Présidentielle 2017- Tant d’incohérences. [Commentaire]

Ouest-France  02/05/2017 Michel URVOY.
Le 14 avril, dans un entretien à Ouest-France, Marine Le Pen expliquait qu’un refus des Français de quitter l’euro et l’Europe impliquerait qu’elle s’en aille. Logique : son projet à 145 milliards de dépenses supplémentaires annuelles n’est finançable qu’avec la planche à billets.
Quinze jours après, elle assure que l’euro peut cohabiter avec une monnaie nationale. Mais elle ne dit pas que nos revenus, nos retraites, notre épargne seraient en francs – dévalués, sinon quel intérêt ? – pour acheter des produits d’autant plus chers que leurs fabricants intégreraient des composants, des ingrédients, achetés en euros.
C’est du reste pour limiter les hausses de prix qu’elle propose de moduler la taxe sur les importations, destinée à financer… son projet ! La plupart de ses mesures, contraires aux traités, voire à notre Constitution, dépendent ainsi du choix européen. Comme les promesses de Donald Trump dépendent d’enjeux qui les rendent largement inapplicables.
Au diable les incohérences : il faut gommer ce qui fâche, y compris, sur les affiches, son nom et celui du parti ! Le passé aussi.
Il y a quelques jours, Marine Le Pen niait la responsabilité de l’État dans la déportation des Juifs. Aujourd’hui, elle s’affiche en gaulliste avec Nicolas Dupont-Aignan, qui rêve de faire battre Emmanuel Macron après avoir contribué à éliminer François Fillon.
Lequel Dupont-Aignan qualifiait le FN de meilleur allié du système. Assurait qu’il n’était pas apte à gouverner. Expliquait que ce serait sauter dans le vide sans parachute. Il avait peut-être raison ! Soudain, la fin justifie les moyens.
Électoralisme
Tout ceci n’a d’autre but que d’attirer les sarkozystes, les fillonnistes, les mélenchonistes. Ça s’appelle de l’électoralisme.
La difficulté, c’est que nous sommes entrés dans une période où tout vaut tout. Où les arguments sont inaudibles. Où la passion l’emporte sur la raison.
La colère, nourrie par la peur du déclassement, les promesses oubliées, les moeurs politiques, les déceptions européennes, pousse à oser tous les paris.
Jean-Luc Mélenchon et tous ceux qui se projettent dans l’opposition de demain, à travers des soutiens alambiqués, contribuent à mettre les idéologies au même niveau, à briser les tabous électoraux, au risque d’avoirà assumer une responsabilitéhistorique. Marine Le Pen en profite pour exploser une gauche fragmentée.
Les colères sont profondes, anciennes, mais aussi contradictoires. Dire que le peuple a toujours raison relève d’une démagogie qui évite d’arbitrer entremoins d’impôts et plus de services publics. Entre un État fort et des attachements régionaux. Entre une demande d’ordre pour les autres, de libertés poursoi-même. Entre une Europe pacificatrice et des nationalismes dont l’exacerbation conduit à la guerre.
La situation est explosive et les réponses un peu plus complexes que des slogans. Elles exigent une mise en chantier immédiate de tout ce qui fausse la concurrence en Europe. Elles supposent un engagement massif pour rapprocher les politiques publiques de ceux qui en ont le plus besoin. Elles appellent des réformes pour redorer la légitimité de tous lesreprésentants.
En général, les révoltes se soldent par un acte politique fort. Aujourd’hui, l’impuissance politique peut se solder par une révolte. Sous la Ve République, c’est la première fois qu’une élection donne autant le vertige.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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