Canada : l’immigration clandestine, dossier sensible

Le Monde 23/03/2017
C’est un retournement de tendance pour le moins inattendu. Au soir de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, le 8 novembre, de nombreux Américains s’étaient posé la question de savoir s’ils allaient franchir le Rubicon – ou en l’occurrence le Saint-Laurent – pour rejoindre le Canada voisin, réputé pour son hospitalité.
A ce moment-là, le premier ministre libéral, Justin Trudeau, tout sourire, accueillait les migrants syriens à l’aéroport devant les caméras de télévision.

Des migrants clandestins longent les voies ferrées qui permettent de rejoindre la frontière canado-américaine au niveau d’Emerson (province canadienne du Manitoba), le 26 février 2017. © Lyle Stafford / Reuters / REUTERS
Aujourd’hui, cependant, il semblerait que les Canadiens soient nettement moins enclins à la générosité envers les demandeurs d’asile d’origine africaine et moyen-orientale qui franchissent illégalement la frontière canado-américaine. En effet, d’après un sondage Reuters/Ipsos mené auprès de 1 000 personnes de 18 ans ou plus, 48 % d’entre elles souhaiteraient qu’ils soient expulsés vers les Etats-Unis. Seules 36 % seraient favorables à ce qu’ils restent et obtiennent le statut de réfugié. Quartz
En outre, près d’un citoyen sur deux (46 %) désapprouve la manière dont le chef du gouvernement gère le dossier migratoire, une forte baisse par rapport au mois de janvier. Son action recueillait alors 59 % d’avis positifs. The Globe and Mail
Depuis quelque temps, les traversées illégales de la frontière entre Etats-Unis et Canada sont de plus en plus fréquentes, surtout dans le Manitoba, rapporte La Presse. Ainsi, entre janvier et février, le nombre de personnes interceptées par les agents de la gendarmerie royale du Canada (GRC) dans la province a crû de manière sensible, passant de 19 à 142.
Pour l’International Business Times et The Independent, cette hausse marquée est vraisemblablement imputable au décret migratoire pris par le nouveau locataire de la Maison Blanche qui restreint de manière draconienne l’accès du territoire américain aux ressortissants de certains pays à majorité musulmane.
Fervent partisan du multiculturalisme, que défendait déjà son père, Pierre Elliott Trudeau (premier ministre de 1968 à 1979, puis de 1980 à 1984), Justin Trudeau fait face à une pression publique et politique accrue. Pour autant, il se refuse à envisager des mesures restrictives. « Nous continuerons à trouver un juste équilibre entre le respect d’un système rigoureux et l’acceptation sur notre sol de personnes qui ont besoin d’aide », a-t-il assuré. Foreign Policy
Certes, le premier ministre, qui récuse tout procès en laxisme, n’est pas directement menacé, dans la mesure où les prochaines élections législatives n’auront lieu qu’en 2019. Mais, comme l’explique Brian Lee Crowley, directeur général de l’Institut de politiques publiques Macdonald-Laurier, sis à Ottawa, si, avec l’arrivée des beaux jours, la part des immigrants illégaux entrant dans le pays devait fortement augmenter, alors le gouvernement risquerait de se trouver en fâcheuse posture…

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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