Crise en Guyane – Une fusée sociale dans la campagne [commentaire]

Ouest-France  28/03/2017 par Michel URVOY.

On ne peut pas continuer à lancer des fusées sur fond de bidonvilles. Trente-deux ans plus tard, le regret que formulait François Mitterrand reste vrai. Et on a l’impression que l’excellent bilan du quinquennat Hollande sur l’Outre-mer, exprimé un peu vite, il y a quinze jours, par Benoît Hamon, doit être relativisé.
La crise guyanaise qui s’invite dans la campagne, comme celle des Antilles en 2009, ne peut surprendre que ceux qui ne veulent rien savoir, depuis des décennies, de ce département, trois fois grand comme la Bretagne et moins peuplé que l’Ardèche. Ou que ceux qui s’en tiennent aux chiffres d’une politique plutôt volontariste, plutôt généreuse, mais qui ne suffit pas face à des réalités complexes.
On ne peut pas dire que la Métropole ne s’intéresse à la Guyane qu’en temps de campagne.
Les budgets ont été augmentés. Des lois ont été votées qui ont permis de calmer les prix de certains produits de grande consommation. Des efforts sécuritaires – merci Mme Taubira – ont été décidés : effectifs policiers, scanner à l’aéroport de Cayenne, tribunal de grande instance, prison…
Comment se fait-il, alors, que ce paradis végétal et animal, que cet écrin de nature entre les bras du Maroni et l’Oyapock soit un enfer pour un nombre croissant de ses habitants ?
Comment expliquer que cette tête de pont de la France et de l’Europe en Amérique latine soit à la fois un symbole de technologie – Arianespace – et un territoire lanceur de fusées sociales ?
La Guyane est un produit de l’histoire – ses voisins, le Guyana et le Suriname, ont emprunté la voie de l’indépendance – de la géographie et de la politique, où les moyennes n’ont aucun sens.
Du temps et de l’argent
C’est la Guyane qui fait que la plus grande frontière française est avec le Brésil. En y ajoutant les autres voisins, ce sont près de 2 000 km, noyés dans la forêt ou franchissables d’un coup de pirogue, qu’il faudrait surveiller.
Impossible de contrôler les Brésiliens, les Surinamais, les Haïtiens, les Péruviens, les Dominicains qui fuient leur misère, croient à cet Eldorado de la subvention. Et se jouent de barrages si faciles à contourner.
Territoire pauvre, la Guyane est, malgré tout, la France. Avec la moitié des emplois dans la fonction publique ; des ingénieurs à Kourou, même s’ils vivent relativement en vase clos ; des traitements majorés et des primes incitatives.
Sauf que la cohabitation entre ces deux réalités crée un choc : l’alléchant pouvoir d’achat des uns fait exploser les prix et la spéculation au détriment de ceux, de plus en plus nombreux, qui n’ont rien. À l’immigration s’ajoute une démographie galopante : 10 000 habitants de plus par an, près de la moitié de la population sous les vingt ans, un Guyanais sur quatre sans travail.
Malgré les efforts, l’eau, l’électricité, les écoles, les équipements sanitaires manquent. Les violences, les trafics et l’orpaillage clandestin semblent trop souvent la seule issue.
Avec des coûts à l’européenne, dans un tout petit marché tiers-mondisé, investir, produire et vendre relève de la gageure. Même en versant assez de millions d’euros pour débloquer les barrages et le pas de tir de Kourou, sauver la Guyane demandera beaucoup de temps et d’argent. Et d’imagination pour soulager la dépense publique.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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