La santé perdue au fond du canapé

Sens & Santé – N°1 – mars-avril 2017 – enquête en partenariat avec Doctissimo
Les ados auraient perdu 30 % de leurs capacités cardio-vasculaires depuis près d’un demi-siècle ! Un constat alarmant, contrebalancé par de belles initiatives régionales.
« C’est pendant la jeunesse que se construit le capital santé, souligne le professeur François Carré, cardiologue du sport. Plus celui-ci sera haut à 20 ans, moins il sera bas à 60 ans, surtout s’il est entretenu« . Au-delà du constat, les chiffres sont alarmants : les jeunes auraient perdu 30 % de leurs capacités cardio-vasculaires depuis quarante ans. « Alors qu’ils effectuaient 800 mètres en trois minutes dans les années 1970, il leur en faut quatre aujourd’hui« , constate le Professeur Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche médicale et d’épidémiologie du sport (Irmes) à l’Institut national du sport (Insep). Les études dans plusieurs pays portant sur les tests d’endurance comme sur les épreuves de puissance et de sprint, vont toutes dans le même sens : les enfants sont en moyenne moins performants physiquement que ne l’étaient leurs parents au même âge.
L’inflation des écrans amis aussi l’évolution des modes de vie, l’absence de terrains de jeux à proximité ou encore les transports motorisés – moins d’un jeune sur deux va à l’école à pied, à rollers ou à vélo ! – peuvent expliquer cette baisse des aptitudes. Compte tenu des lien établis entre condition physique et indicateurs de santé, ces résultats augurent de détériorations sanitaires possiblement sérieuses à moyen terme.
Une course vue comme un marathon
« Il est plus difficile aujourd’hui de demander aux élèves de courir 20-25 minutes. c’est vraiment éprouvant pour eux. Mais il y a aussi une dimension psychologique. Ils perçoivent une course de 10 à 15 minutes comme un marathon ! » note François Defieux, ancien professer d’EPS et délégué national de l’Ugsel (Fédération sportive éducative de l’enseignement catholique), chargé de la prévention et de l’éducation à la santé.

C’est à l’entrée au lycée que se creuse l’écart entre les sportifs et les autres. La différence est encore plus nette pour les filles, dont le taux de pratique est moins élevé que pour les garçons. « Pour les cours de natation, il y a dès la 6ème beaucoup de certificats médicaux de contre-indication – je ne dis pas de complaisance, car la souffrance des ados mal dans leur peau qui ne supportent pas le regard des autres est réelle« , ajoute François Defieux.

Autre sujet d’inquiétude, la tendance à la sédentarité coïncide avec l’augmentation de problèmes de surpoids et d’obésité. Selon les estimations réalisées dans le cadre de l’initiative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la surveillance de l’obésité infantile, un jeune Européen (11 ans) sur trois était en surcharge pondérale ou obèse en 2014. Dans les pays industrialisés, le pourcentage d’enfants de moins de 5 ans en surpoids ou obèse est passé de 8 % en 1990 à 12 % en 2010 et devrait atteindre 14 % en 2020. « Il faut que cette question de la prévention soit prise à bras-le-corps par l’ensemble de la communauté éducative – enseignants, éducateurs , animateurs, parents, professionnels de santé -, poursuit-il, car l’enfance et l’adolescence sont des périodes cruciales. Les jeunes semblent séduits par les sports de glisse, le surf, l’aviron, les rollers ou le patin à glace… pourquoi pas ? » L’une des pistes de travail de François Dufieux pour promouvoir l’activité porte sur le diversification de l’offre suivant les régions. 
Les parents, acteurs majeurs
En Picardie, dans 28 établissements concernés, les équipes pédagogiques ont développé leur propre projet d’éducation à la santé (découverte de la flore et de la faune dans la baie de Somme, traversée en canoë à la rencontre des phoques, mais aussi tir à l’arc en lien avec l’étude du Moyen Âge). Un des piliers du dispositif passe par les parents. En effet, le niveau d’activité physique et sportive des enfants dont le père ou la mère pratique est de 78 % et tombe à 61 % quand les parents ne pratiquent aucune activité. Ce n’est donc pas un hasard si l’un des objectifs du programme est d’impliquer les parents dans les actions d’éducation à la santé. De même, face aux écrans, le comportement des adultes a lui aussi valeur d’exemple. C’est dans l’enfance que se prennent les habitudes. Si l’ado reste assis des heures devant son écran, ce sera sa norme…

A propos werdna01

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