Présidentielle – La campagne de toutes les intox

L’Opinion 19 Avril 2017 – Raphaël Proust Cyril Lacarrière Jean-Jérôme Bertolus

Les rumeurs et autres fake news pèsent comme jamais à l’occasion de l’élection présidentielle. Certains candidats choisissent la réplique systématique, la plupart cherchent encore la bonne stratégie
Alors que de nombreuses rumeurs courent depuis la publication par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique de sa déclaration de patrimoine, Emmanuel Macron a démenti lundi sur BFMTV détenir un compte caché à l’étranger. Depuis le début de la campagne, le candidat d’En Marche ! a choisi de déminer lui-même les fausses informations le concernant. Pour tous les autres, le dilemme est le même : réagir ou pas ?
« Si on ne sait pas gérer la calomnie, il faut sans doute changer de métier car elle en fait désormais partie intégrante ». Voilà l’une des conclusions, un brin désabusée, que livre Gilles Boyer dans son ouvrage Rase campagne (JC Lattès, 2017). L’ancien directeur de campagne d’Alain Juppé pendant la primaire de la droite et du centre revient notamment sur l’épisode « Ali Juppé », le surnom dont était affublé le maire de Bordeaux dans « les chaînes de mails » qui l’accusaient de complaisance avec l’islam radical, au mépris de toute réalité. Des rumeurs qui ont pu instiller le doute chez certains électeurs.
A moins d’une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, le constat de Gilles Boyer s’impose comme une évidence. Certes, les boules puantes en période électorale ne sont pas une nouveauté. Le phénomène prend toutefois des proportions inquiétantes quand des informations manifestement fausses, voire carrément délirantes sont partagées des dizaines de milliers de fois sur Internet, forçant les équipes de campagne à élaborer des stratégies pour y répondre. Même si certaines fake news sont volontiers partagées, pour nuire ou faire mentir « les médias », forcément vendus à l’adversaire.
Pour les candidats dont la campagne est difficile, c’est l’occasion de continuer à y croire. Il y a, par exemple, cette théorie selon laquelle François Fillon aurait été blanchi par la justice, ce que la presse aurait évidemment passé sous silence. D’abord publié sur un blog il y a une semaine, l’argumentaire a été largement diffusé dans les cercles militants. Pourtant, si François Fillon et son épouse Penelope sont bien évidemment présumés innocents, ils sont toujours mis en examen et ne sont donc pas « blanchis ». Sauf qu’entre-temps, ce mensonge a été partagé plus de 30 000 fois sur Facebook en une semaine et 4 760 tweets associent les mots « Fillon » et « blanchi » sur la même période.
Il vous reste 78 % de l’article à lire.
ARTICLE PAYANT OU RÉSERVÉ aux ABONNÉS

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Humour, Politique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.