De multiples permis de recherche minière ont été délivrés en France

Siné Mensuel – avril 2017 – Antoine Lopez –

Dans plusieurs régions de France, on assiste à un regain d’extractivisme d’un autre âge, malgré l’opposition des riverains qui se mobilisent. Mais les affaires sont si juteuses que le combat sera rude.
Des permis en veux-tu en voilà ! C’est ce qu’on découvert les Breton-ne-s avec les permis exclusifs de recherche minière délivrés successivement par les ministres de l’Industrie Arnaud Montebourg et Emmanuel Macronà la société Variscan Mines pour aller chercher du tungstène, du zinc, du plomb, du cuivre, de l’or du germanium, du molybdène… dans trente-quatre communes du Centre-Bretagne, dix-sept communes autour de Fougères et Vitré. A Bercy, pour prendre leur décision, les ministres s’appuient sur le Conseil général de l’économie dirigé par… des ingénieurs des mines ! Ceci expliquant sans doute cela. D’autres communes sont impactées dans la Loire-Atlantique, la Sarthe, la Mayenne, le Maine-et-Loire et dans la vallée du Haut Salat, dans l’Ariège. Dans toutes ces contrées, les gens manifestent depuis le début de l’année contre ce regain d’extractivisme d’un autre âge : manifestations à Salau (Ariège), à Saint-Martin-des-Prés et à Guingamp (Côte d’Armor) en mars, explosion d’une bombe bretonne au siège de Variscan, refus municipaux de survol communal, démissions d’élus locaux, pétitions, altercations à coup de « barres à mines ».
Les projets de Variscan en Europe
Nul besoin d’expliquer ici le désordre provoqué par une exploitation minière : pollution garantie, économie locale ruinée (agriculture, tourisme). On connaît aussi la soumission des préfets, les mensonges habituels du genre « on va faire des mines propres ». Penchons-nous plutôt sur Variscan Mines SAS, fondée en décembre 2010 par Jack Testard et Michel Bonnemaison, deux anciens fonctionnaires du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l’établissement public en lequel le gouvernement place toute sa confiance pour la connaissance et la gestion  du sous-sol national. Leurs carnets d’adresses, notamment à Bercy, leur savoir tiré des recherches du BRGM, leur ont permis de monnayer leurs services dans le privé. L’affaire est juteuse? Basée à Orléans, leur « junior society » est une coquille quasi vide pour une ambition minière (200 000 euros de capital). En fait, elle est chargée d’obtenir les permis pour la maison-mère australienne, Variscan Mines Limited, à capitaux australiens, néo-zélandais et singapouriens. M. Bonnemaison est directeur général de Variscan Mines SAS (France) pour un salaire inconnu car les livres de cette société ne sont pas publics, mais il émarge à Variscan Mines Limited (Australie) pour 160 000 euros par an. En 2013, M. Bonnemaison a créé une entreprise en Ariège, E-Mines, qui a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 453 000 euros (dont 419 302,10 proviennent d’un contrat avec Variscan).
A l’automne 2016, vraisemblablement pour développer l’économie locale, M. Bonnemaison a mis sur pied une nouvelle société, Ariège Tungstène SAS, qui a signé dans la foulée un accord avec Variscan. Pourquoi ces sociétés ? Leur mission est aussi simple que canaille : valoriser le lobbying d’obtention des permis, rendre accptable l’exploitation minière à coups de promesses d’emplois et de protection de l’environnement et mettre en place la sous-traitance avec la multinationale. Cette sous-traitance est la pierre angulaire de l’irresponsabilité sociale et environnementale de l’extraction minière. Au moindre problème, la société bidon se met en faillite, à hauteur de son capital ridicule en regard des risques économiques encourus, ce qui protège les bénéfices rapatriés ailleurs. Il ne reste aux populations touchées que leurs yeux pour pleurer un paysage dévasté et une économie locale ruinée. Sans attendre le premier coup de pioche, le boursicotage a commencé. Le 14 mars, à l’annonce de sa participation dans Ariège Tungstène SAS, Apollo Minerais Limited, une société australienne, a vu son action passer de 0,18 à 0,27 dollar australien. 50 % de gain !
Aujourd’hui, en France métropolitaine, 1280 km2 sont sous la coupe de Variscan, sans compter les permis en attente d’approbation dans le Massif Central. Surfaces sur lesquelles les habitants comme les mairies perdent toute souveraineté. En effet, selon le code minier français, qui date de l’Empire napoléonien, « toute ressource minière appartient à l’État« . Ce dernier accorde une concession d’exploitation sans que le propriétaire du terrain puisse s’y opposer : « le concessionnaire est également autorisé à utiliser les terrains de surface même sans autorisation de leur propriétaire pour y édifier les installations nécessaires à son travail, y compris routes et voies ferrées. » M’est avis que l’avenir va sourire aux ZAD !
Lire aussi :Qui est Variscan, la société qui convoite le sous-sol ?  (Ouest-France 14/02/17)

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Industrie, Résistance, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.