Les élections aux Pays-Bas, une leçon de démocratie

Le Vif.be – 24/03/2017 –
Les Néerlandais l’ont décidé : le populisme n’est pas une fatalité. Au-delà, ils démontrent à l’Europe la vigueur de leur système, qui tente de rassembler toutes les sensibilités. Les élections aux Pays-Bas, une leçon de démocratie – International –
Les élections aux Pays-Bas, une leçon de démocratieJesse Klaver (Verts) a bénéficié de l’effondrement du Parti travailliste, membre du gouvernement sortant. © PIM RAS/BELGAIMAGE
Le  » printemps patriotique  » n’a pas eu lieu. Du moins pas aux Pays-Bas. Le 15 mars, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre sortant Mark Rutte a finalement terminé la course en tête devant les  » populistes de droite  » (comme on les nomme généralement dans les quotidiens néerlandais) du Parti de la liberté (PVV) mené par Geert Wilders. Celui-ci s’était érigé en rempart contre l’islam et promettait une sortie de l’Union européenne. Beaucoup d’électeurs potentiels du leader blond ont sans doute renaclé en dernière minute. Ainsi, la fermeté de Rutte, qui a déclaré non grata des ministres turcs venus faire campagne pour Erdogan, lui a sans doute ramené quelques brebis égarées.
Nuances cependant sur l’ancrage européen. Si les partis pro-Europe ont gagné, le discours s’en tient au strict minimum. Le seul parti qui plaide ouvertement pour la construction européenne est le D66, libéral de gauche. Cependant, tout est question d’équilibre, car la posture anti-Europe de Geert Wilders a pu également jouer en sa défaveur : les Pays-Bas sont un pays ouvert aux échanges économiques et l’idée de retour au florin n’était pas forcément rassurante.
Une raclée pour les travaillistes
L’autre fait marquant du scrutin, c’est l’effondrement du Parti travailliste de droite (de 38 sièges à 9) et la poussée de la gauche écologiste de GroenLinks (de 4 à 14 sièges), ce qui souligne que l’aspiration au renouvellement est au moins aussi grande que la tentation populiste.  » Ce sont les verts et D66 qui enregistrent la plus forte progression de ces élections « . Le parti de droite n’en est pas à sa première dégelée après avoir exercé le pouvoir. En 2002, il était passé de 45 à 23 élus. En 2006, après trois années dans l’opposition, il avait chuté de 42 à 33 sièges.
Mais pourquoi, en 2017, une telle raclée ?  » Il a gouverné avec les libéraux en pleine période de récession économique, répond le professeur. L’austérité a touché les soins de santé et les allocations. Du coup, le parti a échoué à convaincre ses supporters qu’il préserverait coûte que coûte les idéaux de la social-démocratie. Ceux-ci ont donc massivement migré vers des partis qui gardaient le cap économique à gauche.  » Paul Magnette (PS) ne disait pas autre chose le soir du vote :  » Les socialistes tentés par la voie libérale se condamnent eux-mêmes à la défaite. « 
A l’inverse, GroenLinks a préféré jouer sur ce qui rassemble les citoyens de toutes origines, comme l’éducation des enfants. Son succès auprès des jeunes est imputable autant à son programme novateur, qui propose notamment de faire payer davantage les automobilistes durant les heures de pointe, qu’à son leader charismatique Jesse Klaver, 30 ans. Très présent en public et sur les réseaux sociaux, Klaver, de père marocain et de mère néerlando-indonésienne, a mené une campagne calquée sur celle d’Obama.
Confiance dans la politique
Le taux de participation fut énorme, preuve qu’aux moments clés, les citoyens néerlandais peuvent se mobiliser. L’offre étant très diversifiée (28 partis étaient en lice), ils ont voté pour du contenu et non par élimination ou par dépit. Le Parti pour les animaux, par exemple, a décroché 5 sièges grâce à un travail permanent au sein du Parlement et en martelant le même message : pour éviter les conflits et la pauvreté, soignons notre planète.
La confiance des Néerlandais dans la politique est également associée à un seuil d’éligibilité très bas.  » Les minorités se voient représentées au Parlement. De nouveaux partis apparaissent, mais peuvent aussi disparaître s’ils n’ont pas fait leurs preuves ou s’ils ne sont plus jugés utiles « , écrit Roderik van Grieken, directeur du Nederlands Debat Instituut. Parmi les nouveaux venus, on découvre la surprise de ce scrutin : le parti Denk, dirigé par un Néerlando-Turc, et dont une réplique pourrait s’implanter en Belgique.
La défaite relative de Wilders n’impliquera pas forcément celle de Marine Le Pen, tant le système électoral, les cultures politiques et le tissu sociologique sont différents entre les deux pays. Le PVV, qui se résume à Geert Wilders, n’a que très peu de points communs avec ce FN très structuré et qui participe déjà au pouvoir à l’échelon local. Ensuite, les citoyens néerlandais ne sont pas aussi pessimistes que les Français. Selon le World Happiness Report 2017, qui évalue le bonheur humain en fonction de multiples paramètres, les Pays-Bas se situent en 5e position, la France en 31e. Cet écart pourrait contribuer à un tout autre résultat.

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