Additifs alimentaires : les « E » et nous…

Le Canard Enchaîné – 05/04/2017 – « Conflit de Canard » –
Avaler huit sortes d’additifs en une seule cuillerée de yaourt, vous dites que c’est impossible. C’est pourtant le tour de force réussi par Danone, avec son Taillefine « aux fruits rouges 0 % ». Dans ce yaourt, star de l' »allégé », on trouve pêle-mêle deux épaississants piochés dans la famille des E400, deux édulcorants de la gamme des E900, trois correcteurs d’acidité (E270, E331, E330) et un épaississant multifonction, l’E1422. Un exemple parmi d’autres de l’amour immodéré de l’agroalimentaire pour les additifs. Antioxydants et conservateurs permettent de repousser la date de péremption, et, surtout, plus les aliments sont industriels, plus ils ont besoin d’auxiliaires technologiques, pour leur redonner en bout de chaîne, couleur, forme, saveur, texture. Au final, on se retrouve avec pas moins de 388 additifs « E quelque chose » classés en 25 familles ! (Et quid de l’ajout éventuel de quelques nanos non répertoriés…).
Un arsenal chimique qui n’est pas tout à fait anodin pour notre santé. Selon « Le nouveau guide des additifs » (Thierry Souccar Editions), qui vient de sortir, 90 substances seraient même clairement à éviter. Prenez le colorant E104, qui met du jaune dans les sodas et les confiseries, il est juste soupçonné d’être génotoxique et de favoriser l’hyperactivité chez les enfants. Idem pour l’E122, un rouge carmin qui redonne bonne mine aux  charcuteries industrielles, ou encore l’E124, un rouge cochenille utilisé pour le chorizo, les fruits au sirop, les bonbons, les glaces… Les États-Unis, pourtant pas trop regardants, ont carrément interdit ces trois colorants. Mais pas nous. L’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) se contente de recommander « de nouveaux tests pour les incertitudes sur la génotoxicité potentielle ».
Au vu des études scientifiques sur l’animal, un quart des additifs utilisés en Europe poseraient problème. pour autant, les autres ne sont pas à déguster à la petite cuillère. Les toxicologues s’arrachent les cheveux pour évaluer la dangerosité des cocktails d’additifs. Ainsi, les scientifiques ont récemment découvert que, chez la souris, l’antioxygène E320 augmenterait la toxicité pulmonaire d’un autre antioxydant, l’E321. Fâcheux, quand on sait que les deux sont parfois mélangés dans les chewing-gums…
Comme si tout cela ne suffisait pas, certains industriels trichent. Les contrôles réalisés par le Répression des fraudes en 2015, dans les boissons et les aliments sucrés ont permis de détecter des additifs interdits, des substances non signalées, et des colorants naturels. Soit au total, 25 % de non-conformité ! Miam !
Un résultat sans édulcorants.
Collectif (Auteur) Paru le 9 mars 2017 Guide (broché) / Prix 11 € 90

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