Frontières …

Ouest-France  01/04/2017 François Régis Hutin
Editorial La frontière, c’est la limite, la séparation. Sur la frontière, on garde les yeux rivés car, de là, peut surgir l’ennemi.

Une patrouille à la frontière entre la Macédoine et la Grèce. | PHOTO : ROBERT ATANASOVSKI / AFP
Pendant des siècles, il en fut ainsi. Cependant, la frontière n’arrête pas les convoitises, le désir de s’emparer d’une partie du pays voisin. Les frontières ne garantissent pas l’intégrité du territoire. Elles ont été violées depuis toujours. Cependant, ce genre de dérives a été stoppé depuis soixante-dix ans, depuis la création de l’Onu, puis celle de l’Union européenne.
Alors, pourquoi Jean-Luc Mélenchon et François Fillon reviennent-ils sur cette question aujourd’hui ? Pourquoi Jean-Luc Mélenchon propose-t-il une grande conférence du Portugal à l’Oural, dans le but de résoudre tous les problèmes frontaliers ? Quels sont donc ces problèmes entre nos pays européens ? Quel but est réellement poursuivi derrière ces déclarations ? Serait-ce la rectification de la frontière russo-ukrainienne et donc de reconnaître l’annexion brutale de la Crimée par la Russie ? Ce serait ainsi admettre le coup de force du Kremlin et donc l’encourager à recommencer, là ou ailleurs.
Plutôt que de discuter sur les frontières intérieures de l’Union européenne ou sur ses frontières extérieures, ne serait-il pas préférable de rappeler ce qu’est le droit international auquel ont souscrit les nations adhérentes à l’Onu ? Déjà, la conférence d’Helsinki, à laquelle participait l’URSS en 1975, avait été claire sur cette question : « Les États participants tiennent mutuellement pour inviolables toutes leurs frontières ainsi que celles de tous les États d’Europe et s’abstiennent donc, maintenant et à l’avenir, de tout attentat contre ces frontières. En conséquence, ils s’abstiennent aussi de toute exigence ou de tout acte de mainmise sur tout ou partie du territoire d’un autre État participant. »
Risque de guerre
Ces dispositions ont été reprises dans le mémorandum de Budapest, en 1994. Ces principes ont été rappelés par l’Onu dans le contexte de la Crimée en 2014 : « Tout État doit s’abstenir de toute action visant à rompre partiellement ou totalement l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un autre État ou d’un autre pays. »
La réunification de l’Allemagne fut l’occasion de préciser les choses dans le traité dit « accord 4+2 » : « Les frontières extérieures de l’Allemagne réunie seront les frontières de la République fédérale d’Allemagne et de la République démocratique allemande. Elles seront définitives. » S’agirait-il de revenir sur cette question ? Ce serait une folie et, du reste, personne ne semble contester les frontières ainsi définies.
Il est vrai qu’il existe des conflits gelés depuis des dizaines d’années. Est-ce le moment d’ouvrir de nouvelles discussions alors que l’Union européenne est fragilisée ? Serait-ce les grandes nations qui devraient décider ? Ou bien faudrait-il recourir à de multiples référendums qui feront apparaître des minorités irréconciliables ? Va-t-on risquer de nouveaux affrontements en redonnant vie et force à de vieux litiges ?
Qu’en serait-il hors d’Europe ? En Asie, par exemple, alors que la Chine et le Japon rivalisent à propos des îles Kouriles ? Dans beaucoup d’autres régions du monde, de vieilles tensions se réveilleraient. Ne vaut-il pas mieux s’en tenir à ce qui a instauré la paix sur notre continent et le donner en exemple au reste du monde : le caractère définitif des frontières constitue un élément essentiel de la paix et de la sécurité internationale. Reposer la question de certaines frontières, c’est risquer tout simplement la guerre.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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