Les primes de famine, c’est chez McDo !

Leccanard Enchaîné – 05/04/2017 – Isabelle Barré – 
« Frite par frite, nugget par nugget, nous reprendrons le fric de McDonald’s ! » Le 25 mars, Jean-Luc Mélenchon a lancé ce slogan roboratif dans un McDo parisien. La CGT locale espérait le soutien de Macron, elle a rallié l’adepte du quinoa… Après un an de grèves perlées et plusieurs blocages de restaurants, le syndicat prévoyait de nouvelles actions le 5 avril, pour obtenir une hausse de salaires.
Car la fiche de paie des 73 000 salariés de McDonald’s ressemble plus à une feuille de salade défraîchie qu’à un burger juteux. Pas de prime le dimanche ni le soir jusqu’à minuit, pas de 13ème mois, et des salaires au ras du smic. Mieux, l’immense majorité des salariés ne touche aucune prime de participation aux bénéfices, alors que le groupe empoche des profits gros comme un Big Mac : près de 300 millions en 2015, en France, pour 4,7 milliards de chiffre d’affaires.  

Déprime de participation
Sollicité par l’ONG ReAct, un grand cabinet d’experts comptables a passé au crible les comptes d’un millier de restaurants entre les années 2006 et 2015. Un boulot de fourmi, et un constat accablant : si la participation avait été versée, les salariés se seraient partagés 419 millions d’euros de bénéfices en dix ans – 40 millions par an ! En moyenne, chaque employé s’assoit ainsi sur un bonus annuel de 969 euros. C’est-à-dire plus d’un mois de salaire, pour ces nantis, beaucoup étant embauchés 24 heures par semaine et payés 780 euros par mois… Et ces veinards n’ont pas la frite ? 
La prime de participation est pourtant obligatoire dans toutes les entreprises de plus de 50 salariés. Oui, mais voilà : le plupart des restaus sont loués à des franchisés. Résultat : le géant du fast-food est saucissonné en autant de petites boîtes de 25 à 30 salariés. un montage artificiel, estime un expert-comptable interrogé par Le Canard : « Les franchisés possèdent trois ou quatre restaurants en moyenne. Ils devraient donc créer une unité économique et sociale qui permette de franchir le seuil de 50 salariés. » Mais ils s’en gardent bien. et rien ne les oblige à le faire… sauf si les salariés le réclament. « Çà arrive très rarement, constate Gilles Bombard, de la CGT Ile-de- France, car le turnover est énorme. » Seulement 15 % des enseignes régalent ainsi leurs salariés. 
Pour un partage plus équitable du gâteau, la CGT réclame aussi « une relocalisation des profits », dont une partie s’envole vers le Luxembourg via des « redevances » versées par les franchisé. Entre 2009 et 2015, plus de 7 milliards de dollars de recettes seraient ainsi partis vers les grand-duché, explique le rapport de l’ONG. Un système parfaitement légal, se défend McDo. Le fisc a tout de même réclamé au groupe une ardoise de 300 millions d’euros, révélait « L’Express » en avril 2016. Depuis un an, et suite à une plainte d’élus syndicaux pour blanchiment de fraude fiscale, le parquet national financier enquête lui-même pour vérifier que ce circuit est bien digeste. Miam !

A propos werdna01

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