OTAN – « Les avions russes sont là. Nous aussi »

Surveillance aérienne du Vieux Continent. Au-dessus des pays baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie) comme le long des côtes européennes, les avions militaires russes sont de plus en plus présents. Mais la « police du ciel » de l’OTAN veille, de jour comme de nuit. Des pilotes français stationnés à la base 116, à quelques kilomètres de Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône), ont raconté au Temps ces face-à-face aériens, dans un contexte géopolitique tendu.

«Les avions russes sont là. Nous aussi»

Que cela soit au-dessus des pays Baltes ou le long des côtes européennes, les appareils militaires russes font leur grand retour. Mais ils ne sont pas lâchés d’une semelle par la «police du ciel» de l’OTAN. Des pilotes français racontent un face-à-face tendu, mais à ce jour sans incident
Le Temps 06/03/2017
A l’entraînement, ils ont répété chaque geste de cette séquence des milliers de fois. Mais cette fois-ci, c’était pour de vrai. Et lorsque l’alerte a retenti ils n’ont eu que quelques minutes pour enfiler leur combinaison et sauter dans les appareils. Combien de minutes exactement ? Les deux pilotes cherchent du regard l’approbation de la jeune lieutenante envoyée par le service de communication de l’armée de l’air à Paris, mais elle secoue discrètement la tête: cette information doit rester confidentielle. Dans tous les cas, «ça va très vite», assurent-ils, et c’est le principe même de la «permanence opérationnelle»: être prêt à décoller 24h/24 pour aller identifier et, au pire, neutraliser toute menace au-dessus du territoire.
«Le chevalier et ses écuyers»

Mirage 2000-5 RDY de l’EC 01/002 Cigognes

Nous sommes dans la base 116, à quelques kilomètres de Luxeuil-les-Bains, dans le département de la Haute-Saône. Plus de mille personnes travaillent ici, au service d’une poignée de pilotes. «C’est le principe même de l’armée de l’air. Il est le chevalier et, nous, ses écuyers», sourit le sergent-chef Henri, mécano de son état. Lui et ses camarades servent au sein d’une unité particulière, le groupe de chasse de «1/2 Cigognes» dédié uniquement à la «police du ciel». Ils sont facilement reconnaissables grâce à leur «outil de travail», le Mirage 2000-5F peint dans des teintes bleu-gris, un mono réacteur équipé de missiles air-air.

Leur dernier fait d’armes ? L’interception, le 9 février dernier, de deux Tupolev-160 (nom de code «Blackjack» pour l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord-OTAN), venus du grand Nord pour titiller les défenses aériennes de la moitié de l’Europe avant de faire demi-tour dans le golfe de Gascogne et de reprendre le chemin de la Russie. Surnommé le «cygne blanc», ce bombardier stratégique volant à la vitesse du son peut transporter jusqu’à 40 tonnes de munitions, dont des ogives nucléaires. C’est le fleuron des forces aériennes russes et ses apparitions le long des côtes occidentales se font de plus en plus fréquentes.
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En un mois, 23 décollages sur alerte
Mais pour les «Cigognes», les Russes sont une vieille connaissance. Quatre de leurs Mirages reviennent tout juste de Lituanie où, depuis la base aérienne de Siauliai, ils ont assuré la défense aérienne des pays Baltes dans le cadre de la mission permanente de l’OTAN. En quatre mois, ils ont dû effectuer 23 décollages sur alerte pour «mener des missions de surveillance, de contrôle et d’identification», selon la terminologie de l’état-major qui préfère éviter le mot «d’interception». «C’est presque un abus de langage, les Russes n’ayant pas une seule fois violé l’espace aérien des pays Baltes», explique le colonel Isaac Diakité, le commandant du détachement.
Cela a été le cas aussi pour les deux «Blackjack» qui ont frôlé les côtes bretonnes le 9 février dernier, sans jamais rentrer dans les 12 miles nautiques réglementaires. Alors pourquoi ces décollages d’urgence? Un transpondeur éteint (balise obligatoire signalant la présence de l’appareil), l’absence de plan de vol ou un doute sur le type d’appareil sont autant de raisons pour donner l’alerte. Les Mirages évoluant toujours en binôme, l’approche se fait alors selon un protocole bien précis: le «leader» colle au plus près de la cible, relève le modèle et le numéro d’immatriculation, prend des photos, alors que son équipier surveille les environs.
«Parfois, on se salue de la main»
Loïs, l’un des pilotes français, a dû sauter dans son avion le jour même de l’arrivée de l’escadre début septembre à Siauliai. Il s’en souvient, car c’était sa sortie la plus compliquée: lumière crépusculaire au décollage et nuit noire au-dessus de la Baltique. «On a dû allumer un phare de police pour voir à qui on avait affaire», raconte-t-il. Cette fois-ci, c’était un avion de transport Antonov-26 («Curl» pour l’OTAN). Puis, au fil des semaines, c’en était devenu «presque une routine». «On prend des photos, les Russes aussi. Parfois on se salue de la main. Chacun fait son job», dit le jeune capitaine français. «Le plus important est de garder la tête froide», renchérit un autre pilote, Nicolas. «A la différence des Baltes, nous n’avons aucun passif historique avec eux. Les Russes ne sont pas nos ennemis. Ils sont là? Et bien, nous aussi», poursuit-il.
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Un couloir aérien très fréquenté
Pendant ces quatre mois en Lituanie, Nicolas, Lois, Henri et les autres en ont vu des appareils frappés de l’étoile rouge dans le ciel balte: des avions de transport militaire, des bombardiers et des chasseurs, évoluant séparément ou en escadrilles. «Parfois armés, parfois non», précise le colonel Diakité. Tous empruntent le même couloir aérien reliant le nord de la Russie à l’enclave de Kaliningrad – une véritable autoroute du ciel, très chargée. Et très surveillée par les Occidentaux, car les Russes sont suspectés d’acheminer vers Kaliningrad toutes sortes d’équipements militaires, y compris à bord d’avions de transport civils. Mais leurs allées et venues n’ont pas eu l’air de stresser outre mesure les pilotes français. «Lorsque nous intervenons au-dessus de l’Hexagone, les cas de figure peuvent être beaucoup plus variés: appareil touristique en détresse, détournement d’avion, drone… Dans la Baltique, ce sont les Russes», explique Nicolas.
Mais cette mission n’est pas pour autant une balade de santé, tient à préciser le colonel Diakité. «La tension est permanente. Parce que nous savons que le moindre incident peut avoir des conséquences tectoniques sur le plan international», poursuit-il. C’est peut-être la raison pour laquelle la France reste très discrète sur ces missions et, à la différence des Britanniques, Espagnols ou Belges, diffuse très peu de photos des «rencontres» avec les Russes dans le ciel. Selon le Ministère lituanien de la défense, les appareils de l’OTAN assurant la sécurité aérienne des Pays baltes ont effectué 110 décollages d’urgence en 2016.

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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