Présidentielle – La campagne parallèle de Marion Maréchal-Le Pen

Marion Maréchal-Le Pen veut supprimer les régimes spéciaux de retraite, ce qui ne figure pas au programme du FN. «Elle n’est pas présidente du FN», rétorque Marine Le Pen.
Nouvel épisode du feuilleton des Atrides de Montretout. extrait de la lettre de L. Joffrin le 04/03/2017
Le JDD 02/04/2017
Meetings, émissions : la députée du Vaucluse, Marion Marion Maréchal-Le Pen, publiquement rabrouée par sa tante, trace sa route en solo et en sourdine dans toute la France.

Cela s’appelle sauver les apparences ou du moins… essayer. Mardi matin, David Rachline, le directeur de campagne de Marine Le Pen, se fendait d’un e-mail confidentiel aux membres du conseil stratégique pour éviter toute polémique.
« Le montage réalisé par Femme actuelle sur la composition de son gouvernement dénature complètement les propos tenus par notre candidate […] Elle répondait à des questions agressives […] Il n’y avait évidemment aucune agressivité à l’égard de quiconque dans les réponses de Marine. » La veille, le magazine féminin avait mis en ligne l’enregistrement d’une interview, pourtant sur le mode d’une conversation de salon, dans laquelle la présidente du FN déclarait sans ambages qu’en cas de victoire, sa nièce, « encore inexpérimentée » et « un peu raide », ne serait pas ministre. « Je ne lui dois rien, je ne dois rien à personne d’ailleurs », avait décrété Marine Le Pen.
Dans le parti, son zèle agace
Le lendemain, la « nièce » a annulé ses rendez-vous avec les médias. « Elle ne voulait pas avoir à commenter », reconnaît un proche. Sans se départir de son sourire, Marion Maréchal Le Pen a publiquement fait mine d’ignorer l’attaque. En privé, la jeune femme a laissé éclater sa colère. « Ministre, je m’en fous, mais inexpérimentée, elle exagère. C’est dégueulasse, je fais le job », a-t-elle pesté auprès de ses proches.
Dans le parti, on se demande si ce n’est pas justement « son zèle » qui agace au plus haut niveau. Depuis des mois, la députée du Vaucluse sillonne les fédérations. Une campagne pourtant fantôme dans l’agenda du Front national. Début mars, le directeur de communication, Alain Vizier, qui diffuse allégrement les prestations des « vedettes du parti », n’avait fait figurer qu’un seul déplacement à son programme : une manifestation publique le 13 mars à Sens. En réalité, Marion Maréchal-Le Pen multiplie les réunions publiques dans toute la France. Cette semaine, par exemple, elle a réuni mardi près de 700 personnes dans le Loiret, à Saint-Jean-le-Blanc. « Inespéré dans ce département. Il y avait 400 militants sur 1.200 adhérents et 300 curieux, se félicite Charles de Gevigney, conseiller régional et responsable de la fédération. Avec elle, je ne suis pas obligé d’envoyer des SMS pour être sûr de remplir. » Deux jours plus tard, elle se « produisait » devant 500 personnes à Crisolles dans l’Oise. Un apéritif dînatoire payant en milieu de semaine. Samedi, elle était à Aix-les-Bains.
La tournée se poursuit en avril : elle est déjà annoncée dans le Haut-Rhin, les Pyrénées- Atlantiques, l’Isère, le Var et enfin la Haute-Saône… « Elle fait le job », comme elle dit. Ses détracteurs lui reprochent de ne pas arborer à la boutonnière la rose bleue de la campagne. Pis, ils la soupçonnent de ne pas croire à la victoire de sa tante et de préparer la suite, c’est-à-dire le congrès de septembre. « C’est drôle, raconte Olivier Bettati, transfuge de l’UMP, qui siège au conseil régional Paca, elle fait ses tournées à la Chirac, ne refusant jamais un selfie ou une embrassade. Il lui faut toujours des heures pour quitter les fédés. » A Crisolles, elle a levé le camp de la salle des fêtes à minuit passé.
« Les murs porteurs de Buisson »
Autre décor, le 22 mars, elle participait dans les salons Hoche, à deux pas des Champs-Elysées, au dîner de Valeurs actuelles. A sa table, l’écrivain Jean Raspail. La jeune femme a fait une intervention devant plus de 200 convives qui avaient déboursé 135 euros pour l’écouter…
Marion Maréchal-Le Pen choisit avec soin ses interventions médiatiques. « Je ne suis pas là pour commenter l’actualité sur les chaînes d’info », se plaît-elle à répéter. Allusion masquée à son opposant interne, Florian Philippot, que beaucoup dans le parti surnomment « Monsieur BFM ». Cette semaine, Marion Maréchal-Le Pen a participé à l’émission Polonium, de Natacha Polony, sur Paris Première. Elle en a profité, alors que Marine Le Pen s’est toujours tenue à distance de Patrick Buisson, pour réaffirmer ses positions sur l’avortement et l’immigration, faisant explicitement référence aux « murs porteurs de Patrick Buisson » ou reprenant à son compte le concept de « patrimoine immatériel ».
Marie-Christine Tabet – Le Journal du Dimanche

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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