Ces Nantais hébergent les ados migrants

Ouest-France – 03/04/2017 – Anne Augié –
La Nantaise Christelle Hauet, l'une des initiatrices du réseau hébergeurs solidaires de mineurs étrangers, avec deux ados migrants qu'elle héberge.La Nantaise Christelle Hauet, l’une des initiatrices du réseau hébergeurs solidaires de mineurs étrangers, avec deux ados migrants qu’elle héberge. | Ouest-France
 L’initiative
Créé le 25 février, le réseau hébergeurs solidaires de mineurs étrangers propose, via une page Facebook, de mettre en relation des citoyens prêts à offrir un toit et des jeunes sans statut légal.
« Une nuit, pour ces gamins là, vous n’imaginez pas ce que cela représente. Une douche, un repas du soir et un lit pour dormir, c’est si précieux ! » Christelle Hauet sait de quoi elle parle. Elle-même, héberge depuis le 10 février, Lasso (1) 15 ans et demi arrivé de Côte d’Ivoire . Et aussi, plus ponctuellement, Moussa (1) 16 ans et demi originaire de Guinée. Des jeunes trimballés par les aléas d’une courte vie bien chaotique : dès 8 ans, Lasso travaillait dans les champs de cacao après le décès de son père. Moussa a vu son frère mourir lors de la traversée vers l’Europe.
La France aurait l’obligation de prendre ces enfants en charge s’ils étaient reconnus mineurs. Seulement voilà, bien souvent, en l’absence de documents d’état civil jugés fiables et après un entretien d’évaluation, certains sont déboutés. Et il se retrouvent à la rue, à 15 ou 16 ans, à Nantes ou ailleurs, en attendant le résultat des recours juridiques que lancent  des associations comme le Gasprom (Groupement Accueil Promotion du Travailleur immigré). A un âge où la plupart des jeunes français vont encore tranquillement au collège, la gravité de leurs visages et leurs silences disent mieux que des mots ce qu’ils ont dû endurer avant de se poser ici, sur le chaleureux canapé de Christelle Hauet.
Déjà 55 familles hébergeurs solidaires
Révoltées par ces situations répétées et inextricables, Christelle, avec ses amies Sylvie, Camille et Dom, ont eu une idée toute simple mais lumineuse : recenser dans un tableau, via une page Facebook, les contacts des nantais prêts à héberger ces enfants, pour une nuit, une semaine ou davantage. Et les faire coïncider avec les besoins des jeunes pour éviter qu’ils ne dorment à la rue. Créé le 25 février, le réseau hébergeurs solidaires de mineurs étrangers (2) compte déjà 55 familles. « Et nous logeons 39 gamins, dont huit sont à l’abri de façon stable« , se réjouit Christelle Hauet.
L’autre fierté des créatrices de ce réseau est de constater que des citoyens « de tous profils » participent : des profs, des étudiants, des journalistes, un médecin… « Beaucoup sont parents, comme moi. Quand je me suis lancée, je me disais que si mes gamins de 13 et 17 ans se retrouvaient un jour à 6 000 km de chez eux, après avoir vécu des choses très difficiles, je voudrais que d’autres adultes les protègent, témoigne Christelle. Grâce au réseau, nous faisons en sorte que ceux qui ont un toit ne retournent pas à la rue ensuite ».
Le réseau permet d’organiser les hébergements, bien sûr, mais aussi de poser des questions : « Il y a toujours de nouveaux jeunes àcaser. Bien souvent, ils ne peuvent pas être scolarisés, puisqu’ils n’ont pas de statut légal. Les inscrire à une activité ? Ils n’ont pas d’assurance. Certains  hébergeurs sont très motivés mais manquent de moyens pour les repas… Tout cela suscite des inquiétudes. Les enfants eux-mêmes sont souvent anxieux pour leur avenir, ce n’est pas simple. Nous sommes là pour rassurer, échanger, déculpabiliser.« 
(1) Prénoms d’emprunt
(2) Facebook des hébergeurs solidaires de mineurs étrangers ou contact mail : hebergement-solidaire-mie-nantes@googlegroups.com
Mineurs migrantsL’île italienne de Lampedusa voit débarquer de nombreux mineurs migrants isolés, comme ces jeunes Érythréens qui ont traversé la Méditerranée sans parents ni famille à leurs côtés.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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