L’Élysée ou la mort

Charlie Hebdo – 09/03/2017 – l’Édito de Riss –
La presse internationale est unanime : la droite française va exploser. François Fillon ne renonce pas à l’élection présidentielle, et la droite française ne s’en remettra pas. Tous les jours, des leaders des Républicains s’enfuient de l’équipe de François Fillon comme des zébus devant un feu de savane.
Sa mise en examen aurait dû signer son retrait de la présidentielle. C’est l’inverse qui s’est produit. Depuis, il répète comme un jouet mécanique enrayé qu’il ne cédera pas, qu’il ne cédera pas, qu’il ne cédera pas… Fillon devient un mystère pour les politologues, mais aussi pour la science. Notre époque, si prompte à tout psychanalyser à tort et à travers, nous proposera d’ici peu de belles théories sur la personnalité de Fillon, faite d’ombre et de fêlures. Une adolescence tourmentée ? Un fils écrasé par la figure du père ? Des blessures secrètes brutalement rouvertes ? Faut-il aller si loin pour expliquer sa position surréaliste ? Ne serait-il pas tout simplement un peu con ? Dans quelques mois, quand tout sera terminé, une émission de télé nous dévoilera peut-être les secrets de cette affaire, avec les témoignages de ses proches et des confidence révélées la larme à l’œil. L’obstination de Fillon prendra fin d’une manière ou d’une autre, soit pas l’échec, soit par son remplacement, soit par son internement en soins intensifs.
Le spectacle qu’il donne déconcerte tout le monde. Ses adversaires, qui n’ont plus besoin de le contredire puisque la justice s’est chargée de la faire à leur place. Son propre camp, qui voulait sauver le pays mais qui n’arrive pas à se sauver lui-même. Les observateurs étrangers qui pensent que ce pays est toujours l’héritier de la Révolution française et que nos hommes politiques sont les descendants directs de Danton, Robespierre ou Mirabeau. Malheureusement, la noblesse d’âme et d’esprit dont l’homme politique français est supposé être inspiré a cédé la place à la mesquinerie et à la bassesse. Les grandes valeurs universalistes ont été remplacées par les petits calculs pour savoir comment toucher la maximum d’indemnités parlementaires. La France est passée du statut de « patrie des droits de l’homme » à celui d' »épicerie de quartier ». La vulgarité d’esprit de Fillon est aussi celle de la France d’aujourd’hui.
Un citoyen d’un pays d’Afrique francophone m’avouait devant ce spectacle déprimant : « Finalement, vous êtes comme nous. » Comme nous, c’est-à-dire comme ces hommes politiques africains dont le seul sens de l’intérêt général passe trop souvent après les intérêts personnels. La désillusion que la France inspire va bien au-delà de la Sarthe et des sections de militants des Républicains qui se font cracher dessus sur les marchés. A l’étranger aussi, l’image de la France se délite à cause François Fillon.
En 2010, Laurent Gbagbo était battu à l’élection présidentielle de Côte d’Ivoire. Il en contesta les résultats et cela finit Dans le sang. Malgré les partisans de son camp qui tentaient de le raisonner pour lui faire accepter sa défaite, il s’obstina à nier l’évidence jusqu’au bout. Fillon se comporte comme un potentat africain qui ne veut pas quitter le pouvoir, sauf que lui ne l’a même pas encore conquis.
Devant les caméras, un journaliste accroché à son micro laisse entendre avec un œil complice que Fillon serait en train « d’évoluer ». Qu’à des proches, il aurait déclaré « ne pas vouloir faire perdre sa famille politique ». Pourtant, en meeting, il continue de marteler qu’il faut des réformes profondes pour la France, que le pays est à bout de souffle, étouffé par la bureaucratie, écrasé par les taxes inhumaines, terrorisé par les syndicats. A écouter Fillon, on a l’impression qu’il vit en Albanie ou dans une ex-République soviétique. Pourquoi faut-il autant dénigrer son pays pour espérer en obtenir la confiance ? Fillon incarne l’épuisement d’un discours politique construit sur la destruction systématique de ce qui a été fait par tous les gouvernements depuis quarante an.  Il est de bonne guerre de critiquer les sortants. Mais à force de tout piétiner, on entretient un climat malsain de quasi-insurrection. Comme si un candidat n’avait une chance de gagner qu’en portant un projet de rupture et de terre brûlée.
Sous la pluie, au Trocadéro, Fillon a de nouveau déclamé ses prières. Son costume trempé rappelait celui de François Hollande descendant sous une averse les Champs-Élysées après sa victoire. Dans cette élection, il semble de plus en plus probable que Fillon n’aura droit qu’à la pluie.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Politique, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.