La vendetta de Fillon

Charlie Hebdo – 12/04/2017 – Gérard Biard –
J’ai les noms ! François Fillon a égaré plein de paperasses administratives qui lui auraient pourtant permis de démontrer sans ambiguïté son innocence dans les affaires qui lui collent aux semelles, mais par contre il a soigneusement conservé  l’état civil complet et les relevés d’emploi du temps des vils calomniateurs – pourtant théoriquement bien cachés, presque coupables de manœuvres « occultes » – qui ont attenté à son honneur et l’ont couvert de boue, lui, sa famille et toute la Sarthe. « J’ai toutes les indications pour poursuivre ceux qui ont fait ça. « J’ai les dates, les jours, les personnes qui ont communiqué des documents« , a-t-il averti la semaine dernière sur l’antenne de France Inter. Ajoutant : « Il y a eu des moments difficiles dans cette affaire, je n’ai pas toujours bien dormi, mais je pense que ceux qui sont à l’origine de cette affaire ne dormiront pas bien à l’avenir. » Il n’en est pas encore, comme un vulgaire Sarkozy, à menacer de pendre les responsables de son sommeil agité à un croc de boucher, mais les comploteurs du « cabinet noir » et des « officines » sont prévenus : il va y avoir de la viande sur les murs.
Le citoyen, lui aussi, est prévenu. si le candidat de la droite parvient à franchir en vainqueur le perron de l’Élysée, il consacrera toute son énergie, non pas à faire appliquer son programme, – ce que ses électeurs pourraient trouver regrettable – mais à se venger. Les réformes et le redressement attendront. L’important ce sont les représailles. Cela n’a d’ailleurs rien de surprenant, puisque depuis le début de cette campagne, Fillon passe plus de temps à dénoncer des complots imaginaires et des sociétés secrètes tout entières dédiées à sa perte qu’à expliquer en quoi le pays serait sauvé s’il était élu président – c’est pourtant bien là-dessus qu’on aurait besoin de quelques éclaircissements. Même quand personne ne lui demande rien, il ne peut s’empêcher d’y revenir, brandissant par exemple son portable en meeting en laissant entendre qu’il est sur écoute.
C’est compulsif et, apparemment,ça ne s’arrêtera pas le 7 mai, fût-il élu. Tout porte à croire que ce serait même pire et qu’on le verrait animé d’une joie mauvaise, décuplée par l’ivresse de ce pouvoir qu’on a voulu lui « voler » et enfin entre ses mains. La dignité de la fonction, il s’en servira pour essuyer le sang de ses ennemis, sang qu’il aura répandu en personne. Sous sa présidence, il faut s’attendre à ce que l’Élysée ressemble à Versailles ou au Louvre, du temps où l’on trouvait des cadavres derrière les tentures.
Les électeurs qui ont voté pour lui à la primaire de droite pensaient avoir désigné pour les représenter un bourgeois chabrolien un peu poussiéreux mais plutôt rassurant, les voilà avec un personnage dangereux sur les bras, bien décidé à pourrir les nuits des socialistes, des journalistes, des juges et, accessoirement de camarades de parti qui l’ont lâché en route… On comprend que certains s’interrogent. 
D’autant que la soif de revanche de Fillon semble se doubler d’une paranoïa aiguë, qui lui fait voir des malfaisants et des traitres partout. Or la paranoïa n’est pas la première des qualités que l’on attend d’un chef de l’État. On la préfère autant que possible étrangère aux cercles du pouvoir, car elle s’accompagne généralement d’une volonté de verrouillage et de contrôle absolus, d’une envie irrépressible de purge tous azimuts et d’effets collatéraux catastrophiques. Sans compter qu’elle contribue rarement à huiler les relations internationales. 
On peut à la rigueur, avec une bonne dose de second degré et de cynisme, trouver ça amusant quand elle se loge sous la casquette géante d’un tyran lointain et exotique. Mais à l’Élysée, soyons sérieux, c’est totalement déplacé… Comme aurait pu le dire Fillon lui-même il y a quelques mois, imagine-t-on le Général De Gaulle commencer une carrière de dictateur à 63 ans ?

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