Présidentielle. Prendre soin des Français !

Ouest-France 03/05/2017 Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain

Quatre France à l’issue du premier tour, deux projets en balance dans le second : ainsi peut être résumée la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Mais tout laisse penser que la victoire d’Emmanuel Macron – donnée probable, mais pas assurée si l’on se souvient de la victoire de Donald Trump contre Hillary Clinton, aux États-Unis, et du vote britannique pour le Brexit – ne fera pas disparaître d’un coup de baguette magique les oppositions radicales qui se sont manifestées entre les « quatre France ».
Le désarroi des jeunes électeurs de Mélenchon, peu enclins à donner leur voix au « candidat de la finance internationale », ou les hésitations des électeurs de Fillon à faire le même choix que leur favori pour le second tour montrent que les votes répondent à des logiques où la passion et les émotions pèsent au moins autant que la raison.
Dire cela ne doit pas conduire à incriminer la passion et les émotions. Bien au contraire, il est urgent de les entendre. Elles traduisent les profonds malaises qui travaillent différentes couches de la société française et doivent être sérieusement pris en compte et en charge.
On n’en sera pas quitte en disant que ceux qui n’auront pas voté Macron auront eu tort. Ce n’est pas ainsi que l’on favorisera l’avènement d’une France démocratique, humaniste, généreuse et actrice centrale du renouvellement du projet européen.
Il faut prendre le temps d’analyser les raisons de ce malaise pour y répondre.
Se garder des anathèmes
Les questions posées par les uns et les autres sur l’injustice sociale, sur la faillite des solidarités, l’avenir de la famille, les dégâts collatéraux de la mondialisation, la crise écologique, les insuffisances et les erreurs de l’Europe, doivent être entendues. Il faut reconstruire des raisons solides d’avoir confiance et de se mettre au travail pour changer ce qui ne va pas. Il faut aussi reconstruire de la lucidité et de l’intelligence collective face à un discours frontiste qui pratique en permanence l’amalgame et le maquillage de la réalité.
Il faut s’interroger sur les mécaniques de la communication contemporaine. Tout d’abord le fonctionnement des chaînes d’info en continu qui enferment les esprits dans l’immédiateté en faisant disparaître toute prise de distance, toute analyse en profondeur, toute mise en perspective dans le temps, en évacuant des pans entiers de la réalité qui sont pourtant nécessaires pour savoir qui nous sommes et comment marche le monde.
S’interroger ensuite sur le fonctionnement des réseaux sociaux qui enferment les individus dans des cercles de pensées et d’émotions dans lesquels tous se ressemblent et se confortent. Comment allons-nous réinstaller une conversation collective qui se garde des anathèmes et des formules à l’emporte-pièce ? Comment allons-nous favoriser la considération d’opinions variées et une véritable compréhension du monde, nécessaire à cet équilibre psychique collectif qui commence à nous faire défaut ?
Le résultat du premier tour appelle à la construction d’un espace politique – dans le plus beau sens du mot – qui permette de prendre soin des Français pour les rendre aptes à refonder le pacte social et civique. Si nous n’y prenons pas garde, viendra bientôt le jour où le scrutin uninominal à deux tours produira mécaniquement une forte majorité de députés partisans de la « démocratie illibérale » dont les modèles sont à l’œuvre en Russie et en Turquie.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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