Sens commun, ce lobby ultra-conservateur qui infiltre la droite

Le Parisien – 27/02/2017 – Valérie Hacot –
Depuis deux ans, la Manif pour tous n’a pas baissé les bras. (LP/Arnaud Journois.)
Peu nombreux mais très organisés, les militants du groupe Sens commun, issus de la Manif pour tous, veulent peser sur la présidentielle.
Il a des similitudes troublantes. Comme leurs homonymes américains, les Républicains version made in France ont aussi leur Tea Party, du nom de cette formation ultra-conservatrice qui a tissé sa toile au sein du Grand Old Party outre- atlantique, avec pour figure de proue Sarah Palin. Intégré en novembre 2013 au sein du parti de Nicolas Sarkozy, le petit mouvement Sens commun, issu de la Manif pour tous, du groupe des Veilleurs et d’autres militants hostiles à la loi Taubira, est déterminé à diffuser ses idées très conservatrices (de l’abrogation de la loi sur le mariage pour tous à sa franche hostilité à l’avortement). Avec un objectif très clair pour l’année 2016 : « peser sur la primaire », comme l’assume Sébastien Pilard, ancien cadre de la Manif pour tous aujourd’hui président de Sens commun. Le mouvement prévoit d’organiser avant l’été prochain un grand rassemblement en vue de cette élection interne. Ils ont déjà été reçus par les principaux candidats, à l’exception d’Alain Juppé.

« C’est un groupe de pression qui fait de l’entrisme »
Cette formation poids plume, qui revendique seulement 8 500 adhérents (sur les 238 000 encartés LR), s’est organisée pour se donner les moyens de ses ambitions. Et son mode opératoire en agace plus d’un à droite. « C’est un groupe de pression qui fait de l’entrisme au sein des Républicains ! » s’indigne un élu francilien. Sens commun a en effet réussi à truster six postes clés dans l’organigramme de la direction. Et ce avec le soutien de Sarkozy qui ne désespère pas, malgré son revirement sur la loi Taubira, qu’il ne veut plus abroger, de récupérer l’électorat des opposants au mariage gay. Leur leadeur, Sébastien Pilard, ou leur porte-parole, Madeleine Bazin de Jessey — issue du mouvement des Veilleurs qui restaient statufiés, des heures durant, devant le ministère de la Justice pour protester contre le mariage gay — sont devenus délégués nationaux LR, intégrant ainsi le « gouvernement » du parti. Tout comme Catherine Giner, qui s’est illustrée dans les défilés de la Manif pour tous et par ses positions anti-IVG, à qui l’ancien président a confié début février le dossier de la… famille !
« Leur score s’explique par leur capacité à mobiliser »
Lors des régionales, dix candidats Sens commun ont été élus. Comme Catherine Carmantrand, cofondatrice des Mères veilleuses, nommée présidente de la commission en charge de la famille au conseil régional d’Ile-de-France. Mais leur véritable coup d’éclat remonte aux élections internes des Républicains, fin janvier : 40 candidats Sens commun ont été élus conseillers nationaux du parti. Notamment dans des zones symboliques comme Bordeaux, fief de Juppé. Ils se sont même payé le luxe de récolter 23 % des voix dans les Hauts-de-Seine, face au très sarkozyste Philippe Juvin. « Leur score s’explique par leur capacité à mobiliser. Sur les 13 000 adhérents du département, 1 000 viennent de Sens commun. Ils ont voté comme un seul homme pour leur candidat », souffle Juvin. Qui relativise : « Ils agissent comme le Tea Party aux États-Unis. Ils font passer leur score pour une réussite éclatante, afin de peser plus lourd que ce qu’ils représentent vraiment. » « Ce succès renforce notre poids et notre légitimité au sein du parti », réplique Sébastien Pilard.
Reste que, mis à part le député LR Hervé Mariton, aucun candidat à la primaire ne veut revenir sur la loi Taubira. Certes, Fillon leur a récemment fait un appel du pied en évoquant les questions de filiation (la loi Taubira a ouvert l’adoption aux couples homosexuels). Mais Sens commun a toujours du mal à faire passer son message. Pas de quoi décourager ses militants. Leur prochain objectif : obtenir des députés en 2017.

(de gauche à droite)

Les Veilleurs : ANNE LORNE, secrétaire nationale LR en charge de la petite enfance. MADELEINE BAZIN DE JESSEY, porte-parole de Sens commun, secrétaire nationale LR à l’enseignement.

La Manif pour tous :
CATHERINE GINER, déléguée nationale LR en charge de la famille.
Les Mères veilleuses :SÉBASTIEN PILARD, cofondateur de Sens commun, délégué national LR en charge des entrepreneurs.CAROLINE CARMANTRAND, cofondatrice des Mères veilleuses, élue à la région Ile-de-France.
La Manif pour tous en pince aussi pour Marion Maréchal-Le Pen
Et la Manif pour tous, dans tout ça ? Officiellement, le groupe Sens commun est totalement indépendant de l’organisation traditionaliste dirigée par Ludovine de La Rochère. Mais dans les faits, le lien n’est pas totalement rompu : « On se parle régulièrement au téléphone », confirme Sébastien Pilard. La Manif pour tous a beau juger « très positive » l’intégration de Sens commun dans les Républicains, elle ne met pas tous ses œufs dans le même panier. « Nous nous adressons à un public plus large », assure Ludovine de La Rochère, qui ne décolère pas depuis que Sarkozy est revenu, dans son livre, sur sa promesse d’abroger la loi Taubira. « Debout la France (NDLR : le parti de Nicolas Dupont-Aignan) est sensible à nos arguments. Tout comme le FN. Enfin, plus exactement, Marion Maréchal-Le Pen. » Et d’ajouter : « Si j’étais Nicolas Sarkozy, je l’aurais bien en tête et je ferais bien attention… »
L’empire des Sens commun (Le Canard Enchaîné 08/03/2017)
Les dirigeants de cette association née de l’aile la plus dure de la Manif pour tous, sont désormais installés au centre (si l’on ose dire) de la campagne de Fillon. Du quartier général de campagne dans le XVème arrondissement aux comités de soutien locaux, le candidat de la droite et du centre a imposé des responsables de Sens commun à tous les étages. Ce sont eux qui ont supervisé la manif du Trocadéro. Ce sont encore eux qui, la veille, ont assuré la claque, lors du « meeting de la société civile » (sic) à Aubervilliers. Au premier rang figurait d’ailleurs la porte-parole de l’organisation, Madeleine Bazin de Jessey. Avec en prime à ses côtés, un revenant en la personne de Charles Millon, ex-associé du Front national lors des élections régionales 1998.
Dans chaque comité départemental, Fillon a exigé qu’un responsable local de Sens commun siège avec les parlementaires et les élus du coin.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Politique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.