La Turquie et l’Allemagne en pleine guerre de mots

Le Monde 07/03/207

 Devant ses partisans, dimanche à Istanbul, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’en est pris à l’Allemagne, assimilant à des « pratiques nazies » l’interdiction de certains rassemblements de soutien au oui au référendum constitutionnel turc du 16 avril qui vise à élargir ses pouvoirs. MURAT CETIN MUHURDAR / AFP
Entre Ankara et Berlin, les échanges policés ont cédé le pas aux saillies brutales. Ainsi, lors d’un rassemblement organisé dimanche à Istanbul, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a fustigé la décision prise par plusieurs villes allemandes d’annuler des réunions visant à promouvoir le oui au référendum prévu le 16 avril.
A ses yeux, ce choix rappelle les « pratiques nazies », des mots cinglants qui ont aussitôt fait réagir le ministre de la justice allemand, Heiko Maas, lequel a dénoncé des propos « absurdes, honteux et excessifs ». De son côté, Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel, a appelé lundi la Turquie à « garder la tête froide », qualifiant les accusations lancées de « déplacées ».
La consultation populaire d’avril vise à entériner une nouvelle constitution, qui transformerait le système parlementaire turc en régime présidentiel, donnant ipso facto à M. Erdogan des pouvoirs encore plus larges. Or près de 1,4 million de ressortissants turcs vivent outre-Rhin, ce qui représente un vivier électoral non négligeable. IB Times
Pour Mark Lowen, correspondant de la BBC en Turquie, cette algarade diplomatique entre les deux pays – alliés au sein de l’OTAN et partenaires commerciaux – représente un nouveau nadir dans les relations bilatérales.
Afin d’apaiser les tensions et de trouver une sortie de crise honorable, une réunion est prévue mercredi entre les ministres des affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu et Sigmar Gabriel. Ce dernier a toutefois prévenu que cela n’empêcherait pas Berlin d’exprimer des critiques dès lors que la situation le justifie. Hürriyet
D’après un sondage publié par le quotidien populaire Bild, 81 % des Allemands estiment que leur gouvernement s’est montré trop accommodant avec Ankara. De fait, depuis qu’un accord a été signé en mars 2016 par l’UE et la Turquie, aux termes duquel celle-ci s’engage à empêcher les migrants de pénétrer en Europe à partir de son territoire, Berlin ménage son partenaire.
La réciproque n’est pas vraie, mais cette stratégie est risquée, jugent Annett Meiritz et Maximilian Popp, du Spiegel. En effet, les tirades acerbes de M. Erdogan pourraient certes lui attirer des voix conservatrices et nationalistes. Mais son pays, il le sait, est économiquement dépendant de l’Allemagne. Un constat partagé par Ulf Poschardt, de Die Welt, pour qui le maintien du dialogue n’en est que plus essentiel.

A propos kozett

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