Mar-a-Lago, le palais somptuaire où Donald Trump accueille Xi Jinping

Capital – 06/04/2017 –
©Davidoff Studios Photography/Getty
58 chambres, 33 salles de bains… Découvrez la somptueuse demeure privée dans laquelle le président américain reçoit son homologue chinois jusqu’à vendredi soir.
Après le Premier ministre japonais Shinzo Abe en février, c’est Xi Jinping qui découvre en ce moment Mar-a-Lago. Donald Trump, lui, y vient pratiquement un week end sur deux. Une habitude qui coûte un bras aux contribuables américains puisque l’addition des seules mesures de sécurité s’élève à 3 millions de dollars. Mar-a-Lago n’est pas seulement le domicile privé du Président. C’est aussi un club ouvert au public, qui lui rapporte une fortune. Selon les éléments déposés par Donald Trump au moment de sa candidature, le chiffre d’affaires du club, entre juin 2015 et mai 2016, s’est élevé à 29,7 millions de dollars. Les revenus vont encore augmenter puisque juste avant son investiture, Trump a doublé le droit d’entrée, pour le porter à… 200.000 dollars par an.

L’histoire de ce que l’on appelle désormais la Maison Blanche d’Hiver est aussi extravagante que son architecture. Bâtie en 1927, Mar-a-Lago était à l’origine la résidence d’hiver de Marjorie Merriweather Post, richissime héritière d’une dynastie de fabricants de cornflakes. L’architecture de style hispano-mauresque est spectaculaire : 58 chambres, 33 salles de bains, d’amusantes tourelles, des toits décorés à la feuille d’or, des escaliers en colimaçon en fer forgé et pas moins de douze majestueuses cheminées. Une chambre ovale ornée de motifs de roses était celle de Marjorie Merriweather Post, qui a légué la demeure à l’État à sa mort en 1973. Elle espérait déjà que le palace devienne la Maison-Blanche d’hiver. Mais ni Richard Nixon ni Jimmy Carter n’ont succombé aux charmes un peu lourdingues du lieux.
Le gouvernement fédéral, trouvant la facture d’entretien trop salée, l’a restitué en 1981 à la famille. Peu après, Donald Trump a fait une offre de 15 millions de dollars. Comme les héritiers Post rechignaient, le milliardaire a menacé d’acheter le terrain voisin et d’y construire un immeuble pour leur boucher la vue. Au bout du compte, il n’a eu que 8 millions de dollars à débourser. Aujourd’hui, selon le magazine « Fortune », la gigantesque bâtisse et ses dépendances vaudraient dans les 200 millions de dollars.
Donald Trump, il est vrai, a investi pour rendre la demeure encore plus démente. Il a fait édifier une salle de bal de prestige de 1900 m2. Dans la salle à manger, il a fait installer une table de marbre somptueuse, capable d’accueillir 34 convives. Il s’est réservé pour lui-même et sa famille environ un tiers du bâtiment. Le reste est loué aux membres du club, qui peuvent dormir pour 1000 dollars la nuit dans les chambres historiques et se régaler du pain de viande cuit selon la recette originale de la mère de Donald Trump. Des portraits de la famille du propriétaire décorent les murs. Sur une photo, on peut voir le milliardaire en polo de tennis blanc.
A quelques rues de là, Michael Kagdis sirote son café au lait devant sa piscine. Ce millionnaire, qui se présente comme « conseiller en stratégie », a écrit un livre sur l’histoire de Palm Beach, où il réside depuis 14 ans. « Certes, 60% des gens d’ici ont voté pour Trump. Mais la vérité oblige à dire que jusqu’à sa nomination comme candidat républicain, il était la personne la plus détestée de la ville. Il ne colle pas ici. »
Trump se dispute régulièrement avec les autorités de Palm Beach. Parfois au sujet d’une haie, d’un parcours de golf, ou quand il prétend interdire le survol de sa propriété par des avions. En 2006, il fait édifier un mât de 25 mètres de haut pour y hisser un drapeau américain. La municipalité dénonce une contravention aux règles d’urbanisme. Elle lui inflige une astreinte de 250 dollars par jour tant qu’il n’aura pas démonté le mat. Le milliardaire se porte en justice. Il réclame 25 millions de dollars de dommages et intérêts pour « entrave à la liberté d’expression d’un patriote. » La dispute se prolonge, l’astreinte cumulée atteint 100.000 dollars. Trump se déclare prêt à réduire la taille du mât de trois mètres et propose de verser l’argent à une association de vétérans. La municipalité accepte. On découvrira, trop tard, que l’argent ne vient pas de lui mais, dit-on, d’une association juive new-yorkaise. Et qu’en outre, il a fait édifier un monticule de trois mètres de haut pour y planter le mât raccourci. Du coup, le drapeau continue, encore aujourd’hui, à flotter à la même hauteur.
La présidence Trump est-elle un atout pour Palm Beach ? Les opinions divergent. Les autorités locales, qui pensent que le chef de l’Etat viendra passer ses week-ends jusqu’en mai, ont ordonné aux ouvriers des chantiers et aux jardiniers de cesser toute activité à partir du vendredi 15h. Les travailleurs protestent contre la diminution de leur paye. Les embouteillages provoqués par les convois officiels n’arrangent rien. Une piste d’atterrissage pour hélicoptères vient d’être installée à Mar-a-Lago, afin de désengorger les accès.
Michael Kagdis, pourtant, est persuadé que la majorité des habitants sont fiers d’être voisins du chef de l’Etat. Les policiers patrouillent en plus grand nombre et les prix de l’immobilier grimpent. « Cela suffit pour satisfaire les gens d’ici, explique-t-il en repêchant quelques feuilles tombées dans sa piscine. Et les embouteillages apportent une animation bienvenue. Dans nos milieux, il n’y a rien de plus satisfaisant que de pouvoir raconter à ses amis qu’on a été retardé en chemin à cause du président des États-Unis ».

Un reportage de Andréas Albes à Palm Beach pour Stern (traduction et adaptation de Luc de Barochez).

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