Présidentielle. L’écho d’une élection française [Commentaire]

Ouest-France 26/04/2017 par Laurent MARCHAND
editorialLes électeurs français ne le mesurent pas toujours, mais à l’étranger l’effervescence saute aux yeux. À Berlin, Rome ou Londres, à Bruxelles, New York ou Moscou, rarement élection française aura été autant suivie. Par les chancelleries, les partis politiques, les opérateurs financiers, les électeurs anonymes. Chacun à sa mesure et à travers son prisme particulier, mais toujours avec intérêt et le sentiment croissant d’une interdépendance.
Ce qui se joue en France va peser, et pèse déjà, sur la marche de nos voisins européens. Pour une raison très simple : dans l’ordre européen de l’après-guerre, la France est systémique. Les dirigeants italiens, conscients de la fragilité de leur système bancaire, vont suivre le second tour comme le lait sur le feu. Les populistes d’extrême droite comme d’extrême gauche observent leur parti-frère, à Vienne comme à Madrid. Les opérateurs financiers britanniques scrutent les signes de tempête, avec une inquiétude de moins en moins dissimulée, car un Frexit après le Brexit laisserait tout le monde sans repères.
Mais nulle part la participation au vote français n’est plus vive qu’à Berlin. Aussi bien dans le monde économique que politique. L’hypothèse d’une sortie de la France de l’Union européenne fait peur. Il y a à cela des raisons économiques bien comprises. Des raisons politiques également, le Brexit ayant privé la Chancelière de son partenaire britannique. Mais l’anxiété des Allemands est encore plus profonde. Presque existentielle.
La gravité d’un choix européen
Si l’Allemagne a pu se relever de ses cendres, et devenir la première puissance économique du continent, c’est grâce à la France et à la construction européenne. On le dit trop peu de notre côté du Rhin. Perdre cet horizon, perdre cette conscience de partager un destin commun, est inconcevable en Allemagne, car cela signifie réveiller l’Histoire. Et ses démons.
D’où l’empressement de la classe politique allemande, à gauche comme à droite à l’exception des extrêmes, à sortir de sa réserve habituelle pour soutenir le front républicain contre Marine Le Pen. Même le grand tabloïd populaire allemand Bild, plutôt habitué à railler l’irréformable France, s’est lâché dimanche soir. En titrant : L’Europe respire, à la nouvelle de la qualification d’Emmanuel Macron.
Depuis deux jours, toute la presse européenne a décrit le séisme français. Son paysage politique fragmenté, le rejet des partis de gouvernement. La puissance du vote radical. La crise de la social-démocratie. La fracture géographique du vote. La difficulté de réformer. La sacralité du modèle social français.
Angoisse ou audace
Autant d’éléments analysés à l’aune du choix qui attend la France le 7 mai. Vu de l’étranger, il est très clair. Rompre brutalement avec l’Europe, et donc rompre l’Europe, ou renouer avec un rôle de leader « en » Europe. Confirmer l’angoisse d’une démolition ou surprendre avec audace.
Après dix ans de crise, les raisons de transformer la France en laboratoire politique sont nombreuses. Reconstruire des partis, redéfinir le contrat social, répondre à l’exaspération fondée des couches populaires, réaffirmer des exigences sociales dans une économie de marché. Paris a toujours été écoutée sur ces thèmes. Le risque d’une sortie la rend encore plus audible. À condition de ne pas entretenir l’illusion de pouvoir le faire en anciens francs. À l’étranger, la gravité de ce choix saute aux yeux. Dans l’Hexagone, pas toujours.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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