Le jeûne, une pratique ancestrale

Biocontact magazine – avril 2017 – Claude Pradel Hygiéniste –
Pratiqués depuis la nuit des temps par les hommes et les animaux, les jeûnes et monodiètes ont régulièrement été remis à l’honneur dès la fin du XIXe  siècle par des médecins et hygiénistes en France comme à l’étranger. (Re)découverte des pionniers de ces diètes périodiques, aux variantes aussi nombreuses que leurs défenseurs.
Le jeûne et la monodiète sont inhérents à la partie instinctive de conservation et de survie de la nature humaine et animale. Un animal malade, qu’il soit sauvage ou domestique, se met instinctivement à la diète, lape de l’eau s’il en a à sa disposition, se couche au soleil pour se vitaliser, essaye de dormir si la douleur ne l’en empêche pas. Certains animaux de la forêt, tels l’ours et la marmotte, jeûnent en état d’hibernation pendant plusieurs mois. Dans l’esprit de beaucoup de gens, la peur qui découle de la seule évocation du mot jeûner, de la privation de nourriture, par crainte de s’affaiblir, de tomber d’inanition, voire, pire, de mourir de faim, est en partie due aux incitations et manipulations publicitaires de la société de surconsommation en tous genres, en particulier alimentaires. En réalité, avant de mourir de faim, de tomber d’inanition, il faut du temps : de deux à trois mois, voire plus. Au cours des siècles écoulés, en période de disette, de guerre, de grandes catastrophes naturelles…, à condition de pouvoir boire un peu d’eau ou, à défaut, leur propre urine, certains ont pu tenir pendant de nombreuses semaines, avant de s’éteindre… Plus près de nous, la célèbre madame Thatcher en Angleterre a laissé mourir en prison deux Irlandais en « grève de la faim », qui ont jeûné, à l’eau, à la bière et au café, de deux à trois mois avant de décéder.
De la bouffe au jeûne
Par la « bouffe », le plus souvent la « malbouffe », nous tentons de combler inconsciemment des manques, des carences, des vides existentiels… sur les plans familial, social, affectif, professionnel, sexuel, philosophique, religieux. On ne peut donc que se réjouir du fait que, d’une part, un certain public et, d’autre part, une fraction du corps médical mais aussi certains scientifiques redécouvrent ce savoir empirique et cette pratique séculaire, qui s’avère, à l’expérimentation objective et contrôlable, tant sur les plans curatif que préventif, une source de bienfaits pour notre santé globale, holistique.
Cet élan positif, qui incite volontairement certains humains à une abstinence alimentaire temporaire, traduit une ouverture des consciences individuelle et collective vers autre chose que la « malbouffe » à outrance. Actuellement, pendant qu’une partie de l’humanité est sous-alimentée, dénutrie de façon épisodique ou chronique en fonction des caprices et des variations des éléments atmosphériques, une autre « bouffe », s’empiffre et gaspille ! Et une autre mange, s’alimente. Ainsi, seule une minorité se nourrit en fonction des vrais besoins nutritionnels de l’organisme. Et cela, dans le respect du corps et des aliments qui le construisent, l’entretiennent, le réparent, le renouvellent, cellulairement  parlant, en permanence. Gageons que ce renouveau de l’intérêt pour la diète périodique contribuera à l’avènement d’un monde plus fraternel, plus tolérant, plus apaisé, plus partageur, plus solidaire.
Les pionniers du jeûne
Le jeûne et les monodiètes peuvent être expérimentés sous différentes formes : le jeûne « humide », hydrique, à l’eau et à la tisane avec lavements et purgations ; le jeûne « sec », la « cure de la soif » du guérisseur allemand Schroth, qui soigna le chancelier allemand Bismark ; le jeûne long, jusqu’à vingt et un jours ; le jeûne alterné, rythmé ou intermittent ; la monodiète « humide », aux fruits frais bien mûrs, de saison ; la monodiète « sèche », avec des fruits séchés et des oléagineux ou fruits secs.
Il est bon et juste, à ce titre, de citer les noms des médecins et des biologistes contemporains qui ont cherché à  démontrer de façon objective et rationnelle à l’intention de la communauté scientifique internationale les bienfaits du jeûne et des monodiètes sur la santé. De même, il est tout aussi juste et légitime de rendre hommage, en les mettant en avant, aux pionniers et précurseurs inspirés dans ce domaine qui, dans un passé relativement récent, ont remis à l’honneur cette pratique hygiénique ancienne, dont les peuples de l’Antiquité, romains, grecs, spartiates, esséniens, normands, faisaient déjà usage en leur temps.
Le Dr Herbert McGolphin Shelton (1895- 1985), dans l’État du Texas, aux États-Unis, fonda le célèbre mouvement hygiéniste, qui prône le jeûne en bannissant rigoureusement l’aide de toute thérapeutique naturelle ou de tout adjuvant naturel. Son leitmotiv est : « Il faut laisser la Nature agir toute seule. » Sa méthode fut vulgarisée en France par des hygiénistes comme Gérard Nizet, Albert Mosséri et Désiré Mérien.
Le Dr Edward Hooker Dewey (1837-1904), en Pennsylvanie, aux États-Unis, fut un apôtre du jeûne long. Pour le  long terme, il conseille le jeûne intermittent par suppression du petit déjeuner ou « méthode des deux repas ».
Le Dr Edouard Bertholet (1883-1965) a dirigé pendant cinquante ans une clinique de cures de jeûne à Lausanne, en Suisse. Il ajoutait au jeûne des purges salines et des lavements intestinaux répétés. Il disait : « Le jeûne est une opération sans couteau. » L’une de ses patientes a joliment qualifié le jeûne par la formule : « Jeûner, c’est mettre ses organes digestifs sur une chaise longue. »
La doctoresse Johanna Brandt, en Afrique du Sud, dans les années 1925, qui souffrait d’un cancer gastrique ayant résisté à plusieurs cures de jeûne, le guérit définitivement par plusieurs cures de raisin ! Son livre, traduit en
de nombreuses langues, a depuis fait le tour du monde et convaincu de nombreux adeptes à adopter cette monodiète réputée.
Le Dr Simon Guelpa, de Paris, se rendit célèbre au début des années 1900 par ses prescriptions de cures de jeûne rythmé, qui duraient de trois à cinq jours et étaient suivies de huit jours d’alimentation strictement végétarienne. Leur répétition périodique donnait souvent des améliorations de santé spectaculaires.
Le Pr Pierre-Valentin Marchesseau (1911-1994) aimait beaucoup conseiller la monodièteaux pommes mûres, crues ou cuites au four,nature. Cette technique simple et agréable a souvent donné des résultats spectaculaires.
Le couple Marie-Reine et Henri-Charles Geffroy (1895-1981), fondateurs de l’entreprise La Vie claire, faisaient partie de cette élite des « athlètes du jeûne ». En effet, après plusieurs années d’entraînement, d’aguerrissement dans ce domaine, ils pratiquaient tous les ans le jeûne du carême d’une durée de sept semaines, soit quarante-neuf jours ! Ce qui n’empêchait pas Henri-Charles Geffroy de continuer à travailler normalement pour continuer à diriger son entreprise. Il s’agit d’un exemple qu’il n’est pas conseillé d’imiter pour le commun des mortels. Et encore moins si l’on  est seul chez soi !
Le Mahatma Gandhi (1869-1948), tant en Afrique du Sud qu’en Inde, pratiqua de nombreux jeûnes prolongés, protestataires, pour défendre des causes humanitaires, sociales, civiques… Cette démarche faisait partie de sa politique de contestation par la non-violence.
Jeunesse du corps et de l’esprit
Jeûner ou s’adonner régulièrement auxmonodiètes, de façon intermittente, périodique,cyclique, c’est entretenir, au mieux du possible, la jeunesse du corps et de l’esprit. Tarir ou restreindre temporairement la source alimentaire, c’est éloigner la maladie en détoxinant, en nettoyant, en « décrassant » notre terrain, en stimulant puissamment nos immunités naturelles. C’est « décalaminer » régulièrement le « moteur » organique afin qu’il puisse « tourner » au mieux de nos intérêts de santé. Jeûner, c’est freiner, comme le disait Jean Racine, « l’irrémédiable outrage des ans ». C’est conserver, en dépit des années, une grande vitalité, une grande capacité de travail.
Restreindre ou supprimer momentanément et ce, volontairement, l’alimentation, c’est aussi acquérir une certaine maîtrise de soi. C’est encore apprendre à différencier l’appétit, fausse faim, réflexe conditionné, de  la vraie faim, cellulaire (« La faim appartient à la nature, l’appétit  appartient à la civilisation. » Henry Bonnier). Le jeûne ou la monodiète pratiqués intelligemment, raisonnablement, en tenant compte de facteurs propres à soi (état de santé, degré d’intoxination, niveau de la force vitale, âge, activités physiques et intellectuelles, présence éventuelle d’un problème de surpoids ou d’obésité…) sont éminemment conseillables autant pour leur action préventive que curative. Car comme le disait un sage : « Mieux vaut soigner sa santé que sa maladie ! » ■

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