Le travail au cœur de la campagne électorale ?

Ouest-France – 11/04/2017 –
Point de vue. Par André Le Gars, membre de la commission exécutive de la CFDT Bretagne, en charge des conditions de travail.
Chaque échéance électorale depuis vingt ans amène les différents candidats à parler du « travail » : remettre la France au travail, restaurer la valeur travail, débats sans fin sur la réglementation du temps de travail, la lourdeur du Code du travail… Mais, quand on a dit tout cela, parle-t-on réellement du travail, cette activité quotidienne de plusieurs millions de Français, qu’ils soient salariés du privé, du public ou travailleurs indépendants ? Les salariés voudraient se retourner vers leur entreprise, leur collectivité ou administration, pour pouvoir parler de leur travail et être au moins écoutés. Mais de ce côté-là aussi, le travail concret, les dilemmes du quotidien au travail, sont aussi devenus invisibles.
Le décompte des indicateurs de productivité prend le pas sur la réponse aux problèmes qui se posent tous les jours dans ce qui va bien au-delà de la tâche demandée au salarié.
Le travail est prescrit par une procédure, des objectifs de production ou de service à rendre qui tiennent trop peu compte de la réalité de l’activité. La récente enquête CFDT « Parlons travail » le démontre : 51 % des 200 000 répondants jugent que leur charge de travail est excessive, 58 % estiment ne pas avoir le temps nécessaire de faire leur travail correctement, 38 % travaillent en dehors de leurs horaires de travail.
Le travail est aussi physiquement exigeant pour plus d’un salarié sur trois, il est psychologiquement très exigeant dans les mêmes proportions, certains cumulant les deux. Le travail peut donc être « dangereux » pour la santé de nombreux salariés et plutôt plus « dangereux » pour les femmes que pour les hommes.
Bruit, travail, confinement… les salariés réservés sur l’open space
Ce sentiment de ne pas être respecté
Nous vivons, depuis une trentaine d’années, dans un contexte de financiarisation accrue de l’économie, une forte intensification, une densification du travail. S’il fallait le prouver, le classement sur le podium mondial, au 3e rang de la productivité horaire, de l’ouvrier français, bien devant tous ses collègues européens, le démontre à lui seul. Pour quelle reconnaissance dans l’entreprise, la collectivité, l’administration, de la part des décideurs politiques ?
L’accent mis sur la seule compétitivité/efficacité-coût ne produit pas ses effets sur les résultats des entreprises, des collectivités publiques et le bien vivre en général. Dans beaucoup de cas, c’est même une forme de gâchis : effets délétères sur la santé et désengagement des salariés.
Ce sentiment de ne pas être reconnus, respectés est, peut être, une des explications à l’attirance de la population ouvrière pour les candidatures populistes. Pour autant, plus des trois quarts des salariés qui ont répondu à l’enquête aiment leur travail… mais pas à n’importe quel prix !
Les rapports au travail changent avec l’arrivée d’une nouvelle génération de salariés. La fidélité à l’entreprise n’est plus une valeur partagée. Les plus jeunes envisagent des parcours professionnels moins linéaires que leurs parents, un travail qui permette des marges d’autonomie dans l’activité.
La performance des entreprises gagnerait à considérer les salariés non seulement comme un coût, mais d’abord comme une ressource pour leur développement, l’innovation nécessaire à leur montée en gamme. Il n’y a pas d’innovation, de « process » ou de produit sans innovation sociale. Il n’y a pas de performance durable sans qualité de vie au travail. C’est aussi de ce côté trop souvent invisible du travail que sont attendus les candidats aux élections.
Le bonheur au travail rend plus performant

A propos werdna01

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