Mal-logement : qu’en disent les candidats ?

Ouest-France – 28/03/2017 – Bernard Devert* –

Précarité et pauvreté rongent le tissu social. Est-ce par résignation, par indifférence, que le silence gagne du terrain, au point que vos programmes politiques soient si peu précis sur le logement, alors qu’il est le premier marqueur des ruptures sociétales ?
Il est injuste de dire que rien n’est fait, mais il est juste de s’interroger sur cette montée endémique des inégalités, entraînant l’isolement des plus démunis et ces rejets, signes de souffrance.
Acceptez-vous de partager avec nous vos diagnostics et les traitements que vous entendez mettre en oeuvre pour guérir ce corps social enfiévré ? La première urgence est celle de gestes d’hospitalité à l’égard de ceux qui vivent dans la rue ou dans des conditions déshumanisantes.
La politique ne se réduit pas à des actes de gestion, elle est une vision dynamique et enthousiaste à l’adresse des concitoyens pour que se lèvent, au sein de la nation, des énergies et des synergies créatrices d’espoir. Les réponses sont toujours à la hauteur de la confiance. Voulez-vous prendre l’engagement de défendre les plus vulnérables pour faire de l’habitat une des grandes causes nationales ? Trois urgences :
1. Réconcilier la nation avec ses cité. Les « machines à loger », affichant lèpre et détresse, sont à détruire. Le chantier à ouvrir doit s’articuler autour de trois exigences : des équipements et services publics de qualité ; une attention forte portée à la culture et à l’enseignement adapté – il n’est pas tolérable de consentir à ce que les enfants de quartiers déshérités soient punis par une discrimination brisant leur avenir ; et enfin, un habitat « désirable », selon l’expression du président de l’Union sociale pour l’habitat, Jean-Louis Dumont.
Une chance pour se rassembler
2. Introduire une politique de l’aménagement du territoire. 600 000 candidats espèrent un logement décent en Île-de-France. 60 000 personnes rejoignent chaque année ce territoire alors que les villes, petites et moyennes, affichent des milliers de logements vacants.
La raison de cet exode serait l’accès au travail, mais les demandeurs d’emploi – plus de cinq millions – le trouvent-ils davantage dans les grandes agglomérations ? Le territoire ne peut rester étranger à la révolution du numérique, appelée à transformer la vie professionnelle et l’accès à l’habitat.
3. Veiller à prendre soin des personnes. Le « reste pour vivre » est, pour trop de nos concitoyens, une survie. D’où une approche des solidarités comprise, non en termes de coût, mais d’investissements.
Les surloyers de solidarité (SLS) – retenus en deuxième lecture comme une option par la loi Alur (Accès au logement et urbanisme rénové) – s’imposeront aux fins d’atténuer les loyers et charges des plus démunis, suivant la requête présentée conjointement par ATD Quart Monde et Habitat et humanisme.
Les charges, sauf dans les foyers-logements, n’étant pas prises en compte dans le calcul de l’APL, l’habitat social est à réhabiliter en priorité pour réduire les frais de chauffage, impactant d’autant le reste pour vivre.
Nulle attaque dans ces propos, observant l’engagement de bien des acteurs publics et privés à refuser l’inacceptable. Vous qui vous présentez à la magistrature suprême, entendez cet appel pour la mise en oeuvre d’un urbanisme et d’une politique sociale de l’habitat honorant les valeurs de notre société.
N’ayez pas peur de demander un effort, la nation sera fière de le vivre. Une chance pour se rassembler.
(1) Bernard Devert, fondateur d’Habitat et humanisme, qui lutte contre le mal-logement et qui écrit aux candidats à la présidentielle.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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