L’état d’urgence est encore là pour longtemps

La Gazette Déchaînée – avril 2017 –
Loin d’être une démarche anodine, l’état d’urgence est un principe d’exception qui, comme son nom l’indique, reflète une situation des plus extrêmes. Pourtant, au détour d’un discours ou d’un conciliabule, il apparaît plus clairement désormais que cet état d’urgence est fait pour durer.
Plus le traumatisme est grand, plus la réaction est violente et radicale. Les choses évoluent généralement de cette manière. Le 13 novembre 2015, une dizaine de barbus ivres de haine ont tenté de noyer Paris dans le sang. Passé le temps des larmes et du deuil, les dirigeants d’un pays évolué doivent être en mesure de faire un pas de côté pour réfléchir à la suite des évènements. « Que peu-on-faire ? Que doit-on faire maintenant que le ciel s’est écroulé sur nous ?  » Voilà la saine attitude qu’aurait dû adopter le gouvernement français au lendemain du drame. Mais voilà… Il fallait réagir vite, parler, toujours parler. Il fallait prendre des  décisions et imprimer le rythme de la riposte. Quitte à se contredire… François Hollande, en instaurant l’état d’urgence, a fait ce que les membres de Daesh attendaient de lui. Radicaliser le débat et donner aux citoyens l’impression tenace qu’il essaie de les duper au passage. Avouons-le, sa réaction paraît toute naturelle. Mais à la lumière du scénario écrit par les États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, les dirigeants français avaient pourtant de quoi réfléchir. Patriot Act, flambée de xénophobie, statut de citoyen de seconde zone, Guantanamo… On voit encore aujourd’hui à quel point cette chaîne de décisions a été si peu profitable à l’Amérique et aux Américains.
Le débat a disparu sans laisser de traces
Se lancer à corps perdu dans un débat émotionnellement surchargé, la perspective n’enchante personne. Et lorsqu’il s’agit de parler de dialogue interculturel, on s’attend à assister à des  échanges dignes d’une pièce un brin potache. Libanisation du pays, grand remplacement, racines chrétiennes opposées aux racine musulmanes… Depuis quelques semaines, les élus de la République nous offrent le spectacle affligeant de leurs petits calculs politicards. Il faut dire qu’entre les régionales et la présidentielle, il s’agit de ne pas manquer une belle occasion de faire briller sa communication. Un mot de trop, un lapsus, une séquence médiatique mal géré et c’est la fin ! Sauf qu’en attendant, 67 millions d’anonymes attendent que 450 élus daignent pointer le cap à suivre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces élus sèchent sur la question à dix points. Trop occupés à se renvoyer la balle et à s’accuser mutuellement de faire le jeu du Front national, ces mêmes élus sont bien embarrassés lorsqu’il s’agit de réfléchir ensemble et de reconstruire une unité nationale. Il y a bien eu quelques tentatives à droite comme à gauche, mais la plupart sont restées inaudibles.
Des perquisitions en veux-tu en voilà
Alors, cet état d’urgence, ça donne quoi ? Eh bien, ce n’est pas compliqué. En temps de guerre, tous les coups sont permis. C’est de cette manière qu’on pourrait présenter les dispositions prises pour cet état d’urgence. Des perquisitions (pour la plupart inutiles) menées au beau milieu de la nuit, le tout sans chouquettes ni croissants; une censure systématique des sites web islamistes; des contrôles aux frontières intensifiés; une interdiction systématique de toute forme de manifestation sur la voie publique… Exception faite pour les activités lucratives organisées dans le cadre des marchés de Noël… Déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France (coucou le droit du sol)… Mais il y a mieux ! Les assignations à résidence décidées juste après les attentats frappent de tous côtés. c’est plutôt pratique lorsqu’il s’agit de pacifier les rues en amont de la COP21 pour empêcher les débats inutiles dans la rue. En attendant, les forces de sécurité sont sollicitées sans relâche dans tout le pays depuis le 14 novembre 2015, avec un coût humain et financier non négligeable.
Vous reprendrez bien un peu d’état d’urgence ? 
Le gouvernement trouvant que cet état d’urgence est quand même bien pratique pour faire passer des lois iniques sans donner l’impression de forcer le passage, entend prolonger son application encre quelques mois. Mais, jamais à court d’idées sur le sujet de la sécurité, les députés planchent déjà sur un texte incluant ce régime dans la constitution. En clair, il ne s’agirait plus d’une exception, mais d’une règle. De nouvelles modifications législatives pourraient ensuite garantir aux forces de police des pouvoirs exceptionnels sur des personnes visées durant l’état d’urgence comme on l’a déjà vu avec les dispositions prises quant à la notion de légitime défense validée en février 2017.

A propos werdna01

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