Présidentielle – Le spectaculaire revirement de Dupont-Aignan sur le FN

Le candidat de Debout la France arrivé sixième au premier tour de l’élection présidentielle, avec 4,7 % des voix, s’était jusqu’ici montré critique envers le Front national.
LE MONDE | 30.04.2017
Sa décision a surpris et provoque des remous jusque dans ses rangs. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France, DLF) s’est rallié vendredi 29 avril à la candidate du Front national, Marine Le Pen. Depuis 2014, ce gaulliste revendiqué n’a pourtant cessé de prendre ses distances avec elle. Il affirmait alors à l’AFP qu’il souhaitait devenir pour le FN « ce que François Mitterrand a été pour le Parti communiste, le ramener dans l’arc républicain ».
Même si la liste des transfuges de son parti au FN, comme le beau-frère de la candidate frontiste Philippe Olivier, et inversement est longue, le souverainiste avait refusé jusqu’ici toute alliance. « Est-ce que vous avez envie de confier la France à la famille Le Pen ? Non », affirmait-il le 26 avril 2014 dans l’émission On n’est pas couché, sur France 2. Une assertion aujourd’hui reprise et moquée sur Twitter.
Lire les nombreuses déclarations sur Twitter
Le 26 septembre 2015, M. Dupont-Aignan s’élevait sur le réseau social contre « toujours les mêmes âneries sur [s]on positionnement avec le FN
« Pas la même famille politique »
Lors de son meeting de rentrée à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 4 septembre 2016, le député et maire de Yerres (Essonne) déclarait : « Arrêtez d’enfermer les Français avec le FN. Le système ne survit que par le FN, ils jouent ensemble depuis vingt ans. On ne vient pas de la même famille politique. » Depuis des mois, le parti d’extrême droite grattait à sa porte pour un rassemblement en vue du second tour de la présidentielle. Dans Paris Match, il se disait « excédé » par ce « racolage incessant », affirmant que le FN « perd son temps ».
Lire notre analyse :   Nicolas Dupont-Aignan, un candidat aux frontières du FN
Ses critiques contre Marine Le Pen n’ont cessé durant la campagne. « Le Front national n’apporterait pas les bonnes solutions qui permettraient de sauver la France », a-t-il lancé sur RTL le 3 novembre 2016, ajoutant que « les Français ne veulent pas d’une rupture dans le drame ». En janvier 2017, dans l’émission Face aux chrétiens de la chaîne KTO, M. Dupont-Aignan attaquait la candidate sur son programme économique « beaucoup trop socialiste et beaucoup trop démagogique ». Retraite à 60 ans, immigration zéro… « Ce n’est pas sérieux », affirmait-il.
« Son programme n’est pas sérieux »
« Je ne suis pas dans la famille Le Pen, je suis gaulliste, je n’ai rien à voir », déclarait encore en janvier sur Europe 1 le héraut du « rassemblement gaulliste ni système, ni extrême », comme l’indique son site Internet. Le mois suivant, insistant dans une interview au Point sur son gaullisme, il affirmait se battre « pour un patriotisme humaniste », contrairement à Mme Le Pen, « dans l’excès ». « Il y a eu des propos qui ont évolué, c’est bien, mais l’arrière-boutique ne correspond pas à la vitrine et son programme n’est pas sérieux », répétait-il. Ou encore, dans l’émission On n’est pas couché du 18 février : « Un gaulliste républicain, ce n’est pas la même chose que le Front national, point. »
Baisse des impôts pour tous, participation des salariés dans l’entreprise, une France de propriétaires, développer l’école publique, le droit des femmes, la contraception dans les lycées… Tous ces thèmes le démarquent du Front national, soulignait le candidat de DLF en mars 2017, sur France Info. « Quand Marine Le Pen dit le Frexit, moi, je dis non, il faut renégocier », affirmait-il, pestant contre l’idée d’être « assimilé » au FN. Invité au Talk du Figaro, il fustigeait « les excès du Front national » et défendait son programme « plus libéral, plus sérieux ». Nicolas Dupont-Aignan aurait même fait huer Marine Le Pen lors de son dernier meeting au Cirque d’Hiver à Paris le 19 avril, juste avant le premier tour de la présidentielle, rapporte le quotidien.
La candidate frontiste aura finalement eu raison des réticences du souverainiste, dix jours avant le second tour de l’élection présidentielle, et alors que l’écart de voix avec son concurrent Emmanuel Macron se réduit de jour en jour dans les sondages.
Jeanne Cavelier Journaliste au Monde

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