En route pour le nationalisme autoritaire ? – L’autoritarisme est à notre porte et les libertés publiques tremblotent… Les régimes autoritaires peuvent s’installer graduellement, sans violence.

Aimé Béthune 29/04/2017

Le FN s’apprête à gagner la présidentielle, et il n’y aura pas de billet retour
Les régimes autoritaires peuvent s’installer graduellement, sans violence. Par Aurélien Leblay, consultant et expert externe pour la Commission Européenne, basé à Londres
 Le plus important de la période, c’est que l’autoritarisme est à notre porte et que les libertés publiques tremblotent. Florilège de ce qui se passe aux Etats-Unis : au Kentucky, une loi autorise les commerces à ne pas servir les personnes homosexuelles, à Washington on crie « Hail Trump » dans les rassemblements du propagandiste Richard Spencer, et l’actuel ministre de la justice trouve le KKK « OK, jusqu’à que je découvre qu’ils fument des joints » (le KKK promeut le meurtre et la torture des gens en raison de leur couleur de peau). Pour Bannon, le numéro 2 de la Maison Blanche : « Cela nous aide quand ils se trompent sur nous. Quand ils sont aveugles sur ce que nous sommes et ce que nous faisons. »
Ceux qui se rappellent l’Allemagne des années 1930 se demandent toujours : « comment a-t-on pu sombrer dans cette folie barbare » ? L’époque montre de façon limpide comment les opinions basculent dans l’irrationnel. : l’appauvrissement ou sa menace, la sensation ou l’expérience du déclassement, l’impossibilité d’envisager l’avenir des siens avec sérénité, le délaissement de l’État. Justifiées par l’assainissement des finances publiques, les politiques déflationnistes (baisses des salaires, des retraites ou des allocations, compression des dépenses publiques) renforcent la conviction que la politique ne peut plus rien. Elles créent la désespérance économique et l’attrait pour les options extrêmes. Dans ce contexte, des entrepreneurs politiques sans scrupules constatent qu’il est facile d’attiser les haines xénophobes, et excellent dans les analyses binaires et outrancières.
 L’autoritarisme en douceur
 Les régimes autoritaires peuvent s’installer graduellement, sans violence. Après l’élection, l’exécutif placera des exécutants aux postes censés préserver l’état de droit, en premier lieu la justice. Dans le même temps, on continuera de galvaniser le public. La fameuse « post-vérité » rejoint la propagande des régimes autoritaires du 20ème siècle. Ces « alternative facts » rappellent furieusement les « velines » (instructions aux journaux) de Mussolini, ou les techniques de propagande du pouvoir hitlérien, dont le responsable de la communication (Goebbels) disait : « Le détail n’est absolument pas ce qui compte, est vrai ce qui sert à mon peuple ». Il s’agit de réécrire les faits dans un sens favorable au régime : le mensonge devenu communication de masse. Si l’emblématique Breitbart News n’est pas un organe officiel, son directeur Steve Bannon est devenu le numéro 2 du pouvoir. La propagande est également à l’œuvre lorsque Trump invente sciemment un attentat en Suède (en Février 2017). Le démenti arrive en quelques minutes mais sur certains canaux seulement. A la fin, un grand nombre d’Américains retient qu’il y a bien eu un attentat en Suède.
Des régimes discrets pour museler la presse
Il n’y aura pas d’interdiction nette de la liberté de la presse, ces régimes sont plus discrets. En Pologne, l’Etat menace les entreprises de cesser les commandes si elles achètent les espaces publicitaires des journaux indépendants. Ces-derniers disparaissent, logiquement. On peut aussi interdire la presse libre d’accéder au parlement (Pologne) ou aux conférences de presse de l’exécutif (USA).
 Pour affaiblir le suffrage universel sans le dire, il y a beaucoup de solutions. On peut utiliser les moyens de l’Etat pour intimider ou nuire aux opposants, on peut empêcher les votes non-favorables, en utilisant au besoin la violence. On peut organiser la fraude électorale à diverses échelles : plus l’administration est sous contrôle, plus on aura les coudées franches. On voit d’ailleurs comment Trump tente de reprendre la main sur les services secrets et fait dénoncer le « deep state », à savoir les fonctionnaires supposément restés fidèles à la précédente administration.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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