Banlieues : au-delà de la tension police-jeunes

Ouest-France – 07/03/2017 – Jean-Marie Petitclerc (1) –

Jean-Marie Petitclerc, prêtre salésien, éducateur spécialisé auprès de jeunes des quartiers sensibles, polytechnicien et écrivain.

Jean-Marie Petitclerc, prêtre salésien, éducateur spécialisé auprès de jeunes des quartiers sensibles, polytechnicien et écrivain. | Daniel Fouray

Après la scandaleuse arrestation de Théo, on a vu réapparaître ces images d’affrontement entre jeunes et policiers. Voitures incendiées, vitrines brisées, cocktails Molotov, grenades lacrymogènes…
Mais ce malaise de la relation entre des jeunes de banlieue et la police ne date pas d’hier. Celle-ci, soutenue ailleurs par les habitants qui voient en elle une force de protection, est vécue dans ces quartiers comme une force de contrôle, qui harcèle et humilie.

Le malaise est profond et ce ne sont pas les incantations de certains politiques sur le retour de la police de proximité qui pourront s’avérer efficaces. Restaurer la confiance entre jeunes et policiers risque de s’avérer long et difficile, car la dégradation de ces relations doit s’interpréter comme le signe de la ghettoïsation de ces quartiers.
Une question se pose : après tant de milliards dépensés depuis trente ans dans le cadre de la politique de la ville, pourquoi ne décèle-t-on aucune amélioration sensible ? Les indicateurs (taux d’échec scolaire, chômage des jeunes…) y sont toujours au rouge. Pourquoi ? À cause de deux grandes erreurs.
Tout d’abord, on a longtemps cru que le problème de ces quartiers était d’ordre architectural et urbanistique. Alors, on a dépensé des dizaines de milliards d’euros dans de gigantesques opérations de réhabilitation et de réaménagement. Elles ont, certes, amélioré les conditions de vie quotidienne des habitants, mais n’ont pas transformé radicalement leur situation.

Mieux vaut un bus qu’une mairie annexe

En janvier 2015, le Premier ministre d’alors s’est écrié : « Le véritable problème est celui du peuplement. » La concentration d’une population, précarisée sur le plan économique et majoritairement issue de l’immigration, est génératrice de difficultés dans le vivre-ensemble.
S’est ajouté un deuxième facteur : le zonage de la politique de la ville. On a financé – et notre pays n’a pas à rougir de la hauteur des moyens affectés – des actions menées pour les jeunes des quartiers (écoles en ZEP, équipements de proximité, animations…) et une telle politique n’a pas réussi à enrayer le phénomène de ghettoïsation. Les jeunes baignent, depuis leur enfance, dans une culture du quartier, dont les codes s’éloignent des codes républicains.
J’aime dire à un maire aujourd’hui : mieux vaut une ligne de transport directe entre le quartier et la mairie centrale, plutôt que la construction d’une mairie annexe. Car, dans ce dernier cas, même lorsque les habitants se rendent à la mairie, ils ne rencontrent que des gens du quartier !
C’est pourtant la politique qui a prévalu ces dernières années : pour que les quartiers sensibles ressemblent à un morceau de ville, on a implanté tous les équipements à l’intérieur : écoles, MJC, services sociaux et municipaux. Cette politique, au lieu d’enrayer la ghettoïsation, l’a renforcée.
Il est urgent de refonder la politique de la ville sur l’apprentissage de la mobilité et de la mixité sociale : financer des activités à l’extérieur quand elles sont ouvertes aux gens du quartier et des activités dans le quartier quand elles sont ouvertes aux gens de l’extérieur. Il faudrait remodeler la carte scolaire et s’interdire de scolariser tous les enfants dans leur quartier, afin que l’école redevienne le lieu de l’apprentissage républicain du vivre-ensemble.
On le voit : le sujet est plus large que la tension police-jeunes. Malheureusement, le vrai débat sur la refondation de la politique de la ville semble absent de l’actuelle campagne présidentielle.

(1) Jean-Marie Petitclerc, prêtre salésien, éducateur spécialisé auprès de jeunes des quartiers sensibles, polytechnicien et écrivain.

 

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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