-gouvernementAu fond, une sortie de l’euro ne vise rien d’autre que la relance de la croissance économique par la baisse des salaires grâce à l’inflation. Certes, de nombreux souverainistes de gauche ont en tête autre chose mais la réalité aurait tôt fait de les faire déchanter. Les parts de marché que notre économie gagnerait, nous les piquerions aux autres nations restées dans l’Euro (on peut alors se demander pour combien de temps…)  Revenir à une monnaie nationale, c’est souder les capitalistes et les salariés hexagonaux dans l’affrontement économique. Car je n’ai jamais entendu un souverainiste critiquer le marché de l’emploi,la propriété capitaliste des entreprises ou la croissance économique…Le retour aux monnaies nationales c’est, quoi qu’on en dise, le retour au nationalisme.
Sobriété d’abord !
81939_veme-republique-franc-semeuse-1972-925-reversDans ces conditions, chers amis, la question interne au régime capitaliste, de savoir s’il faut « sortir ou non de l’euro », je vous la laisse ! Si une société s’avançait sur le chemin de la sobriété écologique, organisait une reprise en main de l’outil de production pour décroître économiquement, en assumait toutes les conséquences, dont certaines ne seraient pas forcément « heureuses », alors seulement, avec un angle de vue tout à fait neuf, la question monétaire se poserait plus naturellement. Et inévitablement, l’affrontement avec les autorités monétaires, la finance européenne c’est-à-dire français, allemande, espagnole, etc. ! Appelons cela une situation révolutionnaire. Nous en sommes encore loin.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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