Commerce transatlantique : ma galère au Canada

Le Canard Enchaîné – 22/02/2017 – Jean-Luc Porquet- 
Le Canada, ce n’est pas la porte à côté. Plus de 5 000 km. Plus de sept heures en avion, plus de huit jours en cargo. Beaucoup de pétrole pour aller entre ici à la-bas. Un simple détail, non ?
La preuve : les signataires du Ceta sont très contents. Après pas moins de treize années de négociations, les eurodéputés l’ont ratifié, mercredi 15, à une large majorité. Promis : cet accord historique entre l’Europe et le Canada va doper nos échanges commerciaux. l’Europe absorbe aujourd’hui 8 % des exportations du Canada, dont le principal client est, on s’en doute, son voisin états-unien (à 75 %). Mais le Canada vaut exporter plus, beaucoup plus, et notamment ses fameuses spécialités : ses gaz de schiste extraits à grand renfort de pollution des sables bitumineux, son blé, ses machines, son textile, douze fois plus de bagnoles, onze fois plus de bœufs et treize fois plus de cochons produits dans ses fermes-usines, etc. L’Europe, c’est 500 millions de consommateurs : un rêve !
arton946-59668L’Europe, de son côté, veut exporter là-bas des cosmétiques, du roquefort, des médicaments, des machines agricoles, des services bancaires, etc. Promis : en abaissant les droits de douane, le nouvel accord va nous permettre de leur fourguer 25 % de marchandises en plus ! Plus on libre-échange, plus on s’enrichit, non ? Halte au protectionnisme, vive le partenariat ! Et que règne la prospérité générale !  Mais voilà: des emmerdeurs continuent de s’opposer au Ceta. Les écolos. Les communistes, Les mélenchonnistes. La moitié des socialistes. L’extrême droite cocardière. Et même Macron, pour qui le Ceta est le « dernier traité d’un vieux monde vieillissant« . Ils n’ont pas dit leur dernier mot : si le Ceta entre en vigueur ce 1er mars, c’est de manière provisoire, car il doit encore être ratifié par les 38 parlements nationaux et et régionaux concernés en Europe. La Wallonie n’a-t-elle pas déjà bloqué le processus à elle seule, cet automne, pendant une quinzaine de jours ? Ça va durer des mois, des années, promettent-ils.
viande_aux_hormonesLeurs arguments ? Tout comme l’était le Tafta avec les États-Unis (apparemment mort-né), le Ceta est avant tout un instrument qui paraît taillé sur mesure pour les multinationales. Il va servir de cheval de Troie aux 40 000 entreprises américaines qui ont des filiales au Canada. Il s’attaquera aux services publics comme ceux de l’eau ou de la santé. Les tribunaux d’arbitrage privés leur permettront de poursuivre les États sous prétexte que les normes sanitaires, sociales ou environnementales plus exigeantes du marché européen interdisent l’accès  à leur produits. Certes, le bœuf aux hormones, le poulet au chlore et les OGM canadiens resteront interdits en Europe, mais leurs lobbys n’ont pas renoncé à forcer le barrage. Deux économistes américains ont calculé que le Ceta détruirait 200 000 emplois en Europe. Bref, pour la liste complète des critiques, voir les travaux du collectif Stop Tafta-Ceta
Une chose est sûre, en tout cas : on voit mal comment faire venir ici des cargos pleins de bœufs et de cochons canadiens  pourrait « constituer un levier pour dynamiser la lutte contre le changement climatique« , comme l’affirme l’impayable Ségolène…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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