Présidentielle. Après les primaires, un champ de ruines

Ouest-France  09/03/2017 Jean-François Bouthors

EditorialLe piège des primaires a taillé en pièces le paysage politique français. Pour l’éditeur et écrivain Jean-François Bouthors, elles auront été la plus perverse illusion politique de ces dernières années. Et ont finalement laissé un champ de ruines sur la route de l’élection présidentielle.
On a célébré comme un succès celle du Parti Socialiste en 2012 et celle de la droite et du centre en novembre dernier. Mais que reste-t-il de leurs vainqueurs et des camps politiques qui les avaient organisées ?
François Hollande a renoncé à revenir devant les électeurs : son mandat a été miné par le combat qu’il a dû mener dans son propre camp contre ceux qui s’opposaient à sa politique. Les divergences, qui existaient avant la primaire, en étaient ressorties exacerbées et approfondies. Les « frondeurs » y ont puisé la possibilité d’invoquer en permanence le « peuple de gauche » contre le président.
Conflits de ligne politique
Le parti, qui avait refusé de trancher en interne les conflits de ligne politique avant la primaire, n’a plus été en mesure de les arbitrer ensuite ni d’imposer une discipline politique. La fuite en avant dans la « démocratie directe », à travers une primaire qui n’avait en réalité aucun caractère institutionnel ni instituant, a débouché dans la confusion. C’est la « minorité agissante » qui l’a finalement emporté, contre toute raison politique. Le PS est aujourd’hui représenté par un homme qui le conduit avec détermination vers l’échec et l’éclatement…
À droite, de la même manière, sous les apparences d’une vaste majorité rassemblée derrière le vainqueur, c’est encore le clivage qui a été consacré. Faute d’un choix politique clairement débattu et assumé au sein des Républicains, en concertation avec le centre droit, la réconciliation n’a pas eu lieu entre les courants incarnés par François Fillon et Alain Juppé.
Contre vents et marées
Les ennuis judiciaires du premier ont dévoilé à quel point son volontarisme politique – et pas seulement son caractère personnel – le rend peu apte à prendre en compte les conséquences de la situation dans laquelle il se trouve désormais. La majorité dégagée par la primaire n’était pas, contrairement aux apparences, celle de l’électorat traditionnel de la droite (qui dépasse largement les quatre millions de votants), mais celle de ceux qui entendent imposer leur point de vue contre vents et marées. On les a vus au Trocadéro.
Contre l’évidence du fait qu’ils mènent chacun leur camp à la défaite, Fillon et Hamon se revendiquent, l’un et l’autre, du vote populaire. C’est-à-dire des effets passionnels de la démocratie directe, qui font peu de cas, comme dans les référendums, des questions réelles qui se posent. Ici, les stratégies de communication prennent le pas sur les enjeux de fond. Le « dégagisme » cher à Mélenchon et le ressentiment sont en réalité les maîtres-mots des deux primaires de 2017.
Nous sommes devant un champ de ruines. Les primaires ont laminé l’espace politique, qui avait structuré la vie politique française depuis 1958. Il faut désormais choisir entre la logique émotionnelle du populisme et la reconstruction d’une raison politique qui tempère les passions, pour permettre de discerner, dans l’analyse des réalités objectives, les chemins des réformes dont a besoin notre pays pour retrouver, d’une part, la confiance qui lui manque en ses propres capacités et, de l’autre, à l’intérieur de l’Europe, la place qu’il est en train de perdre, celle d’un moteur du progrès démocratique, face aux défis planétaires qui se dressent devant nous, tant en matière de terrorisme et de géopolitique que d’économie et d’écologie.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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