Hongrie : le recul démocratique [commentaire]

Ouest-France  11/04/2017 par Laurent MARCHAND.

Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, a la mémoire courte. Jeune étudiant dans les années 1980, il fut une figure de l’opposition libérale au régime communiste, dans ce satellite indiscipliné de l’univers soviétique. C’était l’un des leaders des jeunes démocrates. Une jeune pousse que la fondation Soros avait repérée, lui finançant une bourse d’études de droit à Oxford.
Trente ans plus tard, changement de décor. Fini le temps de l’ouverture à l’Ouest, des positions centristes, libérales et franchement hostiles au passé communiste. Viktor Orbán est désormais l’homme fort de Budapest. Le chantre d’une « révolution nationale » qui récuse ouvertement les fondements de la démocratie libérale.
Résultat : tous les espaces de libre parole – journaux, médias, ONG – sont mis sous pression. Comme l’Université d’Europe centrale (CEU), fondée en 1991, qui accueille environ 1 400 étudiants. Une loi d’urgence risque de la faire fermer. La CEU est un lieu d’excellence et l’une des réussites, justement, d’un certain… George Soros, le bienfaiteur du jeune Orbán. Plus de 70 000 manifestants ont protesté, dimanche, dans les rues de Budapest contre ce signal de fermeture et de repli.
Ingrat, Viktor Orbán est surtout un habile opportuniste. Sur l’énorme dossier des flux migratoires, il a joué une partition nationaliste redoutable. En fermant ses frontières et en refusant toute répartition au sein de l’UE, il a satisfait son opinion publique, fédéré les leaders d’Europe centrale, contré Angela Merkel tout en contribuant, de facto, à réduire le flux vers l’Allemagne.
Entre Bruxelles et Moscou
L’habileté de l’homme ne doit pourtant pas masquer la gravité des processus en cours. Comme si l’Histoire marchait à rebours dans cette partie du continent, Budapest réduit tous les espaces où peuvent s’exercer des contre-pouvoirs en démocratie. Justice, médias, associations.
Le gouvernement vient de faire passer une loi mettant en « détention » les migrants à la frontière. Ce qui est contraire au droit européen et au droit international. Ce qui a amené, hier, le Haut-Commissariat aux réfugiés à demander la suspension de tout transfert de demandeurs d’asile vers la Hongrie, selon les règles de Dublin.
D’un côté, Viktor Orbán fait le voyage de Rome le 25 mars pour les soixante ans de la construction européenne. De l’autre, il organise sur la question migratoire une consultation ubuesque, « Stoppons l’Europe », et renie, dès qu’il le peut, les principes démocratiques de l’UE. D’un côté, il a bénéficié comme la Pologne des fonds structurels européens (45 milliards sur la période 2007-2020), de l’autre il se montre très zélé lorsque Vladimir Poutine lui rend visite et lui propose de financer une centrale nucléaire.
Comme une tache d’huile qui semble se répandre en Europe centrale, les néo-nationalistes au pouvoir se comportent comme les liquidateurs révisionnistes de l’après-guerre froide. Le portefeuille encore à l’Ouest, mais le comportement à l’Est. Une étrange synthèse flirtant avec l’autoritarisme, au nom de la fibre nationale.
Les freins à ce recul démocratique sont toutefois visibles. Dans la population. Résolue à défendre les droits des femmes à Varsovie. Mobilisée pour une université à Budapest, avec le soutien de Vilnius, Bucarest et des universités autrichiennes. Les jeunes générations ont aujourd’hui le même mandat que celui dont le jeune Orbán se sentait investi : lutter pour la liberté et la paix. À nous de les soutenir.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Europe, Politique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.